Face à la mainmise annoncée de Macron, qui pour incarner l’opposition ?
Face à la mainmise de La République en marche (REM)sur l'Assemblée, une opposition aura du mal à faire entendre sa voix, entre une droite...

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Par Charlotte HILL

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Face à la mainmise de La République en marche (REM)sur l'Assemblée, une opposition aura du mal à faire entendre sa voix, entre une droite affaiblie et fracturée, un FN et une France insoumise (LFI) avec peu de sièges et un PS laminé, certains craignant que la contestation ne vienne surtout de la rue.

Selon les projections en sièges, REM et MoDem raviraient au second tour entre 400 et 455 des 577 sièges, une des majorités les plus imposantes de la Ve République, très au-dessus de la majorité absolue (289 élus).

Ce "big bang" suscite depuis dimanche soir des craintes amplifiées dans les autres formations politiques contre une chambre basse "monolithique", "une majorité démesurée", voire une "menace pour la démocratie".

"Rien ne serait pire pour le fonctionnement de notre démocratie qu'un parti doté d’une majorité écrasante et d'une opposition réduite à sa plus simple expression", a notamment plaidé le président du Sénat, Gérard Larcher (LR). Avant le scrutin, il avait averti qu'avec une large majorité Emmanuel Macron ferait "peut-être ce qu'il veut pendant un temps", mais que le risque d'une "colère dans la rue" viendrait "très vite".

Risque également brandi dimanche par le "frondeur" PS battu Pascal Cherki: "Il faut rééquilibrer les forces au Parlement ou tout se jouera dans la rue", l'abstention record étant un "symptôme de la fragilité" du pays.

Jean-Christophe Cambadélis, numéro un défait d'un PS crédité de seulement 15 à 40 sièges, a aussi alerté contre une Assemblée sans "pouvoir de contrôle, sans débat démocratique digne de ce nom". Les députés de gauche risquent ainsi de ne pas pouvoir pendant cinq ans saisir le Conseil constitutionnel (60 signatures minimum), observe auprès de l'AFP Dominique Rousseau, professeur de droit constitutionnel.

- Opposition LR "arithmétique"-

Pour le constitutionnaliste Didier Maus, "la réponse théorique" écarte tout risque démocratique d'une telle force de frappe REM, dès lors que les élus sont républicains, mais "il y a toujours un risque d'hégémonie avec des groupes trop importants".

Il relève notamment l'"extraordinaire inconnue" du comportement de novices sans "culture de parti": "Fidèles disciples" ou "foisonnement d'idées" ?

Parler de majorité monochrome est une "erreur absolue", a répondu lundi sur Europe 1 Jean-Paul Delevoye, président de la commission d'investiture de REM, promettant des "débats" et "pas un groupe godillot".

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"Un des paradoxes de cette prochaine Assemblée est que le principal groupe qu'on pourrait qualifier d'opposition sera LR, mais dont une partie des compagnons de route sont au gouvernement" et une partie prête à le soutenir, observe aussi M. Maus, pour qui "l'opposition arithmétique ne sera pas la plus dure".

La droite est créditée de 70 à 130 élus LR et UDI. Jusqu'alors, les responsables LR veulent "faire bloc" et repousser le débat sur l'attitude face au pouvoir, mais une rupture entre "constructifs" et anti-Macron pourrait survenir.

Pour Luc Rouban, chercheur au CNRS (Cevipof), ils auront "la masse la plus importante", mais pourront surtout s'opposer au plan sociétal (famille, laïcité...) car ils se sont encore rapprochés de REM sur l'économie en abandonnant le programme Fillon.

La France insoumise pourra peut-être "opposer un peu de résistance" avec un groupe (15 députés minimum), juge ce chercheur, malgré son "déclin très sensible" depuis la présidentielle, comme celui du FN, dont l'objectif d'un groupe paraît inatteignable.

Mais, pour M. Maus, l'opposition de gauche, "la plus frontale", n'aura pas "la puissance parlementaire de s'opposer", excluant une "majorité alternative crédible à terme".

M. Rouban pointe aussi le risque d'"une Assemblée de l'entre-soi", sans milieux populaires, observant notamment qu'une large partie des candidats REM sont cadres supérieurs, très diplômés.

Face au risque d'une colère dans la rue, "ils sont condamnés au succès", selon ce chercheur, car "quand on a tous les pouvoirs, on n'a pas le droit à l'échec".

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