Les sénateurs socialistes ont demandé, jeudi, le lancement d’une commission d’enquête sénatoriale sur l’ampleur de l’imprégnation du cadmium dans les sols agricoles et de ses impacts sur la santé, après un rapport de l’agence sanitaire (Anses) publié ces derniers jours. Il en ressort que l’alimentation est la cause principale d’exposition des Français à ce métal naturellement présent dans l’environnement. Mais certaines activités humaines peuvent augmenter sa présence. C’est pourquoi l’Anses préconise depuis 2019, de réduire la principale source de cadmium : à savoir sa présence dans les engrais phosphatés. L’agence recommande un taux maximal de 20 milligrammes par kilogramme d’engrais, contre 90 mg en France et 60 mg dans l’Union européenne.
Dans un courrier envoyé au président du Sénat Gérard Larcher et transmis à l’AFP, les sénateurs du groupe PS demandent des moyens pour enquêter sur la contamination des sols à ce métal lourd, toxique en cas d’exposition prolongée.
« Au-delà de l’enjeu sanitaire et environnemental, il semble […] demeurer des zones de flou qui mériteraient un travail d’investigation et de clarification », estiment les socialistes dans leur courrier initié par le sénateur de Moselle Michaël Weber et signé par leur président Patrick Kanner.
« Il faut être capable d’apporter une réponse technique, scientifique et politique »
« La première des choses à établir c’est la responsabilité politique qui a conduit à fixer ce taux maximal autorisé en France de 90 mg, alors que l’UE recommande 60 mg. Certains pays ont même limité à 20 mg. C’est un sujet qui rejoint l’ensemble des débats sur d’autres substances qui inquiètent nos concitoyens », appuie Michaël Weber, contacté par publicsenat.fr.
Les sénateurs PS relèvent aussi dans leur courrier des « divergences d’interprétation » quant à l’ampleur et les effets de la contamination. La Fédération de l’agriculture biologique (Fnab) a, en effet, demandé l’Anses de compléter son rapport après avoir relevé plusieurs « erreurs » ou « approximations ».
« Il faut être capable d’apporter une réponse technique, scientifique et politique sur un sujet aussi sensible que celui-ci », plaide Michaël Weber.
La mise en place de la commission d’enquête ne sera toutefois pas de droit car les socialistes ont déjà utilisé leur droit de tirage. Leur demande devra d’abord prendre la forme d’une proposition de résolution, être inscrite à l’ordre du jour, puis être adoptée par le Sénat, avant de voir le jour.
Interrogée sur ce sujet cette semaine lors des questions d’actualité au gouvernement du Sénat, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard s’est montrée rassurante. « Mon ministère, soucieux d’une alimentation saine et équilibrée, conduit un certain nombre de contrôles, particulièrement sur cette question du cadmium, et peut attester de la conformité de 99,5 % des produits contrôlés ».
« J’ai trouvé que sa réponse n’était pas à la hauteur des enjeux. Je ne sais pas si, sous serment, devant une commission d’enquête, elle maintiendrait ce pourcentage de 99,5 % » note le sénateur.