Exhortations et mises en garde: Le Maire sur une ligne de crête diplomatique
De la menace de "pillages" chinois au manque d'investissements de l'Allemagne, Bruno Le Maire a multiplié ces derniers jours les...

Exhortations et mises en garde: Le Maire sur une ligne de crête diplomatique

De la menace de "pillages" chinois au manque d'investissements de l'Allemagne, Bruno Le Maire a multiplié ces derniers jours les...
Public Sénat

Par Valentin BONTEMPS, Antonio RODRIGUEZ

Temps de lecture :

4 min

Publié le

De la menace de "pillages" chinois au manque d'investissements de l'Allemagne, Bruno Le Maire a multiplié ces derniers jours les offensives à l'égard des partenaires économiques de la France, au risque de brusquer ses interlocuteurs et de créer des mésententes.

Des propos musclés pour un sujet sensible: lors d'un voyage officiel en Chine aux côtés d'Emmanuel Macron, le ministre de l'Economie a mis en cause mardi, face à des journalistes, l'attitude de certains investisseurs chinois, accusés de ne connaître "que le rapport de force".

"On accepte des investissements sur le long terme" mais "pas des investissements de pillage". Un rapport équilibré, "c'est avoir accès au marché, ne pas se faire piller nos technologies et pouvoir fixer des limites quand ils viennent en France", a insisté l'ancien conseiller de Dominique de Villepin au Quai d'Orsay.

Mercredi, c'est à l'Allemagne que le ministre s'est adressé, dans un message à l'allure de sermon. "Nous attendons" que Berlin mène "une politique salariale plus offensive" et "investisse plus", a déclaré le ministre à l'hebdomadaire Die Zeit.

La France se plaint de longue date que son partenaire, qui accumule les excédents budgétaires, ne soutienne pas davantage la croissance européenne. Mais ces déclarations interviennent dans un contexte chargé en Allemagne, où la chancelière Angela Merkel et les sociaux-démocrates négocient la formation d'un gouvernement.

Stratégie avalisée par l'Elysée ou dérapage incontrôlé? Difficile, dans le cas de l'interview accordée à Die Zeit, d'envisager un "mot de trop", les entretiens accordés par les ministres étant relus par l'Elysée ou Matignon.

Pour les propos tenus en Chine, les choses sont en revanche moins claires. "Il était nécessaire de ne pas avoir une approche angélique. Tenir un tel discours était légitime", juge Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

Plusieurs sources contactées par l'AFP évoquent pourtant un recadrage de l'Elysée, en raison de paroles jugées trop peu diplomatiques. Bruno Le Maire, interrogé en marge de la rencontre de Pékin, a dit de son côté "assumer" ses propos.

- "comme un ovni" -

Taxation des Gafa, stratégie économique américaine, commerce chinois... Ce n'est pas la première fois, de fait, que le ministre utilise un langage offensif pour justifier les positions françaises.

"Derrière l'immense poésie des routes de la soie, il y a une volonté impériale chinoise qui se manifeste. Derrière l'extension extraterritoriale américaine, il y a une attaque directe contre les intérêts français (...) Ne soyons pas naïfs", avait-il assené en août.

Un discours à l'image du personnage, salué pour son énergie mais aussi critiqué pour son arrogance. "Il parle haut et fort, il fait de la politique", observe une source l'ayant suivi à des sommets internationaux, qui le juge "dans l'instinct et dans l'instant".

"Il en fait parfois trop. Il devrait jouer un peu plus collectif", ajoute un habitué des relations diplomatiques. "Un ministre des Finances a parfois un devoir de discrétion, surtout quand son président est très impliqué".

Interrogé par l'AFP lors d'un déplacement en Chine, Bruno Lemaire avait confié fin novembre "adorer" les négociations diplomatiques, qualifiées d'exercice "physique" et "brutal". "Il faut comprendre où sont les lignes rouges, où ouvrir des portes de sorties", avait-il dit.

Cette approche diplomatique peut cependant heurter. Cet automne, il avait dû faire amende honorable dans le dossier STX, en réalisant avoir froissé le gouvernement et l'opinion publique italiens en retardant l'acquisition des chantiers navals par le groupe Fincantieri.

En septembre, son offensive fiscale sur les Gafa (géants de l'internet, Google, Yahoo etc) réalisée en dehors de procédures habituelles de l'Eurogroupe, avaient également suscité de l'agacement, notamment au Luxembourg et en Irlande. Sa proposition est arrivée sur la table "comme un ovni", souffle un diplomate européen.

"Il y a toujours le risque de froisser", juge de son côté Pascal Boniface. "Mais quand il y a des problèmes, dire les choses peut aider".

Partager cet article

Dans la même thématique

6min

Politique

Royaume-Uni : Keir Starmer face à « la défiance » de son propre camp, après de nouvelles révélations entre Jeffrey Epstein et l’ancien ambassadeur britannique à Washington

Le Premier ministre essuie les conséquences de sa décision de nommer Peter Mandelson en tant qu’ambassadeur à Washington en 2024, alors que ses liens avec Jeffrey Epstein étaient déjà connus. Après la publication de nouveaux fichiers sur le financier américain, la pression s’accentue contre Keir Starmer, déjà fragilisé depuis le début de son mandat.

Le

Municipales 2026 : la décision du ministère de l’Intérieur de classer la France insoumise à l’extrême gauche peut-elle être fondée ?
8min

Politique

Municipales 2026 : la décision du ministère de l’Intérieur de classer la France insoumise à l’extrême gauche peut-elle être fondée ?

Le ministère de l’Intérieur a déclenché les foudres des Insoumis en classant ce mouvement pour la première fois à l’extrême gauche, dans une circulaire adressée aux préfets en vue de la catégorisation des candidats et des listes. Ce n’est pas la première fois que la place Beauvau est critiquée pour ses choix.

Le

Epstein Library – Photo Illustration
3min

Politique

Affaire Epstein : les victimes du « rabatteur » français Jean-Luc Brunel continuent leur combat devant la justice

La publication de 3 millions de documents concernant Jeffrey Epstein, par le ministère américain de la justice, a confirmé la dimension planétaire de cette affaire de crimes sexuels. Depuis plusieurs années déjà, des victimes de l’ancien agent de mannequin, le Français, Jean-Luc Brunel, considéré comme un « rabatteur » de Jeffrey Epstein, demandent réparation. Certaines d’entre elles étaient présentes au Sénat en 2021 pour une table ronde sur les victimes de violences sexuelles dans le milieu de la mode.

Le