Fin du marathon agricole à l’Assemblée: large vote et vives polémiques
Après huit jours et nuits de marathon animé, les députés ont approuvé mercredi le projet de loi agriculture et alimentation mais...

Fin du marathon agricole à l’Assemblée: large vote et vives polémiques

Après huit jours et nuits de marathon animé, les députés ont approuvé mercredi le projet de loi agriculture et alimentation mais...
Public Sénat

Par Fabrice RANDOUX

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Après huit jours et nuits de marathon animé, les députés ont approuvé mercredi le projet de loi agriculture et alimentation mais une partie de l'Assemblée reste sur sa faim à propos du rééquilibrage des relations commerciales au profit des agriculteurs, ou la protection de l'environnement.

Le texte, qui va maintenant aller au Sénat, a été voté en première lecture par 339 voix contre 84, avec 130 abstentions. La majorité a voté pour "avec enthousiasme", la droite s'est abstenue "de manière vigilante", toute la gauche a voté contre, par "déception".

Si "tous les désaccords n'ont pu être levés" après quelque 77 heures de débat et 2.310 amendements, le ministre Stéphane Travert s'est dit "fier" que les députés "aient porté ce texte au service de l'agriculture française, unique en Europe".

Issu des Etats généraux de l'alimentation lancés par Emmanuel Macron, le projet de loi vise à mettre fin à la "guerre des prix" pour redonner "un revenu digne aux agriculteurs", selon le rapporteur Jean-Baptiste Moreau (LREM), éleveur dans la Creuse.

Il prévoit une inversion de la construction des prix en partant des coûts de production, un renforcement des organisations de producteurs, un encadrement des promotions parallèlement au relèvement du seuil de revente à perte.

Sensibles aux critiques des syndicats agricoles, déçus par une copie du gouvernement en-deçà de leurs attentes, des députés de tous bords ont musclé le texte dans un sens plus favorable aux producteurs sur la fixation des indicateurs de prix ou les sanctions contre les distributeurs.

Pour la majorité, c'est "un tournant", mais pour la droite, au-delà "d'une philosophie générale plutôt positive" (Jérôme Nury, LR), le "compte n'y est pas" (Thierry Benoît, UAI), notamment face à la concentration des centrales d'achat de la grande distribution.

Pour Sébastien Jumel (PCF), "cela ne changera rien pour les agriculteurs, qui resteront la proie mortifère de la libre-concurrence".

- "renoncements" -

Ce volet économique, crucial, a cependant déchaîné moins de passions que les mesures pour promouvoir une alimentation plus saine et favoriser le respect du bien-être animal, ou plutôt l'absence de certaines d'entre elles.

Mesure emblématique, la sortie du glyphosate d'ici 2021, engagement présidentiel, ne sera pas gravée dans la loi malgré des amendements portés par une partie des Marcheurs, comme la présidente de la commission du développement durable Barbara Pompili, ou l'ex-ministre PS Delphine Batho.

Cette décision a "déçu" le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot, même si le gouvernement assure que l'objectif d'abandonner l'herbicide controversé à cette date est maintenu et mise sur les recherches d'alternatives.

Relayant la position de FNSEA et appelant à "faire confiance aux agriculteurs", LR s'est vivement opposée à cette interdiction, comme aux mesures du texte destinées à renchérir le coût des pesticides (interdiction de ristournes, séparation de l'activité de vente et de conseil).

A l'image de la colère d'associations de défense de l'environnement ("une trahison" pour Générations futures), Loïc Prudhomme (LFI) a épinglé "les renoncements" d'Emmanuel Macron et une loi "vide de sens".

Stéphane Travert a été accusé ces dernières semaines par les écologistes, notamment l'eurodéputé Yannick Jadot, d'être "le prince des lobbies". Le ministre, qui a récusé être "aux mains de lobbies", a épinglé en retour "les petits marquis de l'écologie des salons parisiens".

Les socialistes ont dénoncé notamment l'absence d'une "vraie politique de l'alimentation, une occasion manquée", selon l'ex-ministre Guillaume Garot.

En cause notamment le refus du gouvernement d'interdire à la télévision les publicités à destination des enfants pour les aliments trop gras, trop sucrés ou trop salés.

La majorité met en avant l'objectif pour la restauration collective d'au moins 50% de produits bio ou intégrant la préservation environnementale en 2022.

Enfin, les militants de la cause animale n'ont pas obtenu gain de cause malgré leurs milliers de courriels à destination des députés et du renfort de quelques célébrités.

La vidéo-surveillance ne sera pas obligatoire, mais expérimentale dans les abattoirs. Et aucune date d'interdiction pour la vente des oeufs de poules en cage n'a été fixée.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Seance questions au gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Travail le 1er mai : une réforme quasi enterrée, que ses défenseurs cherchent à réanimer

Face au risque de censure et sous la pression des syndicats, le gouvernement a repoussé sine die la proposition de loi sénatoriale sur le travail le 1er mai, tout en ouvrant des discussions. Une décision dénoncée par Gabriel Attal chez Renaissance. Côté LR, Bruno Retailleau propose aux présidents de l’Assemblée et du Sénat de convoquer eux-mêmes la commission mixte paritaire, pour relancer le processus parlementaire. Si Gérard Larcher « était prêt à étudier » la question, l’idée serait en « stand by » face aux hésitations de Yaël Braun-Pivet.

Le

Fin du marathon agricole à l’Assemblée: large vote et vives polémiques
3min

Politique

Au nom du « soutien au peuple Vénézuélien », Gérard Larcher reçoit au Sénat la Prix Nobel de la paix et opposante María Corina Machado

Au lendemain de sa rencontre avec Emmanuel Macron, la lauréate du Prix Nobel de la paix María Corina Machado, figure de l’opposition vénézuélienne, est reçue mardi 14 avril par le président du Sénat Gérard Larcher. L’occasion d’échanger sur « les perspectives d’une transition pacifique et démocratique » au Venezuela plus de trois mois après la capture du président Maduro par les États-Unis.

Le

Fin du marathon agricole à l’Assemblée: large vote et vives polémiques
3min

Politique

Après son arrivée chez Grasset, relié à Vincent Bolloré, Boualem Sansal assure ne « pas du tout » se rapprocher de l’extrême-droite 

Invité de la matinale de Public Sénat ce mardi 14 avril, Boualem Sansal est revenu sur son récent départ de Gallimard, son éditeur historique, vers Grasset, relié au milliardaire conservateur Vincent Bolloré. Interrogé sur ce choix et sur d’hypothétiques liens avec l’extrême-droite, l’écrivain franco-algérien assure ne « pas du tout » se rapprocher de ce camp politique et dit « picorer » ses idées « à droite » et « à gauche ».

Le

36071660134
5min

Politique

« La République a besoin de votre voix » : au Sénat, collégiens et lycéens dissertent sur la liberté d’expression lors d’un concours d’éloquence

Plusieurs dizaines de collégiens et lycéens, principalement originaires de Seine-Saint-Denis, se sont affrontés lors de la 8ème édition du Concours d'éloquence de la jeunesse, lundi 13 avril, au Sénat. L’occasion de philosopher sur les limites de la liberté d’expression et d’ « affirmer sa place dans la société », comme les y a invités le sénateur Ahmed Laouedj.

Le