France Relance : des élus ultramarins dénoncent « un fléchage » peu adapté aux spécificités de leurs territoires
À l’occasion du congrès de l’Association des maires de France, plusieurs élus d’Outre-mer ont alerté sur les complications rencontrées pour bénéficier des aides du plan France Relance. Selon eux, les difficultés propres aux Outre-mer, et qui ont été aggravées par la crise sanitaire, n’ont pas été prises en compte dans le cahier des charges.

France Relance : des élus ultramarins dénoncent « un fléchage » peu adapté aux spécificités de leurs territoires

À l’occasion du congrès de l’Association des maires de France, plusieurs élus d’Outre-mer ont alerté sur les complications rencontrées pour bénéficier des aides du plan France Relance. Selon eux, les difficultés propres aux Outre-mer, et qui ont été aggravées par la crise sanitaire, n’ont pas été prises en compte dans le cahier des charges.
Romain David

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Les deux dernières années en ont fait des acteurs de première ligne face à la crise sanitaire et ses conséquences économiques. Au fil des 21 mois écoulés, les maires de France ont eu à gérer, pêle-mêle : la saturation des services de santé, la fermeture des commerces ou encore la mise en application de la campagne vaccinale. Des situations d’autant plus difficiles dans de nombreuses communes d’Outre-mer, où les restrictions mises en place par l’État sont venues se superposer à l’endettement, à l’absence de personnel soignant ou à un manque d’infrastructures. Présenté en septembre dernier, le volet « cohésion des territoires » du plan France Relance, budgétisé à 36 milliards d’euros sur un total de 100 milliards, devrait permettre aux collectivités de retrouver de l’oxygène en finançant des projets susceptibles de relancer les économies locales. Mais lundi, à l’occasion de l’ouverture du Congrès de l’Association des maires de France, les élus ultramarins ont dressé un premier point d’étape doux-amer : les lourdeurs administratives et le cahier des charges imposé empêchent bien souvent le déblocage des fonds.

« La problématique de l’ingénierie n’est pas prise en compte »

Premier grief : le calendrier. À l’occasion d’une table ronde baptisée « quels enjeux pour la relance dans les collectivités ultramarines ? », beaucoup d’élus ont déploré la brièveté des délais imposés, qui empêche certaines communes de déposer des dossiers de demande, souvent complexes à constituer. « À l’annonce de la mise en place de ce plan de relance, nous étions dans une grande confiance et nous nous sommes dit qu’il y allait avoir de bonnes opportunités », explique Serge Hoareau, le vice-président du conseil départemental de la Réunion. Mais voilà : les municipalités se sont vite heurtées au principe de réalité. À savoir : l’absence d’assistance technique pour donner une transcription financière, architecturale ou encore technique aux projets qu’elles souhaitaient défendre.

« Est-ce que la collectivité a l’ingénierie nécessaire pour monter les dossiers ? Arriveront-ils à temps pour capter la manne financière ? Nous avons alerté sur ce point », poursuit l’élu. « On ne pas demander aux collectivités d’être réactives dans l’appel à projet si la problématique de l’ingénierie n’est pas prise en compte dans ce même appel à projet », renchérit Justin Pamphile, le maire de la ville du Lorrain en Martinique.

Un cahier des charges que peinent à remplir des territoires déjà sinistrés

Autre élément d’inquiétude : le fléchage excessif des aides, qui ne permet pas toujours aux élus de trouver les fonds nécessaires pour répondre à des problématiques ultra-locales. Pour beaucoup, la territorialisation des fonds alloués à France Relance s’arrête à l’échelon régional ou départemental, ce qui ne permet pas d’embrasser toutes les spécificités territoriales. « On a l’impression que ces politiques de relance ont été pensées mais pas concertées », relève Sophie Charles, la maire de Saint-Laurent-du-Maroni en Guyane. « On veut faire vite, on essaye de faire bien, mais malheureusement on fait dans l’urgence, et pas forcément dans le bon sens ».

De quoi pousser certaines collectivités à développer leur propre système d’aide pour répondre aux spécificités du tissu économique local. « On a fait un fonds qui correspondait à notre territoire, et ne répondait pas tout à fait aux conditions données par le gouvernement », explique Sophie Charles. « Pour une petite entreprise qui se trouve sur le Maroni, sans connexion internet, il était ainsi plus simple de faire les attestations et de bénéficier d’une aide de 1 000 euros, ne serait-ce que pour obtenir des masques et du gel. »

André Laignel, le vice-président de l’AMF, dénonce « l’esprit géométrique » qui borne la mise en œuvre de France Relance « là où il faudrait l’esprit de finesse ». Ambdilwahedou Soumaila, maire de Mamoudzou à Mayotte, évoque ainsi les nombreux obstacles auxquels il s’est heurté pour financer l’installation d’un simple réseau d’éclairage public. « On nous fait croire que l’argent est là, mais quand on se présente devant le guichet, on tourne en rond », soupire-t-il. In fine, de nombreux projets se voient retoqués, simplement parce qu’ils ne peuvent émarger sur aucun dispositif de développement. « Il faut cocher des cases, sauf que chez nous, dans les Outre-mer, on ne peut pas toujours cocher toutes les cases », résume Sophie Charles.

Des maires considérés comme « sous-traitants » de l’État

Ces différentes critiques font largement écho à un rapport sénatorial présenté le 27 octobre, et qui fait état du décaissement moins rapide que prévu des fonds alloués à France Relance. Auprès de Public Sénat, son rapporteur, Jean-François Husson, dénonçait d’ailleurs le poids d’un pouvoir central érigé en « décideur unique ».  André Laignel y voit l’effet d’une « recentralisation excessive », qui s’est traduite par une perte d’autonomie pour les élus, jusque dans la manière d’utiliser les aides qui leur sont proposées. À ces yeux, le fléchage excessif de France Relance fait des élus locaux les « sous-traitants » de la politique de l’exécutif. « Ce n’est pas notre vocation de n’être que des sous-traitants », alerte-t-il. Et Serge Hoareau de rappeler que les maires devront bien, une fois la crise sanitaire passée, trouver le moyen de financer les programmes sur lesquels ils ont été élus.

Partager cet article

Dans la même thématique

PSG Victory Celebration Champions League Paris
7min

Politique

Violences après la victoire du PSG : « Plutôt une spécificité parisienne que française », note le politiste Fabien Jobard

Le deuxième sacre du PSG en ligue des Champions ce week-end a une nouvelle fois été marqué par des scènes de débordements, de casses et de violences dans l’espace public. Des faits qui ont conduit à 890 interpellations. Fabien Jobard, directeur de recherches au CNRS rappelle la particularité du club de la capitale dont « l’essentiel des forces supportrices vient de banlieues parisiennes. Des territoires caractérisés par la récurrence des affrontements entre ses habitants et la police ».

Le

UNIVERSITE TOULOUSE CAPITOLE
6min

Politique

Parcoursup, apprentissage… que contient le projet de régulation de l’enseignement supérieur privé examiné ce lundi par le Sénat ?

Les sénateurs examinent en séance ce lundi 1er juin le projet de loi sur la régulation de l’enseignement supérieur privé, censé offrir des garanties aux étudiants face aux pratiques douteuses d’une partie du secteur. Un agrément de l’État et une réforme des conditions de l’apprentissage sont prévus dans le texte issu de la commission.

Le

Paris Gabriel Attal Meeting
8min

Politique

« Un an pour convaincre » : pour son premier grand meeting, Gabriel Attal mise sur « l’espoir » et joue sa différence avec Edouard Philippe

Devant 5.000 personnes réunies à Paris, Gabriel Attal a réussi sa première grande démonstration de force. Le candidat à la présidentielle entend dessiner un projet loin du « pessimisme » ambiant avec « quatre chantiers capitaux » : l’école, avec « moins de 20 élèves par classe » en primaire, les salaires, les frontières et l’intelligence artificielle, et « deux dettes à résorber », celle des finances publiques et du réchauffement climatique. Mais il n’oublie pas de se démarquer de son principal concurrent, un certain Edouard Philippe…

Le