« Flou », « contradictoire », « rétention d’informations » : des sénateurs dépités après l’audition de Didier Lallement

« Flou », « contradictoire », « rétention d’informations » : des sénateurs dépités après l’audition de Didier Lallement

L’audition du préfet de police de Paris était attendue au Sénat, pour faire la lumière sur les débordements et les incidents constatés en marge de la finale de la Ligue des Champions. Si les sénateurs prennent acte du mea culpa de Didier Lallement, beaucoup de réponses les ont contrariés.
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Durant deux heures Didier Lallement a été soumis au feu des questions sénatoriales. Deux semaines après le chaos de la finale de la Ligue des Champions au Stade de France, entre le Real Madrid et Liverpool, le préfet de police de Paris a dû s’expliquer sur la gestion du maintien de l’ordre en amont du match. Le haut fonctionnaire chargé de la sécurité dans l’agglomération parisienne a reconnu un « échec », tout en assumant l’emploi de gaz lacrymogène et en se montrant imprécis sur l’affluence autour du stade. Plusieurs sénateurs, qui ont participé à l’audition, restent sur leur faim, avec une pointe d’exaspération.

Michel Savin, sénateur LR, se sent notamment gêné par la « contradiction » apparue sur le nombre de personnes aux abords du stade. « Le ministre de l’Intérieur explique ce chaos au Stade de France par la présence en masse de supporters anglais aux portes. Là, la réponse du préfet c’est que de dire que les 30 000 à 40 000 personnes, il ne les a pas visuellement vus, mais qu’ils étaient en périphérie du stade. C’est contradictoire avec les propos du ministre. » Dans un communiqué publié plus tard dans la journée, le sénateur ajoute : « Plus le Sénat auditionne, plus les zones d’ombres émergent ». Le groupe Les Républicains, sur Twitter, a commenté l’audition sur un ton inhabituellement caustique. « Le préfet Lallement nie l’importance du nombre réel de faux billets et explique « ne pas savoir » où se trouvaient les 30 à 40 000 personnes détentrices de ces billets falsifiés. Heureusement, il « tien[t] à être parfaitement précis sur les choses »… »

Même reproche exprimé par le socialiste David Assouline. « Il reste flou sur le chiffre avancé de 30 à 40 000 personnes, alors qu’à l’évidence personne ne les retrouve. En aparté, j’ai demandé combien de personnes se trouvaient devant les grilles, il a été incapable de fournir le chiffre. La réalité, c’est qu’après plusieurs jours on aurait pu avoir d’autres chiffres que des impressions. Il y a encore une tentative d’esquiver quelque chose qui a été avancé et qui ne semble pas vrai. » « Impression de confusion, pas de réponse précise sur l’estimation des 30 000 / 40 000 personnes, interrogation sur la doctrine de maintien de l’ordre… Des zones d’ombre demeurent encore et encore », abonde la sénatrice PS Sylvie Robert.

« Ils peuvent nous balader combien de temps comme ça ? »

Hormis ce problème statistique et de la localisation exacte de la foule, Michel Savin résume l’audition comme un « copier-coller » de l’audition de Gérald Darmanin. « Il reconnaît qu’il y a un échec, donc il faut qu’on en tire les leçons. J’espère qu’on aura des éléments présentés, pour éviter dans l’avenir ce type d’incidents. »

Plus problématique d’un point de vue de l’action de contrôle que le Parlement est en droit de mener, certains documents manquent toujours aux mains des commissions sénatoriales, alors que Gérald Darmanin s’était engagé à les remettre. « Je suis revenu à la charge, je voulais avoir le brief et le télégramme envoyés sur le terrain. On aurait pu interroger le préfet sur le contenu », s’impatiente David Assouline. « Ils peuvent nous balader combien de temps comme ça ? Il y a une rétention d’informations demandées, qui auraient pu permettre de faire avancer le débat. »

Sur la préparation en amont du match, le sénateur écologiste Guy Benarroche tire le constat d’un préfet qui aurait été uniquement surpris par le nombre de faux billets. « Tout ce qu’on a fait, on l’a fait. Ce n’est pas satisfaisant d’entendre ça. On ne comprend pas bien où est l’échec pour lui. » Le parlementaire des Bouches-du-Rhône s’interroge également sur le peu de leçons tirées de la doctrine de maintien de l’ordre. Didier Lallement a expliqué que l’usage de gaz lacrymogène était préférable à l’alternative : charger. « Demain on va faire pareil ? Je trouve cela très inquiétant. Je ne vais pas aller au Stade de France pour me faire gazer, ma famille et moi », s’indigne Guy Benarroche.

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À l’issue de l’audition, les sénateurs parisiens se montrent par ailleurs étonnés que le mea culpa préfectoral ne se traduise pas par une démission. « Il reconnaît l’échec, mais sans en tirer aucune conséquence. Quand il dit j’assume tout, ce n’est pas vrai », observe David Assouline. « Refus du préfet de répondre à ma question quelles conséquences tirez-vous de cet échec à titre personnel ? Réponse du préfet ponctuée de c’est quoi votre problème ? No comment » grince sur Twitter Marie-Pierre de La Gontrie (PS).

Après la séance d’explication du préfet, les sénateurs de la commission des lois et de celle de la culture ne comptent pas en rester là. « Une fois encore les autorités tentent de minimiser ce qu’il s’est passé autour du stade en se concentrant uniquement sur ce qu’il s’est passé à l’intérieur. Comme pour les cabinets de conseil, le Sénat fera toute la lumière sur les éventuels manquements » promet sur les réseaux sociaux la sénatrice LR Valérie Boyer.

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