Fonction publique : les apports du Sénat pour limiter les conflits d’intérêts
Mardi soir, le Sénat a adopté plusieurs amendements au projet de transformation de la fonction publique destinés à empêcher le « pantouflage » et à limiter les activités de lobbying des anciens hauts fonctionnaires auprès de leur administration d’origine.  

Fonction publique : les apports du Sénat pour limiter les conflits d’intérêts

Mardi soir, le Sénat a adopté plusieurs amendements au projet de transformation de la fonction publique destinés à empêcher le « pantouflage » et à limiter les activités de lobbying des anciens hauts fonctionnaires auprès de leur administration d’origine.  
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

L’un des objectifs du projet de loi de transformation de la fonction publique, adopté par les députés en première lecture, est de fluidifier le parcours des agents entre le public et le privé. Raison pour laquelle, le texte réforme (à l’article 16), le cadre déontologique auquel sont soumis les fonctionnaires. Les sénateurs ont souhaité renforcer l’efficacité de ce contrôle pour les fonctions et les emplois les plus sensibles. Ils ont également voulu se prémunir contre le « pantouflage ».  Le fait pour un haut fonctionnaire de quitter sa carrière au service de l’État, pour aller travailler dans une entreprise privée.

La systématisation du remboursement de la « pantoufle »

Les diplômés de l’ENA (École nationale d’administration) ou de l’École Polytechnique ont l’obligation de servir l’État pour une durée minimum de 10 ans. À défaut, ils doivent rembourser les frais de scolarité et des traitements versés lors de leur scolarité, ce qu’on appelle « la pantoufle ».

Or, comme l’a fait valoir, la sénatrice (RDSE) Nathalie Delattre, « faute de procédure de recouvrement clairement définie et de centralisation de la mission de recouvrement. Il semblerait que cette obligation soit mise en œuvre de façon très disparate » a-t-elle fait valoir dans l’hémicycle, mardi soir, lors de la présentation de son amendement destiné à systématiser le remboursement de la pantoufle. Le sénateur socialiste, Jérôme Durain a déposé un amendement similaire. Les deux ont été adoptés malgré un avis défavorable du gouvernement. Le Secrétaire d’État, Olivier Dussopt a estimé qu’un décret de 2014 permettait « l’établissement d’un type de perception avec un caractère exécutoire » pour « une soixantaine de corps de fonctionnaires ».

Sur ce sujet, le Sénat n’a pas été jusqu’à voter la radiation de leur qualité de fonctionnaire, des diplômés de l’ENA (École nationale d’administration) ou de l’École Polytechnique qui ne respectent pas leur obligation de servir l’État pendant 10 ans, comme le demandait un amendement du groupe communiste.

Limitation des activités de lobbying des anciens fonctionnaires

À l’initiative des groupes socialiste et communiste du Sénat, un nouvel article, l’article 16 AA, a été adopté. Il prévoit que pour une durée de 3 ans, les anciens fonctionnaires s’abstiennent d’exercer des fonctions de représentants d’intérêts auprès de leur ancienne administration. Entendez par là des activités de lobbying. Le gouvernement a déposé, sans succès, un amendement de suppression de cet article estimant qu’il pouvait être inconstitutionnel et que le code pénal permettait déjà d’encadrer ce type de situation.

« Cordon sanitaire » entre les GAFA et les grands serviteurs de l’État »

La semaine dernière, le Sénat avait également adopté l’amendement de la sénatrice (centriste) Catherine Morin-Desailly, qui conditionne le recrutement des hauts fonctionnaires à la protection de la souveraineté nationale, afin que ces grands serviteurs de l’État ne finissent dans l’escarcelle de géants du numérique (Google, Amazon, Facebook, Apple ou encore Microsoft). Ce sera à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique de déterminer si le recrutement d’un agent est un risque pour la souveraineté nationale. Dans l’exposé des motifs, la sénatrice prend l’exemple de l’ancien directeur général de l’Arcep, le régulateur des télécommunications, Benoit Loutrel devenu en 2017 directeur des affaires publiques de Google France, avant de remettre, le mois dernier, un rapport à l’Élysée sur la régulation des réseaux sociaux.

« Il y a urgence à établir un cordon sanitaire entre les grands corps de l’État et les entreprises privées. Il en va de notre souveraineté et de la protection de nos intérêts », explique la sénatrice, à la tête de la commission de la Culture et de l’Éducation. Catherine Morin-Desailly va même plus loin. Selon elle, « il semble régner au sein des hautes sphères de l’État une sorte de connivence vis-à-vis des géants de l’Internet ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Montreuil: Les rencontres de Montreuil pour rassembler la gauche
7min

Politique

Election présidentielle : qui sont les candidats à gauche ?

La course à la présidentielle est bien lancée à gauche. Certains, comme la France Insoumise, ont déjà leur candidat ; d’autres, comme le PS et Place publique, attendent les résultats d’une primaire ; d’autres encore, comme les Ecologistes, se divisent en interne sur la stratégie à adopter. Vous n’avez rien suivi pendant l’été ? Nous résumons ici qui sont les candidats à gauche en cette rentrée.

Le

Chateauneuf-sur-Isere: Jean-Luc Melenchon delivers a speech
6min

Politique

Présidentielle 2027 : le duel Le Pen-Mélenchon devient-il crédible ?

À huit mois de la présidentielle, un sondage Toluna Harris Interactive pour M6 et RTL place Jean-Luc Mélenchon en position de se qualifier pour le second tour dans trois scénarios sur cinq. Marine Le Pen domine toujours très largement les intentions de vote. Les politologues invitent toutefois à relativiser ces résultats, alors que le « casting » de 2027 est loin d’être arrêté.

Le

Paris : Press conference and signature during the Summit of the Coalition of the Willing
4min

Politique

« Les frappes ukrainiennes font mal parce qu’elles touchent le tissu économique russe » 

Ce lundi, les Etats membres de la "Coalition des volontaires" se réunissent à Kiev dans un contexte d'intensification de la guerre contre la Russie, quatre ans et demi après son déclenchement en 2022. Alors que l'Ukraine cherche à acquérir davantage d'armes pour frapper loin en Russie, le Général Jérôme Pellistrandi, rédacteur en chef de la revue Défense nationale, fait un point sur l’état des forces en présence.

Le