Extrême-droite : y a-t-il davantage de manifestations des groupuscules identitaires aujourd’hui ?
Après l’assassinat de la jeune Lola, de nombreuses manifestations d’extrême-droite ont eu lieu, dans des villes comme Paris, Lyon ou Rennes, certaines scandant des slogans racistes et xénophobes. Le 24 octobre, le maire de Lyon Grégory Doucet, a écrit une lettre au Président de la République pour affirmer sa volonté d’ « agir contre ceux qui incitent à la haine » et lui demander une audience à ce sujet. Si les réactions à ces faits divers sont courantes, elles ne prennent pas toutes la forme de rassemblement de la part de groupuscules d’extrême-droite. Y a-t-il réellement une augmentation de ce genre de manifestations, ou est-ce un effet de loupe ? Eléments de réponse avec Erwan Lecoeur, politologue spécialiste de l’extrême-droite.

Extrême-droite : y a-t-il davantage de manifestations des groupuscules identitaires aujourd’hui ?

Après l’assassinat de la jeune Lola, de nombreuses manifestations d’extrême-droite ont eu lieu, dans des villes comme Paris, Lyon ou Rennes, certaines scandant des slogans racistes et xénophobes. Le 24 octobre, le maire de Lyon Grégory Doucet, a écrit une lettre au Président de la République pour affirmer sa volonté d’ « agir contre ceux qui incitent à la haine » et lui demander une audience à ce sujet. Si les réactions à ces faits divers sont courantes, elles ne prennent pas toutes la forme de rassemblement de la part de groupuscules d’extrême-droite. Y a-t-il réellement une augmentation de ce genre de manifestations, ou est-ce un effet de loupe ? Eléments de réponse avec Erwan Lecoeur, politologue spécialiste de l’extrême-droite.
Mathilde Nutarelli

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  • Mise à jour le 26 octobre : Le parquet de Lyon a ouvert une enquête pour « provocation à la haine » après la manifestation « de l’ultra-droite », vendredi, en hommage à la jeune Lola, tuée à Paris, et marquée par des slogans xénophobes. « Le parquet de Lyon a ouvert une enquête du chef de provocation publique à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion », a indiqué le parquet.

 

Les rassemblements et les manifestations publiques de la part de groupuscules d’extrême-droite, après un fait divers comme celui de l’assassinat de la petite Lola, sont-ils habituels ?

D’habitude, ces groupuscules ne se manifestent pas de cette façon-là, c’est assez exceptionnel au XXIème siècle. Cette méthode a pu être utilisée au XIXème siècle avec les ligues antisémites, puis au début du XXème siècle. A cette époque-là, il y en a eu beaucoup autour de faits divers sordides. Mais ces dernières années, cela avait plutôt baissé en France. En Europe, ce n’est pas forcément le cas : en Allemagne et en Suède, ce genre de manifestations a connu une forte progression. Cela revient donc en France.

Ces rassemblements reviennent en France, sont-ils effectivement plus nombreux, ou bien est-ce un effet de loupe dû entre autres aux réseaux sociaux ?

Il y a les deux phénomènes. On voit beaucoup plus ces groupuscules : ils sont plus influents avec les réseaux sociaux, ils sont plus invités sur les plateaux télé qu’avant. Les réseaux sociaux, sur lesquels ils sont très organisés, leur permettent d’attirer des gens, ils leur donnent un retentissement.

Il est important de noter que les médias traditionnels ne retranscrivent pas ce genre de chose d’habitude.

Mais alors, comment comprendre que ces groupuscules soient visibles à ce point sur ces sujets, alors que des faits divers sordides, il y en a depuis toujours ?

Il faut d’abord rappeler que nous sommes dans un pays où le nombre d’homicides a baissé.

Mais Éric Zemmour et les groupes qui l’entourent, les groupuscules identitaires, les catholiques intégristes savent que c’est grâce à des faits divers de ce genre qu’ils peuvent avoir une existante médiatique et politique. Pour exister, ce dernier a besoin d’utiliser des faits divers, des histoires sordides. Il y a un phénomène médiatique qui a échoué sur le plan politique, avec la défaite d’Éric Zemmour à la présidentielle de 2022, mais qui a réussi à rassembler des groupuscules autour de lui. Nous arrivons à un moment où ce dernier est en campagne parce qu’il doit réexister, alors qu’il a disparu. En effet, sociologiquement et politiquement, il ne pèse rien, mais il pèse médiatiquement. Ces partisans ont énormément bénéficié de certains médias, dont CNews, dont C8, et d’autres, pendant la campagne.

Ainsi, ces personnes étaient moins visibles avant, car elles avaient moins accès aux médias. Même les médias privés ne faisaient pas de politique à ce point. Aujourd’hui, on est dans un phénomène de trumpisme. Un ou plusieurs milliardaires jouent leur agenda politique et le mettent en œuvre à travers leurs médias. Silvio Berlusconi, dans les années 1980, a montré la voie : il a mis un empire télévisuel au service de son agenda politique, avec les résultats que l’on connaît aujourd’hui en Italie. Rarement un camp politique aura été aussi visible sans sa conquête d’abord des esprits, ensuite de l’imaginaire et enfin du pouvoir. Cela relève d’une stratégie : d’abord on fait peur, et le fait divers de l’assassinat de la petite Lola rassemble tous les éléments qui permettent de faire cela, car il est incompréhensible à l’esprit humain.

Sur ce fait divers, des hommes politiques appartenant au parti de droite traditionnel, les Républicains, ont tenu un discours proche de celui de monsieur Zemmour. Même s’ils ne sont pas allés manifester avec lui, est-ce que vous constatez une droitisation des LR aujourd’hui ?

La droite a déjà fait cela dans son histoire. Dans les années 1980, certains hommes politiques de droite appelaient à écouter ce que disait Le Pen père. L’électorat de ce dernier était assez proche de celui d’Éric Zemmour aujourd’hui, et bien différent de celui de Marine Le Pen. D’ailleurs, sur l’affaire Lola, elle a calmé le jeu et ne s’est pas prononcée outre mesure sur le sujet.

Mais la droite est, depuis plusieurs années, très fortement concurrencée, par le Rassemblement National et Éric Zemmour, et sur sa gauche par Emmanuel Macron. Elle n’est presque plus un parti aujourd’hui. Elle n’a plus de ligne identifiable, elle a été déchiquetée par une droite radicale et par une droite libérale.

Vous remarquerez que la plupart des personnes qui se sont exprimées pour exister dans ce débat sont en concurrence pour prendre la tête de leur parti, tous sont en pleine campagne électorale interne et ont l’impression que pour exister, il faut faire pire que tout le monde. A l’heure des réseaux sociaux et de la téléréalité, pour exister, il faut dire quelque chose d’horrible, de plus grave. Cela donne une course à l’échalote avec une droite la plus perdue du monde dont les candidats pensent avoir une chance en faisant dans la surenchère.

Face aux manifestations des groupuscules d’extrême-droite scandant des slogans racistes et xénophobes, quelle réaction peuvent avoir les pouvoirs publics ?

Le rapport à l’ordre public de ces groupuscules a toujours posé problème, davantage dans les années 1960 qu’aujourd’hui. De nos jours, il est très rare d’entendre scander des slogans racistes, de voir éclater des bagarres de rue. Dans les années 1960 et 1970, c’était très courant.

Il faut rappeler qu’il s’agit de quelques centaines de personnes en tout et pour tout. Ce sont des personnes de l’ultra droite, qui veulent faire penser que les Français sont avec eux, mais ils ne pèsent rien. Même à Lyon, où ils sont traditionnellement implantés, ils ont du mal à rassembler. Les manifestations qui rassemblent les Français, ce sont les Gilets Jaunes et les manifestations climat. Ces groupuscules n’ont pas de base sociale. A l’inverse, Marine Le Pen a construit une sociologie du national populisme. Si elle appelait à défiler dans la rue, on le verrait, pas comme ces groupuscules-là. Sociologiquement et historiquement, il y a toujours eu quelques centaines de personnes qui étaient de cette mouvance extrémiste. Là-dessus, il n’y a rien de neuf. La seule chose nouvelle, ce sont les réseaux sociaux et leur accès aux plateaux de télévision.

Constatez-vous une plus grande tolérance de l’opinion publique envers ces groupuscules ?

Peu de gens sont d’accord avec eux, mais de plus en plus pensent que c’est normal que leurs idées existent et qu’ils s’expriment, même si c’est sous des formes peu respectueuses. En un sens, c’est un des progrès de la démocratie. Notre société s’est habituée à ces outrances-là.

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