Fonds Marianne : « Marlène Schiappa n’est coupable de rien, mais elle a une attitude de coupable », lâche Mohamed Sifaoui

Interrogé par la commission d’enquête sur le fonds Marianne, Mohamed Sifaoui, ancien directeur des opérations de l’USEPPM, association bénéficiaire de la plus importante subvention, s’est défendu de toutes relations – si ce n’est distantes – avec la ministre Marlène Schiappa.
Thomas Fraisse

Temps de lecture :

4 min

Publié le

« Je le dis. Marlène Schiappa n’est pas mon amie, elle ne l’a pas été hier et elle ne le sera pas demain ». En début d’audition, par deux fois, Mohamed Sifaoui a tenu à clarifier sa relation avec l’ex-ministre déléguée chargée de la Citoyenneté et actuelle secrétaire d’État. « Je n’ai pas bâti mes relations à travers une politique de copinage », a avancé jeudi 15 juin, devant la commission d’enquête sénatoriale sur le Fonds Marianne, l’ancien directeur des opérations de l’USEPPM, association sélectionnée pour recevoir une subvention de 355 000 euros, assurant que Marlène Schiappa ne faisait pas figure d’exception.

Mais Mohamed Sifaoui a également profité de son audition pour charger le comportement de la Ministre, entendue la veille par la commission. « Je n’aime pas les gens qui n’ont pas de courage, je ne respecte pas les gens qui n’ont pas de courage. Je vous l’ai dit, Madame Schiappa est innocente mais j’ai aussi dit, dès le départ, que son attitude est curieuse. Elle a une attitude de quelqu’un qui est coupable », a-t-il lâché. « Elle n’est coupable de rien, je le redis devant vous. Mais elle a une attitude de coupable. Si j’étais un observateur extérieur de cette affaire, je me dirais ‘tiens Madame Schiappa a quelque chose à se reprocher’ » a-t-il lâché.

« Ce n’est pas le sujet, et nous ne parlons pas de culpabilité », a voulu recadrer Claude Raynal, le président de la commission d’enquête.

Mohamed Sifaoui s’est-il entretenu personnellement avec Marlène Schiappa ? Encore une fois, l’intéressé répond par la négation. « Septembre, octobre, novembre, décembre, février, mars jusqu’au mois d’avril », compte-t-il en expliquant que durant toute cette période, il n’a rencontré que les conseillers du cabinet ministériel. À l’évocation de rencontres avec Marlène Schiappa, le journaliste se permet même de rire. « Ça s’est traduit par des rencontres en fin de réunions avec son cabinet ». Il ajoute : « Le 22 avril, elle devait me recevoir pour que nous puissions parler de ce projet en tête-à-tête. Finalement, cette rencontre a été annulée en raison d’un agenda compliqué, où elle était retenue avec le président de la République ou le Premier ministre. Elle arrive en fin de rendez-vous avec son directeur de cabinet, Monsieur Sébastien Jallet, elle me salue et me dit encore une fois qu’elle compte sur moi et qu’elle m’encourage vraiment à le mettre en application [le projet] le plus vite possible ».

« Je n’ai jamais sollicité un rendez-vous pour aller faire des offres de service »

Sans pouvoir s’entretenir avec Marlène Schiappa, Mohamed Sifaoui s’est tout de même engagé dans ce projet qui lui tenait à cœur. « J’ai compris qu’il y avait une traduction politique à partir de 2020, un vrai changement de doctrine. C’est que l’État allait enfin affronter l’Islam politique, l’idéologie islamiste, et mettre les moyens politiques pour répondre à la propagande islamiste de plus en plus pressante contre la France, la République, les institutions, les élus, les universitaires, les journalistes etc. ».

Toutefois, Mohamed Sifaoui prévient les sénateurs de la commission d’enquête qu’il ne doit pas être considéré comme l’initiateur des discussions avec le cabinet de Marlène Schiappa. « Il y a eu des rencontres régulières à la demande du cabinet, encore une fois à la demande de Madame Schiappa » s’énerve-t-il.  « Je n’ai jamais sollicité un rendez-vous pour aller faire des offres de service ».

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

The petition calling for the closure of CNews has surpassed 500,000 signatures—a first step toward a potential debate on the floor of the National Assembly.
8min

Politique

Pétition : la chaîne CNews peut-elle disparaître de la TNT ?

Une pétition sur le site de l’Assemblée nationale demandant la suppression de CNews de « l’audiovisuel français » a dépassé, mardi, les 700 000 signatures. Le texte, qui décrit CNews comme « une machine de propagande » de l’extrême droite, demande à l’Arcom de retirer la convention TNT de la chaîne de la galaxie Bolloré. En septembre, un recours en ce sens a été déposé devant le Conseil d’État par 71 professeurs d’université.

Le

Paris: David Lisnard Cloture Congres des Maires 2025
11min

Politique

« Le congrès des maires de France ne peut pas devenir un temps de la présidentielle » : avec David Lisnard contesté, il se passe quelque chose… à l’AMF

Alors que se tient le congrès de l’Association des maires de France fin novembre, la candidature du président sortant, David Lisnard, est mise à mal. La gauche et le centre l’accusent d’un « mélange des genres », pour celui qui brigue aussi l’Elysée. Et les maires de gauche ne devraient pas se priver de voter pour le centriste Philippe Laurent, qui « pense que l’AMF est en danger ». S’il est réélu, l’entourage de David Lisnard assure qu’il se « mettra en retrait » de l’AMF et « il y aura une direction collégiale temporaire ».

Le

Orleans: Closing Ceremony of the Rassemblement National Rally’s Campaign Kickoff Event presidential
9min

Politique

Présidentielle 2027 : le débat sur l’inéligibilité de Marine Le Pen relancé

La semaine dernière, Didier Guérin, président de chambre honoraire à la Cour de cassation, a relancé le débat sur la légalité de la candidature de Marine Le Pen à la présidentielle. Dans les colonnes du Monde, ce haut magistrat a affirmé que la députée RN était actuellement inéligible tant que la Cour de cassation n’a pas rendu sa décision dans l’affaire des assistants parlementaires des députés européens de son parti. Les avocats de Marine Le Pen ont saisi le Conseil supérieur de la magistrature au sujet de Didier Guérin. Explications

Le

FRA – SENAT – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT 2
5min

Politique

« Le racisme ne naît pas de nulle part » : Les écologistes ont déposé une proposition de loi visant à interdire la théorie du grand remplacement

Au Sénat comme à l’Assemblée, les écologistes ont déposé une proposition de loi visant à « renforcer la lutte contre les discours incitant à la haine et aux actes racistes et xénophobes » via l’interdiction de la théorie du grand remplacement. Si, pour certains, cette proposition est « redondante » par rapport aux outils juridiques déjà existants, elle semble utile pour « faciliter les condamnations ».

Le

La sélection de la rédaction

Fonds Marianne : « Marlène Schiappa n’est coupable de rien, mais elle a une attitude de coupable », lâche Mohamed Sifaoui
11min

Politique

Fonds Marianne : les points chauds de l’audition de Marlène Schiappa

Pendant plus de trois heures, Marlène Schiappa a été sous le feu des questions des sénateurs de la commission d’enquête sur le Fonds Marianne. La ministre a consenti reconnaitre « sa responsabilité politique » dans l’attribution de subventions aux associations censées lutter contre les séparatismes, mais s’est surtout défaussée sur son cabinet et son administration.

Le

Fonds Marianne : « Marlène Schiappa n’est coupable de rien, mais elle a une attitude de coupable », lâche Mohamed Sifaoui
11min

Société

Fonds Marianne : Marlène Schiappa a refusé une subvention de 100 000 euros à SOS Racisme

Lors d’une audition dense, Sébastien Jallet, directeur de cabinet de Marlène Schiappa au moment de la création du Fonds Marianne, a reconnu que la ministre était bien intervenue pour refuser une subvention de 100 000 euros préconisée par son administration à SOS Racisme, pour des raisons « d’un historique de relation » compliqué. Il n’a pas non plus convaincu la commission d’enquête sur l’urgence de la situation qui aurait commandé des délais raccourcis pour attribuer les subventions.

Le