Finance mondiale : à la merci d’une nouvelle crise ?
15 septembre 2008. Les pieds d’argile des géants de la finance se font jour : Lehman Brothers se déclare en faillite. Passé le choc, la législation d’encadrement du secteur bancaire est d’abord renforcée sous Barack Obama avant d’être fortement réduite par Donald Trump. Dette publique, dette privée, pourvoir de l’argent et déficit démocratique : la catastrophe de 2007 peut-elle se réitérer ? Quel pouvoir avons-nous face à la prochaine crise ?

Finance mondiale : à la merci d’une nouvelle crise ?

15 septembre 2008. Les pieds d’argile des géants de la finance se font jour : Lehman Brothers se déclare en faillite. Passé le choc, la législation d’encadrement du secteur bancaire est d’abord renforcée sous Barack Obama avant d’être fortement réduite par Donald Trump. Dette publique, dette privée, pourvoir de l’argent et déficit démocratique : la catastrophe de 2007 peut-elle se réitérer ? Quel pouvoir avons-nous face à la prochaine crise ?
Public Sénat

Par Romain Vincent

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

La crise de 2008, avec les effets dévastateurs qui en découlent, n’a pas engendré de remise en question fondamentale de notre système économique et notamment bancaire.

La principale source de législation états-unienne (la législation Dodd-Frank qui permet notamment un encadrement de la spéculation sur les fonds des banques ; une anticipation de la faillite de ces dernières) a été progressivement détricotée par Donals Trump en 2019, qui semble vouloir revenir vers un système dérégulé. En Europe, l'Union bancaire a été finalisée en 2013, en réponse à la crise financière, et les banques ne peuvent plus spéculer avec leurs fonds propres, et donc se mettre excessivement en danger. Mais de façon générale, il subsiste une incitation à recourir au crédit, qui peut s'avérer dangereux selon l'économiste Jézabel Couppey-Soubeyran.

Les lois Dodd-Frank : l'explication de J. Couppey-Soubeyran
00:28

 

À l’issue de cette crise, « on a fait croire que l’intérêt de la banque c’était en même temps de défendre l’intérêt général, c’est tout à fait incompatible » affirme Éric Bocquet, sénateur communiste du Nord. Le sauvetage des banques par l’État ne serait pas justifié.

Une nouvelle crise à redouter ?

Alors même que les effets de la crise de 2008 se font encore ressentir dans l’économie mondiale, de nouvelles bulles spéculatives, potentiellement dévastatrices, tendent à émerger, conduisant Jacques Mistral, directeur de recherches à la Brookings Institution à Washington, à affirmer que la crise financière est « un sujet sur lequel on ne prend pas d’expérience ». Il n’y a ni interrogation en profondeur sur notre système économique, ni même un système de précaution législatif mis en place.

Aux États-Unis d’abord. La dette nationale a atteint, en 2019, 22 000 milliards de dollars (19 600 milliards d’euros), dépassant ainsi le montant du PIB annuel du pays. Ce montant recouvre plusieurs bulles spéculatives, comme autant de potentielles bombes à retardement économiques pour le pays : la dette des entreprises a ainsi doublé en dix ans, quand, de leur côté, les étudiants ne parviennent que difficilement à rembourser leurs dettes.

Le poids des dettes étudiante et automobile aux Etats-Unis
00:28

 

En France, les débats portent sur la dangerosité des potentielles menaces : dette privée ou dette publique, laquelle submergera l’économie française ? En effet, Marc Touati, Président Fondateur du cabinet ACDEFI (Aux Commandes De l’Économie et de la Finance) affirme que le danger principal français, c’est la « bulle de la dette publique » que nous ne parvenons pas à recouvrir. Jézabel Couppey-Soubeyran, maître de conférences à l'Université Paris-1-Panthéon-Sorbonne et conseillère éditoriale au CEPII, a un avis différent : « le vrai problème c’est la dette privée », qui recouvre 133 % du PIB contre 98 % pour la dette publique, plombant de fait les finances du pays et sa capacité d’investissement.

La précaution : principe tangible et critiquable

Une solution paraît s’imposer d’elle-même : le principe de précaution, c’est-à-dire l’avènement du modèle de bonne gouvernance. Ce modèle s’appuie sur une modernité de l’État pour permettre d’encadrer les dépenses publiques : il faut faire mieux avec moins. Mais cette préconisation séduit surtout les économistes libéraux. Pour Jézabel Couppey-Soubeyran, c'est aux banques d'évoluer, elle souligne l’importance que peuvent prendre les établissements financiers dans le financement de l’économie réelle : l’aide au crédit des entreprises, le financement des investissements écologiques…

Un levier d’action plus concret se caractérise par les prises de décision des banques centrales sur les taux de change. Ceux-ci peuvent varier sous l’impulsion des banques centrales et donc inciter ou non à l’emprunt par les états. Le piège c’est le jour où les taux se retourneront, car si ce jour arrive, la France ne sera pas en mesure de recouvrer sa dette.

Ces solutions ne sont qu’économiques. L’évolution du taux de change dépend d’une entité non-politique. Dès lors, il semble légitime de se questionner sur la place des citoyens dans le processus de protection face aux crises mondiales.

Partager cet article

Dans la même thématique

ill_institution_assemblee_nationale_15
10min

Politique

Les pétitions, un nouvel outil de pression citoyenne sur le débat public ?

Du succès de la mobilisation contre la loi Duplomb au classement sans suite de la pétition sur la présomption de légitime défense des forces de l’ordre, les pétitions en ligne s’imposent comme un nouveau mode d’interpellation des élus. Sans portée juridique contraignante, elles peinent toutefois à infléchir le travail parlementaire. Leur succès révèle surtout l’aspiration croissante des citoyens à peser sur les décisions publiques entre deux élections, alors que les institutions peinent encore à leur ouvrir une véritable place.

Le

Recolte betterave 2020
7min

Politique

Projet de loi d'urgence agricole : une censure du Conseil constitutionnel est-elle envisageable ?

Mercredi, le Parlement a définitivement adopté le projet de loi d'urgence agricole qui prévoit l'utilisation à titre dérogatoire, pour certaines cultures, de deux néonicotinoïdes interdits en France. Un texte qui va faire l'objet d'une saisine du Conseil constitutionnel par différents groupes politiques. L'année dernière, les Sages avaient censuré une disposition similaire issue d'un texte d'origine sénatoriale, mais les parlementaires ont, depuis, revu leur copie.

Le

Paris : Weekly cabinet meeting at Elysee Palace
5min

Politique

Quels ministères ont connu le plus de ministres pendant les mandats d’Emmanuel Macron ?

Les deux quinquennats d’Emmanuel Macron ont été marqués par un nombre important de gouvernements. Sur ces neuf ans, c’est le ministère de la Santé qui a connu le plus de ministres, talonné par les ministères en charge des Collectivités territoriales ou de l’Environnement. Les Armées, l’Economie et les Affaires étrangères sont ceux avec le plus de stabilité. Le reflet de choix politiques ou le fruit d’une instabilité politique ?

Le