Fin du timbre rouge : le PDG de La Poste « assume » et mise sur les services de proximité pour assurer la pérennité du groupe
Auditionné par la commission des affaires économiques du Sénat, le PDG de La Poste, Philippe Wahl, a justifié l’abandon du timbre rouge et dévoilé la stratégie du groupe public pour les prochaines années, s’appuyant notamment sur les maires et les Conseils départementaux. 

Fin du timbre rouge : le PDG de La Poste « assume » et mise sur les services de proximité pour assurer la pérennité du groupe

Auditionné par la commission des affaires économiques du Sénat, le PDG de La Poste, Philippe Wahl, a justifié l’abandon du timbre rouge et dévoilé la stratégie du groupe public pour les prochaines années, s’appuyant notamment sur les maires et les Conseils départementaux. 
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C’est la disparition d’un timbre qui ouvre la voie à des réformes plus globales. Au groupe La Poste, la suppression du timbre rouge le 1er janvier 2023 n’est que le prélude de nouvelles mutations. Auditionné par la commission des affaires économiques du Sénat ce mercredi 15 février 2023, Philippe Wahl, le PDG de l’entreprise publique, a justifié ce choix stratégique avant de détailler les plans de La Poste pour les années à venir. Ces choix résultent de l’aide financière de l’État pour compenser le déficit de l’entreprise. 1,12 milliard d’euros, c’est « inédit » d’après la présidente de la commission Sophie Primas (Les Républicains).

 

Pas d’avenir pour les lettres

 

« L’avenir de l’emploi du facteur ne passera pas par la lettre ». Pour Philippe Wahl, le constat est sans appel. Il en veut pour preuve les chiffres avancés par le rapport sénatorial de mars 2021 sur La Poste concernant le timbre rouge qui permettait au courrier d’être délivré le lendemain de son envoi. En 2018, 4,25 milliards de lettres avec des timbres rouges étaient échangées contre 275 millions en 2021. « Cela signifie que pour les besoins urgents de communications, les usagers utilisent d’autres modes de communications », expose le PDG. « Dans quatre ans, il n’y aurait plus de lettre rouge du tout » puisque d’après ses chiffres, leur nombre baisse de 80 millions par an. A ce constat, il apporte une réponse : la suppression du timbre. « J’étais conscient de toucher à un objet totémique de la République, […] mais j’assume. Les gens aiment la lettre rouge, mais ne l’utilisent plus. »

 

La Poste a tout de même trouvé un remplaçant à ce timbre physique : la e-lettre rouge. « Cela nous rend perplexe » a souligné Sophie Primas. Philippe Wahl s’est justifié tout en reconnaissant un fonctionnement « compliqué ». Selon lui, il y avait deux solutions : soit la suppression totale de la possibilité d’envoyer une lettre à J + 1, soit la mise en place de cette e-lettre rouge qui consiste à écrire sa lettre sur le site internet de La Poste avant qu’elle ne soit envoyée et imprimée dans le bureau de poste le plus proche de l’adresse du destinataire. « La e-lettre rouge est utilisée 3 500 fois par jour », avance le PDG qui affirme que si ce service continue d’être utilisé, il sera maintenu.

 

 

 

La Poste mise sur les services à la personne

 

L’autre inquiétude des sénateurs concerne la réorganisation des tournées des facteurs qui sont réalisées six jours sur sept. Face à la chute drastique du nombre d’échanges de lettres - 18 milliards en 2008 contre 7 milliards en 2021 - La Poste veut modifier le parcours de ses postiers. « Évidemment, avec moins de lettres, le facteur passera moins souvent, mais le six jours sur sept, c’est le cœur de notre stratégie, martèle Philippe Wahl. L’objectif est de s’arrêter partout où ce sera nécessaire. » Les colis, les lettres recommandées, les journaux ou encore les distributions de repas continueront d’être effectuées quotidiennement.

 

Dans les craintes formulées par les sénateurs qui ont tous rappelé les missions de service public de La Poste, il y a celle de l’abandon d’un lien pour les habitants des zones rurales et les personnes les plus âgées. Le PDG a donc détaillé les nouveaux services offerts par son groupe comme la livraison de repas. La Poste conclut des accords locaux soit avec le conseil départemental, soit avec les Caisses centrales d’activités sociales (CCAS) comme c’est le cas à Blois dans le Loir-et-Cher. Alors qu’aucune distribution alimentaire n’avait lieu il y a 5 ans, La Poste vise 5 millions de repas en 2023. Le défi reste d’étendre ces accords à tous les départements français. Côté résultat, le chiffre d’affaires des activités de service du groupe s’élève à 700 millions d’euros et traduit une diversification des activités pour « permettre d’assurer la pérennité de l’entreprise » selon Philippe Wahl.

 

Contrat de présence postale territoriale

 

Ce changement stratégique s’articule autour de deux piliers indissociables de la présence des facteurs sur le terrain. D’un côté, les « services de proximité humaine » : visite de convivialité, livraison de médicaments et de repas. De l’autre, le numérique avec le service de coffre-fort numérique Digiposte ou l’Identité Numérique. Pour le PDG, le lien entre les facteurs et les usagers est essentiel : « Si on a confiance en La Poste, on a confiance dans le numérique de La Poste ».

 

Cette implantation territoriale va prendre forme à travers le sixième contrat de présence postale territoriale signé entre La Poste, l’Association des maires de France (AMF) et le ministère de l’Economie pour la période 2023 à 2025. Il vise à assurer la mission de service public d’aménagement du territoire du groupe public, confronté aussi à une baisse drastique de la fréquentation de ses guichets : 52 % en moins entre 2016 et 2022. Malgré tout, le groupe doit continuer d’assurer sa mission de service public. Ainsi, ce contrat engage La Poste à ouvrir 1000 bureaux de postes les samedis et les jours de marché en semaine sur les 1500 qui actuellement fermés à ce moment-là. Il doit également régler le problème des fermetures inopinées des bureaux. « Parfois les gens font 30 minutes pour arriver devant le bureau de Poste et le trouvent fermé », alerte la sénatrice socialiste de Lozère Guylène Pantel. Un plan spécifique va être mis en place, affirme Philippe Wahl.

 

Étroite collaboration avec les maires

 

Une autre question en lien avec ce contrat a été posée par la sénatrice centriste Françoise Férat. Elle souligne qu’en 2018, on comptait 17 232 points de contacts à savoir des bureaux de poste, des agences postales communales et des relais poste dans des commerces. Le PDG de La Poste répond qu’il n’en restait plus que 17 013 en 2022, la faute à des commerces en faillite et au temps qu’il faut en concertation avec le maire pour trouver une solution.

 

Les maires et les collectivités seront des acteurs de la nouvelle stratégie de La Poste, assure Philippe Wahl. Les édiles conservent leurs droits de véto en cas de transformation du bureau postal de leur commune. « C’est fondamental, car cela nous force à négocier avec les élus », explique le PDG en réponse à une question de Patrick Chaize (Les Républicains) corapporteur du rapport sénatorial sur La Poste avec Pierre Louault (Union des démocrates indépendants) et Rémi Cardon (Parti Socialiste). Pour développer les nouveaux métiers du groupe La Poste, Philippe Wahl insiste : « Sur le digital comme sur les services de proximités humaines, ça va se jouer avec les collectivités territoriales »

 

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