« Faire preuve de responsabilité, ce n’est pas couper partout à la hache » : les sénateurs rejettent les coupes budgétaires du gouvernement sur le logement

Le Sénat a rejeté à la quasi-unanimité un amendement du gouvernement qui prévoyait près d’un milliard d’euros de réduction du budget du logement, principalement sur les crédits de MaPrimeRénov’ et des Aides personnalisées au logement (APL).
Rose-Amélie Bécel

Temps de lecture :

4 min

Publié le

« Depuis deux semaines, toutes les missions budgétaires démarrent de la même manière : coupes budgétaires et recul sur les orientations du gouvernement Barnier, c’est à chaque fois de pire en pire », a résumé, désabusé, le président du groupe écologiste du Sénat Guillaume Gontard, en ouverture des débats sur le budget du logement ce 21 janvier.

Face à l’impératif de réduction du déficit, les amendements de coupes du gouvernement ponctuent en effet chaque début d’examen des textes budgétaires au Sénat. Des réductions budgétaires fréquemment soutenues par la majorité sénatoriale, comme sur l’écologie (- 995 millions d’euros supplémentaires), l’aide au développement (- 780 millions d’euros), ou encore l’enseignement supérieur et la recherche (- 630 millions).

« Madame la ministre, je vous plains »

Sur le logement, en revanche, le coup de rabot ne passe pas. Ce 21 janvier, les sénateurs ont rejeté à la quasi-unanimité un amendement du gouvernement qui prévoyait de réduire les crédits de la mission de plus d’un milliard d’euros. Une nouvelle économie qui devait être portée à hauteur de 540 millions d’euros par les aides à la rénovation énergétique des logements de MaPrimeRénov’, et pour 534 millions d’euros par les Aides personnalisées au logement (APL).

Un coup de rabot vivement critiqué par la gauche de l’hémicycle. « Il me semblait que le logement devait être la priorité des priorités. Il me semblait que s’il y avait peut-être un budget à sauvegarder, c’était sur cette question du logement », a déploré Guillaume Gontard. « Madame la ministre, je vous plains », a confié le président du groupe socialiste Patrick Kanner à la ministre du Logement Valérie Létard, « chacun sait ici quels sont vos engagements dans la lutte pour le logement, y compris des plus démunis de nos concitoyens et vous portez aujourd’hui un amendement scélérat, il n’est pas possible d’imaginer faire un tel effort sur la mission. »

« Un amendement massif, arrivé dans la nuit sans aucune discussion ou concertation »

Sur les bancs de la majorité sénatoriale aussi, l’amendement du gouvernement est dénoncé. « Nous ne voterons pas cet amendement », a annoncé la présidente de la commission des affaires économiques Dominique Estrosi Sassone, au nom du groupe Les Républicains, dénonçant un « coup de rabot drastique ». « Dans cette assemblée, nous sommes responsables. Mais, faire preuve de responsabilité, ce n’est pas couper partout à la hache », a fustigé de son côté la sénatrice centriste Amel Gacquerre, co-autrice d’un rapport sur la crise du logement, publié en avril dernier.

Au-delà des économies demandées, c’est aussi la méthode employée par le gouvernement qui cristallise les critiques des sénateurs. « Nous sommes tous attachés au redressement des comptes publics, là n’est pas le sujet. Mais ce qui ne convient pas sur cet amendement de rabot, c’est la méthode : un amendement massif, arrivé dans la nuit sans aucune discussion ou concertation. Ce n’est pas possible de procéder ainsi », a critiqué le rapporteur spécial de la commission des finances, le sénateur LR Jean-Baptiste Blanc.

Face aux critiques répétées de tout l’hémicycle, la ministre du Logement a bien concédé que « l’effort demandé sur MaPrimeRénov’ et les APL est effectivement important ». « Si jamais le besoin de budget s’avérait supérieur en cours d’année, le gouvernement et Bercy abonderaient, tant MaPrimeRénov’ que les APL, qui sont des dépenses de guichet. C’est une assurance que j’ai eue », a toutefois promis Valérie Létard. Des garanties qui n’ont donc pas su convaincre les sénateurs. Un peu plus tard dans les débats, ils ont d’ailleurs fait le choix d’augmenter de 50 millions d’euros les crédits alloués à MaPrimeRénov’.

Partager cet article

Dans la même thématique

France Politics
9min

Politique

[Série 2/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : avec l’affaire Benalla, le temps du contre-pouvoir

Le Sénat et Emmanuel Macron. 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Avec l’affaire Benalla, le Sénat s’érige en contre-pouvoir du macronisme triomphant. Une forme de revanche, qui va créer des moments de fortes tensions entre l’exécutif et la majorité sénatoriale. Le Sénat va jouer à fond son rôle de contrôle, avec une conception plus anglo-saxonne des commissions d’enquête.

Le

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le

« Faire preuve de responsabilité, ce n’est pas couper partout à la hache » : les sénateurs rejettent les coupes budgétaires du gouvernement sur le logement
5min

Politique

Ingérences étrangères : « Depuis les années 2010, aucun rendez-vous électoral n’a été épargné »

A l’heure de la manipulation des algorithmes et du recours croissant à l’intelligence artificielle sur les plateformes numériques, des experts alertent le Sénat sur la multiplication d’ingérences d’origine étrangères en Europe. Avec pour objectif de déstabiliser les périodes électorales, à coups de désinformation et d‘altération de la confiance envers les institutions.

Le

Macron Sénat 1 ok
9min

Politique

[Série 1/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : un début constructif, avant la montée des tensions

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après des débuts plutôt bienveillants, la relation va vite se tendre sur les collectivités, avant qu’elle ne se dégrade sur le projet de réforme constitutionnelle, qui finira enterré.

Le