Fillon et la Sécu: juste «une mise au point»?
François Fillon a donné l’impression de reculer sur sa réforme de la Sécurité sociale suite à la publication de sa tribune. Ses adversaires l’accusent de vouloir privatiser la Sécu en donnant plus de poids aux Mutuelles. « Il n’a pas fait de reculade » assure le sénateur Alain Milon qui explique comment « un tarif unique et obligatoire » pourrait être imposé aux mutuelles pour certains soins.

Fillon et la Sécu: juste «une mise au point»?

François Fillon a donné l’impression de reculer sur sa réforme de la Sécurité sociale suite à la publication de sa tribune. Ses adversaires l’accusent de vouloir privatiser la Sécu en donnant plus de poids aux Mutuelles. « Il n’a pas fait de reculade » assure le sénateur Alain Milon qui explique comment « un tarif unique et obligatoire » pourrait être imposé aux mutuelles pour certains soins.
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La température était montée trop haut. Il fallait agir. Depuis la primaire, les propositions de François Fillon sur la santé ont mis le feu aux poudres. La sécurité sociale se retrouverait chargée uniquement des affections de longues durée, pour laisser les petits soins aux mutuelles. Les accusations de privatisation de la Sécu se sont multipliées.

Même les proches ont alerté. « On a de mauvaises remontées de terrain, c’est vrai » ne peut que constater un parlementaire LR filloniste. « Ça fait peur. Même les militants craignent d’être moins remboursés » raconte une sénatrice. Chez les soutiens, « on a tous plaidé pour une explication » glisse une autre. Le président du Sénat, Gérard Larcher, cité par Le Canard Enchaîné comme possible futur premier ministre, a aussi joué un rôle.

« Je viens écouter la messe »

Il fallait un remède. Prescription : une dose de tribune. Voie d'administration : Le Figaro. Complétée dès mercredi par un déplacement dans un hôpital. Le candidat de la droite veut se faire rassurant :

« J'entends réaffirmer le principe d'universalité dans l'esprit des ordonnances de 1945. L'Assurance-maladie obligatoire et universelle, pilier de la solidarité, doit rester le pivot dans le parcours de soins dont le médecin généraliste est l'acteur clé. Elle continuera à couvrir les soins comme aujourd'hui et même, mieux rembourser des soins qui sont largement à la charge des assurés, comme les soins optiques et dentaires. Il n'est donc pas question de toucher à l'Assurance-maladie et encore moins de la privatiser ».

La distinction entre petits et gros risques a disparu comme par enchantement. Sur son site de campagne, il voulait exclure du panier des soins « solidaires » qu’il propose « les soins de confort et la « bobologie » ». Une guérison miraculeuse qui a tout l’air d’un recul.

Ce matin le candidat s’est rendu devant les groupes LR de l’Assemblée et du Sénat. « Je viens écouter la messe » lâche en arrivant un sénateur narquois qui n’avait pas choisi le député de Paris lors de la primaire. Mais devant les parlementaires, François Fillon n’a à aucun moment évoqué une volte-face. « La Sécurité sociale, ce n’est pas la priorité des 100 premiers jours » a-t-il simplement souligné, selon un participant de la réunion. Pour le reste, il a répété la teneur de sa tribune, soulignant que son projet était « caricaturé ».

« Les expressions toutes faites se sont retournées contre nous »

Pour les soutiens de François Fillon, la tribune est avant tout « une précision, une explication » explique la sénatrice Isabelle Debré. « C’est une mise au point » ajoute le président de la commission des affaires sociales du Sénat, Alain Milon. Il y a quelques mois, son groupe de travail sur la santé avait fait des propositions au groupe LR de la Haute assemblée. Elles ont « en partie été reprises » ensuite par le candidat…

Comment expliquer la disparition de la distinction entre petits et gros risques ? « Il n’y a plus ces mots car ils sont exploités par nos adversaires, qui n’ont pas de programme » affirme à publicsenat.fr Alain Milon. « Les expressions toutes faites se sont retournés contre nous ». Autrement dit, ce serait avant tout une erreur de communication. Mais sur le fond, Alain Milon assure que « François Fillon n’a pas fait de reculade, contrairement à ce qui peut être dit. Il a redit le principe d’universalité de la Sécurité sociale (…). Et il a reparlé de la nécessité d’une collaboration étroite entre ce qui est public et ce qui et libéral » explique le sénateur du Vaucluse (voir la vidéo).

« Tarifs qui seraient imposés aux mutuelles sur un panier de soins »

Selon Alain Milon, François Fillon n’a fait que décrire une réalité déjà existante, en parlant de soins qui ne sont pas pris en charge par la Sécu. « Concrètement, il y a des soins qui ne sont pas remboursés actuellement et qui ne le seront pas demain. Comme j’ai dit devant le groupe, il faut une semaine pour guérir d’un rhume sans traitement et 7 jours pour guérir d’un rhume avec traitement. Et vous faites de l’automédication, vous allez acheter du paracétamol, des gouttes pour le nez et un sirop qui ne sont pas remboursés par la Sécu et les mutuelles et qui ne le seront toujours pas » avance le filloniste.

Le camp Fillon est tenté de regarder du côté des « 7 milliards d’euros de bénéfice des mutuelles ». « Il y a des marges de manœuvres » explique un parlementaire.

« François Fillon propose de mettre en place une agence qui regrouperait tous les acteurs de la santé, les caisses, les différentes mutuelles, les différents organismes complémentaires, les médecins et les associations de patients, dans une agence de contrôle des prix. C'est-à-dire que pourraient être déterminées par cette agence des propositions de tarifs, qui seraient votés par le Parlement, ou des tarifs qui seraient imposés aux mutuelles et aux organismes complémentaires sur un panier qui pourrait être défini par la Haute autorité de santé » explique le président de la commission des Affaires sociales.

On pourrait par exemple y retrouver « la myopie », « la carie » ou la « prothèse dentaire », ou pourquoi pas la bronchite ou la sciatique. Ce panier reste encore à déterminer. « Il y a des différences de prix énormes selon l’assurance. Ce sont des choses sur lesquelles il y aurait un tarif unique et obligatoire » explique Alain Milon.

Quitter le costume de candidat de la primaire pour endosser celui du candidat à la présidentielle

François Fillon est en réalité sur une ligne de crête étroite. Après sa victoire à la primaire, il assurait devant les parlementaires qu’il n’y aura pas de zigzag (voir notre article). Or rester totalement sur sa ligne et utiliser les mêmes mots, c’est le risque de faire peur à un électorat populaire qui a manqué à François Fillon lors de la primaire. Mais pour le candidat qui a fait du « discours de vérité » et des réformes de « rupture » sa marque de fabrique, donner l’impression de reculer est risqué. Ses adversaires l’accuseront, comme Marine Le Pen, « d’absence de droiture ». Mais s’il entretient le flou ou avance à visage plus ou moins caché, ce n’est pas mieux. « On a compris, François Fillon c'est docteur Jekyll et Mr. Hyde. OK ! Mais qui croire ? » a demandé sur Twitter le patron du PS Jean-Christophe Cambadélis.

La difficulté pour l’ancien premier ministre est de quitter le costume de candidat de la primaire de la droite pour endosser celui du candidat à la présidentielle. « François Fillon a eu l’occasion de présenter un premier projet dans le cadre de la primaire. Maintenant, vient le temps de la présidentielle, d’un projet qui s’adresse à l’ensemble des Français, plus aux électeurs de la droite et du centre, et qui sera enrichi au cours des prochaines semaines » souligne la sénatrice Fabienne Keller, qui avait soutenu Alain Juppé. C’est tout l’équilibre périlleux que doit trouver François Fillon.

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