Face au coronavirus, Macron évoque un tournant social pour mieux parler à sa gauche
En affirmant "assumer" des "décisions de rupture" avec une forme de mondialisation, Emmanuel Macron, jusqu'alors perçu comme un...

Face au coronavirus, Macron évoque un tournant social pour mieux parler à sa gauche

En affirmant "assumer" des "décisions de rupture" avec une forme de mondialisation, Emmanuel Macron, jusqu'alors perçu comme un...
Public Sénat

Par Paul AUBRIAT

Temps de lecture :

4 min

Publié le

En affirmant "assumer" des "décisions de rupture" avec une forme de mondialisation, Emmanuel Macron, jusqu'alors perçu comme un promoteur du libre-échange, a amorcé jeudi soir un discours plus social en réinventant le "et en même temps".

Lors de son allocution, à trois jours des élections municipales, le chef de l'État a notamment appelé à "tirer les leçons du moment" et "interroger le modèle de développement dans lequel s'est engagé notre monde depuis des décennies".

"Il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché", a-t-il ajouté, en disant vouloir "construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europe souveraine".

Pour le directeur Opinion et stratégie de l'Ifop, Jérôme Fourquet, "il y a peut-être, sur ce tournant social annoncé, une volonté de parler à la gauche", alors que le président de la République, regardé par près de 25 millions de téléspectateurs, a suscité selon lui "une écoute et une attention de tout un tas de gens qui n'accordaient plus aucun crédit à ce qu'il disait".

"Il s'agissait surtout d'en profiter pour marquer davantage l'acte II du quinquennat", complète un proche du président.

Or, si ce discours volontariste "correspond parfaitement aux attentes du moments", il n'en constitue pas moins une "inflexion étonnante", "un peu décalée par rapport à de nombreuses prises de position", selon le directeur de recherche au Cevipof Sylvain Brouard.

Car, de son passé de banquier d'affaires à son ardeur à défendre des accords de libre-échange, notamment le CETA, Emmanuel Macron s'était jusqu'alors peu à peu construit une image de libéral assumé dans l'opinion. Jeudi, il a rendu un hommage appuyé au modèle de protection sociale - "quoi qu'il en coûte", répété trois fois - et repris le slogan de François Mitterrand, "La France unie".

Jean-Luc Mélenchon a d'ailleurs ironisé: "Il aura fallu une crise pour que le président de la République comprenne qu'un modèle de monde est mort".

- "Pas toutes les cartes en main" -

En tentant de parler à sa branche gauche et de réinventer un "et en même temps" d'une économie à la fois ouverte et d'une forme de souverainisme, le président de la République rappelle certes qu'il fut dans sa jeunesse un partisan de Jean-Pierre Chevènement.

Mais il a "mis la barre très, très haut" et va devoir "maintenir le point d'équilibre", estime le directeur de l'Ifop, qui conditionne "l'effet de traîne d'un tel discours dans l'opinion" aux "actes qui seront pris". Et prévient: "Si l'on s'en remet aux solutions habituelles, il n'en sortira pas grand chose".

Le prise de parole de jeudi soir, si elle s'est voulue "performative" - c'est-à-dire auto-réalisatrice - se heurte en outre à des paramètres sur lesquels Emmanuel Macron "n'a pas toutes les cartes en main", poursuit Jérôme Fourquet, en citant les relocalisations industrielles ou le leadership européen.

Sur ce point, "au début de son mandat, il avait déjà eu des mots extrêmement forts sur le fonctionnement de l'Union européenne, mais il s'était buté contre un mur de Merkel et avait dû remballer...", rappelle le politologue.

Cette fois, le chef de l'État français a de nouveau appelé à "une réponse européenne" face à la crise du coronavirus et ses conséquences économiques, en jugeant les premières décisions de la BCE "insuffisantes" et en exhortant l'ensemble des gouvernements de l'UE" à "prendre les décisions de soutien de l'activité puis de relance, quoi qu'il en coûte".

"La France le fera, et c'est cette ligne que je porterai au niveau européen en votre nom", a-t-il assuré.

L'ancien chef du gouvernement italien social-démocrate Enrico Letta a alors salué une "intervention bien ciblée" du président français, en estimant que le coronavirus avait "changé les équilibres politiques européens plus que traités longuement négociés".

"On va en profiter pour pousser à notre avantage un budget européen ambitieux avec des ressources propres", confirme un haut responsable de la majorité, selon qui Emmanuel Macron "a pris date pour l'après-crise au niveau européen".

Dans cette posture qui se veut à la fois volontariste et protectrice, d'aucuns y ont vu la même que celle de Nicolas Sarkozy en 2008 lors de la crise financière. "Il y a des parallèles évidents", confirme Jérôme Fourquet. "Les gens n'attendent pas de l'idéologie mais du pragmatisme. Y compris dans la rupture".

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le