Frais de mandat: plainte contre Jean-Jacques Urvoas
Une association anticorruption du Finistère a déposé une plainte contre l'ancien député Jean-Jacques Urvoas, lui reprochant l...

Frais de mandat: plainte contre Jean-Jacques Urvoas

Une association anticorruption du Finistère a déposé une plainte contre l'ancien député Jean-Jacques Urvoas, lui reprochant l...
Public Sénat

Par Sandra FERRER, Anne-Pascale REBOUL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Une association anticorruption du Finistère a déposé une plainte contre l'ancien député Jean-Jacques Urvoas, lui reprochant l'acquisition de sa permanence parlementaire avec des fonds publics, comme ont reconnu l'avoir fait 32 autres anciens députés dans une enquête du site franceinfo.fr publiée jeudi.

"Je vous confirme le dépôt d'une plainte de cette association (Cicero 29)", a indiqué à l'AFP le procureur de la République de Quimper, Thierry Lescouarc'h, disant ne pas avoir "d'autre commentaire" à faire.

Selon la plainte, datée de mercredi et dont l'AFP s'est procuré copie, Jean-Jacques Urvoas aurait contracté en 2008 deux emprunts bonifiés auprès de l'Assemblée nationale pour un montant total de 203.206 euros. Ces emprunts, sur dix ans, auraient été remboursés sur les frais de mission parlementaires mensuels, à hauteur de 1.950 euros les cinq premières années, puis 1.607,98 euros les cinq suivantes.

En juillet 2017, l'ancien garde des Sceaux aurait offert à la location le bien, évalué en 2013 à 210.000 euros, pour un loyer mensuel de 1.650 euros.

"Cet enrichissement personnel par un mécanisme d'acquisition et de translation de propriété" est constitutif "d'une infraction à la Loi pénale", est-il indiqué dans la plainte.

L'ancien député PS du Finistère, battu aux dernières élections législatives, n'était pas joignable dans l'immédiat.

Selon une enquête de Franceinfo, auprès de 250 députés sortants de juin dernier, à laquelle 152 anciens députés ont accepté de répondre et d'autres n'ont pas répondu, 32 ont reconnu avoir de la même manière financé l'achat d'une permanence via leur enveloppe pour frais de mandat.

L'indemnité représentative de frais de mandat (IRFM), actuellement de 5.373 euros net mensuels pour les députés et de 6.110 euros pour les sénateurs, sert en principe à régler la location d'une permanence, les frais de déplacements ou de correspondance. Elle n'était pas contrôlée jusqu'à présent.

Mais les lois de moralisation adoptées l'été dernier par la nouvelle Assemblée ont prévu un nouveau régime pour ces frais à compter du 1er janvier prochain, avec des remboursements sur justificatifs.

- "Bon calcul économique" -

Les noms de François Sauvadet (UDI), Geneviève Fioraso (PS), Alain Gest ou encore Guy Geoffroy (LR) sont cités, certains ayant revendu leur permanence depuis, avec une plus-value à la clé.

Certains n'ont pas répondu, mais seraient également propriétaires grâce à leur IRFM.

L'association Pour une démocratie directe avait déjà dénoncé en 2015 le fait que nombre de parlementaires, au moins une vingtaine, aient utilisé leur IRFM pour acquérir leur local de permanence. Plusieurs élus de tous bords avaient assuré y avoir été "encouragés" et avaient plaidé le "bon calcul économique", l'achat étant plus intéressant que la location selon eux.

Assemblée puis Sénat avaient alors édicté une liste - très générale - des dépenses autorisées et interdites (dont l'acquisition d'un bien immobilier), et imposé le versement de l'IRFM sur un compte bancaire dédié. Les députés doivent en outre certifier sur l'honneur du bon usage de leur indemnité.

Au grand dam d'associations militant pour la transparence et l'exemplarité, les biens acquis antérieurement à cette réforme par les députés peuvent continuer d'être financés par l'IRFM. Cette pratique a été proscrite pour les sénateurs à compter du 1er janvier 2016.

Lors de sa prochaine réunion mercredi, le bureau de l'Assemblée, sa plus haute instance collégiale, devrait arrêter une liste détaillée des frais de mandat désormais autorisés et interdits, ainsi que les modalités de contrôle.

Les questeurs, chargés de la gestion de l'Assemblée, ont suggéré d'écrire noir sur blanc que les dépenses "de nature à enrichir le patrimoine personnel du député ou de ses collaborateurs" sont interdites: achat d'un bien immobilier, d'un véhicule ou encore travaux réalisés dans la permanence dont le député serait déjà propriétaire.

Mais à ce stade de leur réflexion, les dépenses pour l'acquisition d'un bien immobilier avant février 2015 pourront continuer d'être prises en charge.

Partager cet article

Dans la même thématique

Frais de mandat: plainte contre Jean-Jacques Urvoas
2min

Politique

HEC Débats – Public Sénat : l'entretien avec Jean-Luc Mélenchon

Candidat pour la quatrième fois à l'élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon est l'invité d'HEC Débats ce lundi 5 octobre, en partenariat avec Public Sénat. Programme économique, jeunesse, mobilisation lycéenne, présidentielle 2027 : une rencontre animée par les étudiants, à suivre en direct sur publicsenat.fr et sur YouTube.

Le

PARIS: MEDEF, La REF Numerique 2024
8min

Politique

[Info Public Sénat] Christine Lavarde rapporteure générale du budget, vice-présidences et questeurs : les postes clefs du Sénat dévoilés

La sénatrice LR des Hauts-de-Seine, Christine Lavarde, remporte le scrutin interne au groupe LR pour le poste de rapporteur du budget. Le premier vice-président LR désigné est Roger Karoutchi, qui a déjà occupé le poste. Laurence Garnier, une proche de Bruno Retailleau, remporte l’autre vice-présidence LR. Côté PS, c’est Thierry Cozic qui sera le nouveau président de la commission des finances.

Le

FRANCE – BLOCUS DES LYCEES PARISIENS
7min

Politique

Nouvelle loi « casseurs-payeurs » : un effet d'annonce ou un nouveau régime juridique de responsabilité civile ?

En réponse aux violences et dégradations commises en marge du blocus lycéen, le gouvernement a décidé d'accélérer le calendrier d'examen au Sénat d'un texte visant à décliner le principe « tu casses, tu payes ». Un principe qui s'appliquerait même aux participants à une manifestation qui n'auraient pas commis eux-mêmes les dégradations. Un avis récent du Conseil d'État a encadré juridiquement le projet de loi afin d'éviter une censure du Conseil constitutionnel.

Le

Frais de mandat: plainte contre Jean-Jacques Urvoas
2min

Politique

Blocage des lycées : « La réponse à la mobilisation lycéenne ne peut pas être uniquement la répression », martèle Éric Coquerel

Invité de la matinale de Public Sénat « Bonjour chez vous », Éric Coquerel, député La France insoumise et président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, est revenu sur la mobilisation des lycéens et les blocages qui se poursuivent. Il appelle le gouvernement à privilégier le dialogue plutôt que la répression.

Le