Fini le tract, l’innovation militante au crible de La France insoumise
Pour que "les gens ne changent plus de trottoir quand on leur tend un tract", les militants et élus de la toute jeune France...

Fini le tract, l’innovation militante au crible de La France insoumise

Pour que "les gens ne changent plus de trottoir quand on leur tend un tract", les militants et élus de la toute jeune France...
Public Sénat

Par Lucile MALANDAIN

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Pour que "les gens ne changent plus de trottoir quand on leur tend un tract", les militants et élus de la toute jeune France insoumise expérimentent à Marseille de nouvelles méthodes et pratiques militantes pour tisser leur toile sur le terrain.

"Quand on essaie de parler des ordonnances sur le code du travail, les jeunes nous répondent +on ne s'intéresse pas à la loi Travail puisqu'on ne va pas travailler+"... "On s'adresse aux citoyens comme à de futurs militants, ils se vivent comme des consommateurs"... "Certains ont des idées reçues, comme +Jean-Luc Mélenchon est un dictateur+, et refusent toute discussion"...

Dans une salle bondée de la fac Saint-Charles à Marseille, plusieurs dizaines de militants et élus confrontent en petits groupes leur frustration face à l'indifférence, voire la défiance, qu'ils ont pu rencontrer en tractant sur les marchés ou en faisant du porte-à-porte pendant la longue année électorale.

A partir de ces souvenirs concrets, les participants à l'atelier de formation, dispensé par un organisme dédié, "la coopérative citoyenne", établissent une liste de "faits", d'où ils tirent des "problèmes", qu'ils passent au tamis de "l'analyse" avant de se pencher sur "les solutions".

Premier constat : les gens sont plus réceptifs quand on les fait parler d'eux-mêmes. "Le tract, c'est du prêt à penser, il induit l'idée que la théorie arrive par paquet de 500", expose Tifen Ducharne, formatrice aux "enquêtes conscientisantes", qui permettent justement d'interroger les gens sur eux-mêmes pour "créer de la conscience politique".

"Il faut instituer la notion d'expertise : chaque citoyen est un expert d'usage", avance une participante. Et encourager "le récit de vie", confirme une autre. La question d'adapter son langage selon la personne à laquelle on s'adresse fait débat.

Mais, de l'avis général, "la richesse et la complexité" du programme l'Avenir en commun, porté par Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, a plutôt représenté un handicap. "Moi, mon avenir, c'est de savoir s'il y aura quelque chose dans le frigo ce soir", s'est entendu reprocher un militant.

-"Que faites-vous là ?"-

"On parle souvent aux gens de ce qui nous intéresse : on se met des barrières à nous-mêmes", analyse le formateur, Julian Augé. "On instaure un rapport descendant et on se place dans une posture de domination", ajoute-t-il.

Son conseil : parler "avec" plutôt que de parler "au nom de" une catégorie sociale, "rendre sa légitimité" politique au citoyen.

Pour cela, plusieurs techniques existent, déjà expérimentées pendant la période électorale. La plus efficace est celle des "porteurs de parole", consistant à s'installer dans la rue et afficher une question ouverte : "Qu'est-ce qui vous rend heureux ?", "Etes-vous en colère ?" ou "Quelle est la dernière fois que vous avez bien mangé ?"

"Les gens s'arrêtent et parlent. Et, à mesure, on affiche les pépites qui en ressortent", détaille le jeune homme.

"On peut faire des actions de porteur de parole sans dire son appartenance politique. Avec neuf personnes sur dix, ça se termine par une discussion politique alors que si javais un tract, les gens auraient changé de trottoir", assure Gabriel Amard, proche de Jean-Luc Mélenchon et formateur pour les collectivités.

"Nous ne sommes plus dans le temps électoral, on n'est pas pressés, tricotons avec les gens dès maintenant, ritualisons les rendez-vous", argumente-t-il en tranchant : "l'objectif aujourd'hui est de discuter avec ceux qui ne votent plus, je ne veux plus parler avec des gens qui votent encore".

Autres pistes : déambulations, conférences gesticulées, débats mouvants dans la rue, clowns...

Les "caravanes insoumises" qui ont arpenté cet été nombre de quartiers populaires ont joué ce rôle, estime Mathilde Panot, nouvelle députée LFI. "Ce qu'on a entendu, c'est +que faites-vous là ? Les élections sont passées+".

"On ne souhaite pas seulement être la première force d'opposition, nous voulons aussi être une force d'alternative, apporter des contre-propositions", abonde Manuel Bompard, un des responsables de LFI.

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