Face au risque d’explosion du PS, Hamon (re)joue la carte de l’union
L’annonce de Manuel Valls de voter Emmanuel Macron précipite la recomposition à gauche. Le PS risque d’être coupé en deux pour de bon. Les proches du candidat PS demandent l’exclusion de Manuel Valls. Mais Jean-Christophe Cambadélis freine et ne veut pas de « Saint-Barthélemy socialiste ».

Face au risque d’explosion du PS, Hamon (re)joue la carte de l’union

L’annonce de Manuel Valls de voter Emmanuel Macron précipite la recomposition à gauche. Le PS risque d’être coupé en deux pour de bon. Les proches du candidat PS demandent l’exclusion de Manuel Valls. Mais Jean-Christophe Cambadélis freine et ne veut pas de « Saint-Barthélemy socialiste ».
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Ultime banderille contre le candidat Hamon ? Ou occasion du « sursaut » pour le candidat qui lance un appel au rassemblement aux électeurs de gauche et Mélenchon ? L’annonce de Manuel Valls de voter pour Emmanuel Macron dès le premier tour de la présidentielle est « une demi-surprise » se rassure les partisans du candidat PS mercredi. Elle n’en fait pas moins l’effet d’une petite bombe.

« Trahison ultime », « sabotage »...

Les soutiens de Benoît Hamon tombent à bras raccourcis sur l’ancien premier ministre, après sa déclaration (voir notre article). « Au fond, c’est quelqu’un qui est mal aimé et décide aujourd’hui une trahison ultime qui fera de lui dans l’histoire quelqu’un en qui on ne peut pas avoir confiance. Il n’a pas réellement de convictions de gauche. Il est seul avec sa conscience aujourd’hui » se lâche le député PS Alexis Bachelay auprès de publicsenat.fr.

« La tentative de sabotage connaît son acte final aujourd’hui » ajoute Mathieu Hanotin, co-directeur de campagne. Avant peut-être d’autres ralliements… On évoque le hollandais Stéphane Le Foll qui pourrait être le prochain gros poisson dans le filet de Macron.

« Benoît Hamon est aussi partie prenante de cette recomposition »

Reste que la décision de Manuel Valls renforce la crise au PS. Au point que le Parti socialiste semble exploser en pleine élection présidentielle. « Ce n’est pas une bonne nouvelle pour le PS. On est déjà dans une forme de recomposition » reconnaît le sénateur PS Jérôme Durain, proche d’Arnaud Montebourg. « Ce n’est pas une explosion » corrige la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, membre de l’équipe de campagne, qui ne se prive cependant pas de renvoyer Valls à « sa longue dérive ». « Il a toujours été hostile à la ligne de rassemblement des forces de gauche et des écologistes en privilégiant je ne sais quel recherche au centre, que Emmanuel Macron a préempté » ajoute la sénatrice PS. Regardez :

Lienemann : « La grande masse des adhérents du PS n’approuvent pas l’attitude de Manuel Valls »
01:30

« Il y a une forme de recomposition, bien sûr. Mais Benoît Hamon est aussi partie prenante de cette recomposition » souligne pour sa part Alexis Bachelay, qui ajoute qu’« on ne parle pas d’explosion du PS car la majorité des élus et parlementaires sont dans la campagne ». Dans une lettre aux militants, le premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis rappelle d’ailleurs que 172 députés et 53 sénateurs PS ont parrainé Hamon et seulement 22 députés et 18 sénateurs Macron (voir notre article sur les parrainages des sénateurs). Le choix de Manuel Valls serait très mal compris chez les militants, assure les hamonistes. « C’est en train de flamber de partout à la base » selon Guillaume Balas, responsable du projet. Comprendre, contre Valls.

Mathieu Hanotin, co-directeur de campagne de Benoît Hamon, renvoie la faute de la division à Manuel Valls. « On a des gens qui choisissent de quitter le PS. Ce sont eux qui fracturent la gauche. Manuel Valls continue son entreprise de fracturation de la gauche ».

Hamon appelle les électeurs et Mélenchon « à réunir leurs forces » aux siennes 

Benoît Hamon et son équipe tentent de rebondir positivement. A midi, un peu plus de trois heures après la déclaration de Manuel Valls, une déclaration à la presse est subitement annoncée à l’heure de la pause déjeuner.

Face à ceux qui « ceux qui se prêtent à ce jeu morbide », Benoît Hamon appelle à « réagir ». « J'appelle désormais tous les électeurs, ceux qui sont engagés dans la lutte contre les injustices, j'appelle les sociaux-démocrates intimement attachés au progrès social et à la démocratie, mais aussi le Parti communiste, les communistes et Pierre Laurent, les Insoumis et Jean-Luc Mélenchon, à réunir leurs forces aux miennes » a-t-il lancé (voir la première vidéo), avant de filer prendre son TGV pour un meeting à Lille, aux côtés de Martine Aubry. Dans ces conditions, « le meeting de ce soir est très important. C’est le meeting du sursaut, de l’appel au peuple pour ne pas se laisser confisquer l’élection, notamment par les sondeurs » selon un membre de l’équipe de campagne.

« Mélenchon voulait la tête de Valls & Co. Aujourd’hui, ce blocage n’existe plus »

L’union est-elle encore possible ? « Valls nous rend service » veut croire un responsable socialiste. « Une des conditions demandée par Mélenchon s’est auto-remplie. Mélenchon voulait la tête de Valls & Co. Aujourd’hui, ce blocage n’existe plus » tente de convaincre un proche de Benoît Hamon. En début d’après-midi, le numéro du PCF, le sénateur Pierre Laurent, défenseur de l’union de la gauche depuis des mois, saisit la balle au bond et appelle à une rencontre entre Mélenchon et Hamon en vue « d'une candidature commune ». De quoi donner corps à l’appel du socialiste. Le Parti radical de gauche juge en revanche « inacceptable » une alliance Hamon/Melenchon qui « contreviendrait aux engagements pris par Benoît Hamon ».

En appelant Mélenchon encore une fois à se rassembler derrière lui, vantant sa « position centrale à gauche », Benoît Hamon risque pourtant de s’enfermer à nouveau dans les accords d’appareil, alors que les discussions ont déjà échoué une première fois. Mais davantage que Jean-Luc Mélenchon, qu’on n’imagine pas se retirer à moins d’un mois du premier tour, c’est aux électeurs hésitants de la gauche que Benoît Hamon s’adresse. Et ils sont encore nombreux. « Le candidat de la gauche de la gauche ne remportera pas l’élection. Il faut que les Français comprennent que le prochain Président de gauche est à portée de bulletin de vote » affirme le député Jean-Marc Germain, l’autre co-directeur de campagne.

« Valls et ses amis n’ont plus leur place au PS »

Avant de voir si l’opération « sursaut » prend dans l’électorat et permet de remonter la pente des sondages, les soutiens de Benoit Hamon comptent bien régler leur compte à Manuel Valls. « Il y a un besoin de clarification. Il n’est plus possible d’appartenir au PS et en même temps de soutenir Macron » lâche Guillaume Balas après la déclaration de son candidat. Un autre responsable tient le même discours : « Valls et ses amis n’ont plus leur place au PS. Il faudra que toutes les conséquences soient tirées ». « Le PS risque l’explosion si Jean-Christophe Cambadélis ne prend pas les décisions qui s’imposent lundi au bureau national. Ce n’est pas nous qui excluons, ce sont eux qui sont partis » ajoute un autre membre de l’équipe de campagne.

Mais le patron du PS ne semble pas prêt aujourd’hui à couper des têtes. Dans sa lettre aux militants, Jean-Christophe Cambadélis rappelle certes que ceux qui ont rejoint En Marche ! « ne sont plus au PS » car « il n'y a pas de double appartenance ». « Il faut condamner ces manquements » dit-il. Mais le premier secrétaire ajoute qu'il ne faut « pas rendre central ce qui relève à ce stade de décisions individuelles que je combats »… Plus clairement encore, il met en garde : « Les tenants de la Saint-Barthélemy socialiste sont toujours de très mauvais conseillers. Il faudrait stigmatiser, exclure, couper. Qui peut croire que ce nouveau feuilleton servirait notre candidat ? Qui peut penser que ces purges favoriseraient les élections législatives ? » demande Cambadélis, qui semble ne pas vouloir insulter l’avenir. « Quel courage… » ironise un membre de la campagne de Benoît Hamon. L’empressement du numéro 1 du PS à ne rien faire n’est visiblement pas du goût de tous.

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