Fiscalité : l’exécutif clôt un imbroglio politique
Dans les Echos, Edouard Philippe a annoncé un « souffle fiscal » de 11 milliards d’euros et la mise en place, dès 2018, de plusieurs mesures emblématiques, contredisant ainsi son propre discours de politique générale. Des revirements diversement appréciés au Sénat.

Fiscalité : l’exécutif clôt un imbroglio politique

Dans les Echos, Edouard Philippe a annoncé un « souffle fiscal » de 11 milliards d’euros et la mise en place, dès 2018, de plusieurs mesures emblématiques, contredisant ainsi son propre discours de politique générale. Des revirements diversement appréciés au Sénat.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

La communication de l’Elysée a beau être verrouillée à triple tour, le mécanisme peut se gripper. C’est l’amère expérience que vient de connaitre Edouard Philippe, contraint de revenir, dans une interview publiée ce mercredi dans les Echos, sur une partie essentielle de son discours de politique générale. Fini le report des réformes sur l’ISF ou la taxe d’habitation, le Premier ministre annonce désormais « un souffle fiscal en faveur de l'investissement, de l'emploi et de la croissance » dès 2018. Dans les détails, l’impôt sur la fortune deviendra un « impôt sur la fortune immobilière » uniquement, coûtant ainsi 3 milliards d’euros à l’Etat. Devant l’Assemblée nationale, le chef du gouvernement avait promis cette réforme pour 2019. Changement de braquet, elle sera finalement appliquée dès l’année prochaine. De la même façon, la suppression de la taxe d’habitation pour 80% des ménages devait être mise en œuvre « d'ici la fin du quinquennat. » Là encore, Edouard Philippe annonce son enclenchement l'an prochain.

A l’origine, 7 milliards d’euros de baisses d’impôts étaient prévues. Ce sera donc 11 milliards. « Dans le courant de la semaine dernière, avec le président de la République, nous avons décidé d'accélérer ce rythme, afin de maximiser les effets économiques de cette stratégie » s’est justifié le Premier ministre. Cette interview est surtout l’épilogue d’un imbroglio d’une semaine où les avancées et reculs se sont succédés.

Retour, le 4 juillet dernier. Edouard Philippe livre quelques précisions étonnantes dans son discours de politique générale. Plusieurs réformes fiscales sont reportées pour éviter de grever des finances mal en point. Les annonces provoquent des réactions calamiteuses dans les cercles économiques qui gravitent autour d’Emmanuel Macron. Le consultant Mathieu Laine, très influent auprès du président de la République, « tombe de sa chaise » comme l’explique le Parisien. « Le professeur d'économie à l'université de Harvard, Philippe Aghion, fait pression » affirme aussi le journal. Les SMS s’empilent sur le téléphone du chef de l’Etat. Emmanuel Macron reprend la main et accélère le calendrier.

« Les réseaux se sont activés » se désole le sénateur communiste Eric Bocquet qui, de toute façon, n’accordait que peu de crédit aux réformes annoncées. Concernant lé réforme de l’ISF, le sénateur voit dans ce revirement « l’influence active et efficace des lobbies financiers. » C’est surtout un revirement de taille pour Edouard Philippe, qui peine à exister dans l’ombre jupitérienne du président de la République. « Le gouvernement navigue à vue » glisse le sénateur LR Philippe Dallier, particulièrement remonté contre la suppression de la taxe d’habitation. « Je crains que les sondages n’aient une grande importance pour lui» poursuit-il, estimant que la mauvaise perception de l’opinion publique sur les reports initiaux des allègements d’impôts avait effrayé l’exécutif.

Rien d’anormal, au contraire, pour le sénateur LREM Maurice Vincent qui assure que « la volonté du président de la République était de montrer la cohérence de ces engagements de campagne ». Quitte à forcer son Premier ministre à la contradiction. « C’est simplement une question de rythme » tente le sénateur. « J’imagine que les conditions tendues, en termes de chronologie, ont peut-être retardé cette mise en cohérence. »

Reste que ces nouvelles promesses risquent de peser sur les finances publiques et donc sur la croissance. « Je pense que ce poids sera contenu » espère Maurice Vincent.  Le gouvernement a d’ailleurs inscrit dans ses documents budgétaires un déficit public s'établissant à 2,7% en 2018. Un objectif ambitieux, déjà promis par la présidence Hollande, sans succès. Pour s’y tenir, le gouvernement doit geler les dépenses publiques, hors inflation. Les annonces attendues lundi, lors de la conférence des territoires où seront notamment discutées les modalités de compensation de la taxe d’habitation pour les collectivités territoriales, seront donc scrutées de près.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Fiscalité : l’exécutif clôt un imbroglio politique
3min

Politique

Alain Duhamel : « Les Français sont dans un état de défiance que je trouve totalement disproportionné »

Il a connu Pompidou, interviewé Valéry Giscard d’Estaing, mis sur le grill François Mitterrand et, pour ainsi dire, vu naître politiquement tous les autres présidents de la Cinquième République. Voilà cinquante ans qu’Alain Duhamel ausculte la politique française avec une tempérance devenue sa marque de fabrique. La retraite ? Impensable pour l’éditorialiste qui publie Les Politiques, portraits et croquis (éditions de l’Observatoire) dans lequel sont scrutées 63 personnalités politiques avec beaucoup de franchise. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde un regard, il revient sur les souvenirs marquants de sa carrière et analyse le climat politique des dernières années.

Le

6min

Politique

Royaume-Uni : Keir Starmer face à « la défiance » de son propre camp, après de nouvelles révélations entre Jeffrey Epstein et l’ancien ambassadeur britannique à Washington

Le Premier ministre essuie les conséquences de sa décision de nommer Peter Mandelson en tant qu’ambassadeur à Washington en 2024, alors que ses liens avec Jeffrey Epstein étaient déjà connus. Après la publication de nouveaux fichiers sur le financier américain, la pression s’accentue contre Keir Starmer, déjà fragilisé depuis le début de son mandat.

Le

Municipales 2026 : la décision du ministère de l’Intérieur de classer la France insoumise à l’extrême gauche peut-elle être fondée ?
8min

Politique

Municipales 2026 : la décision du ministère de l’Intérieur de classer la France insoumise à l’extrême gauche peut-elle être fondée ?

Le ministère de l’Intérieur a déclenché les foudres des Insoumis en classant ce mouvement pour la première fois à l’extrême gauche, dans une circulaire adressée aux préfets en vue de la catégorisation des candidats et des listes. Ce n’est pas la première fois que la place Beauvau est critiquée pour ses choix.

Le