Filmer un procès : « C’est un moment de l’histoire », affirme Robert Badinter
Les archives audiovisuelles de la Justice sont pour la première fois montrées au public dans le cadre de l’exposition “Filmer les procès, un enjeu social”. À cette occasion, l’ancien garde des Sceaux, qui a porté la loi permettant aux caméras d’entrer dans les prétoires des grands procès, est l'invité exceptionnel de Rebecca Fitoussi, dans Allons plus loin.  

Filmer un procès : « C’est un moment de l’histoire », affirme Robert Badinter

Les archives audiovisuelles de la Justice sont pour la première fois montrées au public dans le cadre de l’exposition “Filmer les procès, un enjeu social”. À cette occasion, l’ancien garde des Sceaux, qui a porté la loi permettant aux caméras d’entrer dans les prétoires des grands procès, est l'invité exceptionnel de Rebecca Fitoussi, dans Allons plus loin.  
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Pour la première fois, les archives audiovisuelles de la Justice sont accessibles au public dans le cadre de l’exposition “Filmer les procès, un enjeu social”. L’exposition restitue au public huit procès majeurs tel celui de Klaus Barbie (1987), de Paul Touvier (1994) ou de Maurice Papon (1998). 

À cette occasion, Robert Badinter revient sur la loi du 11 juillet 1985 qu’il a défendue et grâce à laquelle les caméras ont pu entrer dans les prétoires pour saisir ces procès historiques. Cet entretien exclusif est diffusé à 19 heures, ce mardi dans l'émission Allons plus loin, sur Public Sénat. 

« C’était chez moi une vieille passion, une vieille idée née avec les archives des actualités de 1945. J’avais vu au cinéma l’arrivée de Laval au procès Pétain et c’était extraordinaire (...) Je me suis toujours dit “Mon dieu on ne conserve rien de ces instants extraordinaires”, c’est un moment de l’histoire qu’on ne saisit pas et ça m’a toujours préoccupé », relate l’ancien garde des Sceaux. 

Robert Badinter rappelle au passage les réticences qu’a pu avoir la France à s’impliquer dans les grands procès, y compris celui de Nuremberg. Un procès qui aurait pu ne pas avoir lieu : « C’est autour de Roosevelt que l’opinion a prévalu qu’il fallait les juger et les juger en leur donnant toutes les possibilités de la défense de telle façon que l’histoire puisse ainsi s’appuyer sur le jugement et que l’histoire devienne jugement ».  

« Ce que nous avons aujourd’hui c’est la possibilité de filmer, de conserver ces procès à dimension historique. Nous ne l’avons pas fait, hélas, pour les archives de la pratique quotidienne de la justice, je le regrette »

À l’époque où la loi du 11 juillet 1985 est en débat, le monde judiciaire était réticent à ce que ces procès soient filmés et conservés. « C’est le procès Barbie qui a permis que la loi passe, explique l’ancien garde des Sceaux. Je disais “Il faut conserver la trace de ce procès” et le Parlement ne pouvait pas dire non ». 

Ce texte permet seulement l’enregistrement audiovisuel ou sonore des procès qui comporte une « dimension événementielle, politique ou sociologique tels qu’ils méritent d’être conservés pour l’Histoire ». Robert Badinter souhaiterait, lui, que cette disposition soit étendue à la justice du quotidien, une volonté partagée par l'actuel garde des Sceaux. « Ce que nous avons aujourd’hui c’est la possibilité de filmer, de conserver ces procès à dimension historique. Nous ne l’avons pas fait, hélas, pour les archives de la pratique quotidienne de la justice, je le regrette », explique-t-il.  

Il ne s’agit pas de diffuser des extraits d’audience au journal télévisé, précise l’ancien garde des Sceaux, mais de pouvoir les enregistrer et les conserver à titre historique : « La justice ne peut pas être un spectacle destiné à satisfaire le voyeurisme du public, il faut que la justice soit publique mais la publicité ce n’est pas la même chose que l’exhibition ».

Retrouvez l'entretien de Robert Badinter ce mardi à 19 heures sur le canal 13 de votre TNT ou en direct sur notre site : https://www.publicsenat.fr/direct

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