Le Senat, Paris.

Fin de vie : en commission, le Sénat remplace « le droit à l’aide à mourir » par « une assistance médicale à mourir »

Les deux textes sur la fin de vie et les soins palliatifs ont entamé leur parcours législatif au Sénat en commission des affaires sociales du Sénat ce mercredi, avant leur examen en séance publique à la fin du mois. Les rapporteurs LR du texte ont restreint la portée de la proposition de loi établissant « un droit à l’aide à mourir », le remplaçant par une « assistance médicale à mourir ». Explications.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

La proposition de loi sur la fin de vie, érigée comme une priorité par Emmanuel Macron au point même d’envisager un référendum sur la question, entame son parcours législatif en commission au Sénat, ce mercredi, avec 4 mois de retard. L’examen de deux textes en commission était à l’origine prévu le 24 septembre dernier. Mais la session extraordinaire ouverte le 8 septembre s’était vite refermée avec la chute du gouvernement Bayrou, de quoi faire craindre à gauche un risque d’enlisement.

Pour mémoire, le texte sur les soins palliatifs porté par la députée Renaissance Annie Vidal avait été adopté à l’unanimité de l’Assemblée nationale en mai 2025. La proposition de loi sur la fin de vie du député du groupe Les Démocrates Olivier Falorni, moins consensuelle que la première, a, elle, été adoptée à l’Assemblée par 305 voix, contre 199.

Elle permet « une aide à mourir pour des malades condamnés par la maladie mais qui ne veulent pas être condamnés à l’agonie ». Cette aide à mourir « consiste à autoriser et à accompagner une personne qui en a exprimé la demande à recourir à une substance létale », indique l’article 2. Le malade devra s’administrer lui-même le produit, c’est l’une des principales règles fixées par les députés, à partir d’un amendement du gouvernement. Seule dérogation possible : « Lorsque la personne n’est pas en mesure physiquement d’y procéder », elle pourra alors se faire administrer la substance par un médecin ou un infirmier.

« Cela doit rester l’exception »

A la chambre haute où la droite est majoritaire, les deux rapporteurs LR du texte Alain Milon et Christine Bonfanti-Dossat n’ont jamais caché leur opposition au texte d’Olivier Falorni. Des amendements des rapporteurs ont été adoptés. ils limitent la portée de ce texte en rejetant « le droit à l’aide à mourir », lui préférant le principe d’une « assistance médicale à mourir » beaucoup plus encadrée, et réservée aux patients dont le « pronostic vital » est engagé à « court terme » soit « de quelques heures à quelques jours » selon la Haute Autorité de Santé. La proposition de loi initiale prévoit un périmètre plus large en faisant mention d’une « affection grave et incurable […] en phase avancée ». L’assistance médicale à mourir pourrait être pratiquée par un médecin ou un infirmier, dans les cas où la personne serait trop faible pour s’administrer elle-même la substance létale.

Contacté par publicsenat.fr, Alain Milon est confiant de voir cette version être validée en séance publique la semaine du 20 janvier. « On ne veut pas dire non, ni dire oui au texte des députés. Nous voulons mettre le Sénat dans une position de sagesse. Dans certains cas, il est nécessaire d’assister des personnes vers la mort. Mais cela doit rester l’exception et en protégeant les patients comme les professionnels de santé ».

« La logique qui a conduit à l’inscription de l’IVG dans la Constitution »

Le centriste, Olivier Henno est lui plus prudent sur « l’atterrissage » de la proposition de loi au Sénat. Il a défendu en commission une ligne de compromis entre la version des députés et des rapporteurs, en défendant différents amendements pour encadrer le recours au suicide assisté. « Il n’y aura pas de logique de groupes politiques sur ce texte. La question est plus ouverte, et partagée chez les centristes, les indépendants, les RDSE… S’il ne peut difficilement y avoir une majorité sur le texte de l’Assemblée nationale, le Sénat se doit de faire entendre sa voix. Mon action s’inscrit dans la logique qui a conduit à l’inscription de l’IVG dans la Constitution dans une écriture largement inspirée de celle qu’avait votée le Sénat », explique-t-il.

En début de semaine, la sénatrice socialiste, Marie-Pierre de la Gontrie indiquait sur X que son groupe allait « se battre en séance pour convaincre ». Auteure elle-même en 2021 d’une proposition de loi « visant à établir le droit à mourir dans la dignité », son texte avait été rejeté de peu, 161 voix contre 142.

Le vote solennel de la proposition de loi au Sénat est prévu le 28 janvier.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Fin de vie : en commission, le Sénat remplace « le droit à l’aide à mourir » par « une assistance médicale à mourir »
3min

Politique

Défense : la loi de programmation militaire « nécessaire » pour se préparer au mieux à « la possibilité d’un choc », affirme le général Olivier Kempf 

Invité de la matinale de Public Sénat, le général Olivier Kempf, a détaillé les priorités auxquelles la loi de programmation militaire tente de répondre. Ce dernier y voit un renforcement des capacités françaises jugé impératif pour répondre aux évolutions géostratégiques du monde contemporain.

Le

PSG Victory Celebration Champions League Paris
7min

Politique

Violences après la victoire du PSG : « Plutôt une spécificité parisienne que française », note le politiste Fabien Jobard

Le deuxième sacre du PSG en ligue des Champions ce week-end a une nouvelle fois été marqué par des scènes de débordements, de casses et de violences dans l’espace public. Des faits qui ont conduit à 890 interpellations. Fabien Jobard, directeur de recherches au CNRS rappelle la particularité du club de la capitale dont « l’essentiel des forces supportrices vient de banlieues parisiennes. Des territoires caractérisés par la récurrence des affrontements entre ses habitants et la police ».

Le

UNIVERSITE TOULOUSE CAPITOLE
6min

Politique

Parcoursup, apprentissage… que contient le projet de régulation de l’enseignement supérieur privé examiné ce lundi par le Sénat ?

Les sénateurs examinent en séance ce lundi 1er juin le projet de loi sur la régulation de l’enseignement supérieur privé, censé offrir des garanties aux étudiants face aux pratiques douteuses d’une partie du secteur. Un agrément de l’État et une réforme des conditions de l’apprentissage sont prévus dans le texte issu de la commission.

Le