Fillon dit au revoir aux Républicains, qui retrouvent leurs divisions
Les Républicains cherchent à garder leur unité pour les législatives. Mais la position à tenir pour le second tour entre appel à faire barrage au FN, vote explicite pour Macron ou absence de consigne fait débat, tout comme la ligne politique à tenir.

Fillon dit au revoir aux Républicains, qui retrouvent leurs divisions

Les Républicains cherchent à garder leur unité pour les législatives. Mais la position à tenir pour le second tour entre appel à faire barrage au FN, vote explicite pour Macron ou absence de consigne fait débat, tout comme la ligne politique à tenir.
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Le jour d’après. Après la défaite historique de François Fillon, le parti Les Républicains essaie de passer à la suite. La définition de l’attitude à tenir pour le second tour est loin de faire l’unanimité. Le candidat défait s’est présenté en fin d’après-midi devant le bureau politique du parti, qui ne s’était pas rassemblé depuis novembre. Une courte déclaration pour dire au revoir, avant de repartir aussitôt.

« Je vais redevenir un militant de cœur parmi les autres. Je vais devoir penser ma vie autrement, panser aussi les plaies de ma famille » a affirmé François Fillon. Il a appelé sa famille politique à rester « soudée » et à se battre pour ses « couleurs » et ses « valeurs, et le moment venu, vous déciderez de la stratégie à adopter pour servir le pays ». Si « avec les législatives, une autre bataille commence », François Fillon n’y prendra pas part. « Ce combat, il est désormais entre vos mains. Je n’ai plus la légitimité pour le livrer avec vous » a-t-il affirmé. Il a salué le « courage » des élus qui l’ont soutenu « de la première heure à la dernière heure ». Manière de critiquer ceux, nombreux, qui l’ont lâché au cœur de la tempête des affaires.

Grandes manœuvres

Cette défaite historique à peine consommée, les grandes manœuvres ont déjà commencé. Dès dimanche soir, les sarkozystes ont fait porter la responsabilité de la défaite sur François Fillon (voir notre article). Selon plusieurs médias, ce midi, Nicolas Sarkozy a convié à déjeuner François Baroin, Laurent Wauquiez, Brice Hortefeux et Christian Jacob. Ils visent la suite, c'est-à-dire les législatives. « Cette élection à quatre tours. On a perdu le premier » a affirmé lundi matin Luc Chatel, avant le comité politique, présidé par Gérard Larcher. Le rêve des sarkozystes : que la droite remporte les législatives, impose une cohabitation et envoie François Baroin à Matignon.

Après 2h30 de réunion avec les poids lourds du parti, le président du Sénat s’est contenté ce midi d’une déclaration peu engageante, renvoyant au bureau politique le soin d’arrêter une position pour le second tour. Car tous les élus ne partagent pas l’appel à faire barrage au FN en votant Macron, lancé la veille par François Fillon.

Texte adopté sans vote

En fin de journée, le bureau politique a finalement adopté un texte mais sans vote, faute d’unanimité. « Voter nous aurait conduit à nous diviser » a reconnu après la réunion Bernard Accoyer, secrétaire général des Républicains. « Face au FN, l'abstention ne peut être un choix, nous appelons à voter contre Marine Le Pen » a-t-il annoncé.

« Il y a un consensus sur ce texte final qui rassemble différents points de vue qui étaient difficiles à concilier. C’est vraiment très compliqué pour nous en ce moment » a reconnu à la sortie le sénateur Alain Joyandet. « Le bureau politique s’est déroulé dans des conditions qui étaient évidemment difficiles car nous sortons d’un désastre électoral » a ajouté Jean-François Copé.

« Les points de vue ont été très très tranchés » selon une participante à la réunion. Le débat s’est organisé sur le texte de synthèse préparé dans la matinée lors du comité politique, où les LR appellent à faire barrage au FN mais sans citer le nom d’Emmanuel Macron. D’autres ont demandé que le candidat d’« En marche ! » soit explicitement cité.

Pour certains, il n’y a pas de doute. NKM « appelle à la mobilisation pour faire battre Marine Le Pen » en votant Macron et demande de se concentrer d’abord sur le second tour, avant les législatives. Une position à mille lieues de Nadine Morano. La députée européenne, qui n’est pas membre du comité politique, s’est quand même présentée ce matin devant la presse pour dire tout le mal qu’elle pense de la position de Fillon : « Appeler à voter pour Emmanuel Hollande, je tombe de l’armoire une deuxième fois ». « Cette élection est un quasi suicide de notre famille politique. Je ne vais pas participer à l’enterrement »… (voir la vidéo ci-dessous) Un avis en partie partagé par Pierre Lellouche, avant le bureau politique : « Si vous voulez transformer Marine Le Pen en seule opposition dans ce pays, il faut que tout le monde rallie Macron. Je considère que c’est suicidaire pour notre parti ». Eric Ciotti ne souhaite pas non plus appeler à voter Macron.

Morano : "Appeler à voter pour Emmanuel Hollande, je tombe de l’armoire une deuxième fois"
00:13

Solère : « On a eu un rétrécissement plutôt qu’un élargissement »

D’autres placent davantage le débat sur le fond. Thierry Solère, l’ex-porte-parole de François Fillon avant les affaires, met en cause la ligne qu’a défendue le candidat… « On a eu un rétrécissement (de la ligne) plutôt qu’un élargissement. (…) Il faut redéfinir » pointe le député, qui appelle clairement à voter Macron.

Alain Juppé a jugé aussi nécessaire de revoir la « ligne politique » des Républicains. « Je crois qu'il y a au moins deux raisons à cet échec. La première, et il l'a lui-même reconnu, c'est évidemment la personnalité de notre candidat (François Fillon, ndlr). Et la deuxième, c'est aussi la ligne politique », a-t-il déclaré à la presse ce matin à Bordeaux. « La question est de savoir si demain, il y aura à droite une composante humaniste, libérale et européenne qui pourra peser pleinement de son poids ».

L’autre question pour Les Républicains porte sur l’unité du parti après les législatives. S’il n’y pas de cohabitation, le sénateur sarkozyste Alain Houpert ouvre déjà, dans un entretien à publicsenat.fr, la porte à « une coalition » avec Emmanuel Macron, « comme en Allemagne »…

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