Paris : Rachida Dati delivers a speech after her defeat in the second round of the 2026 Paris municipal elections,
Rachida Dati reconnaît sa défaite devant ses partisans. Crédit : Jeanne Accorsini/SIPA/

François Bayrou et Rachida Dati battus, Édouard Philippe et Antoine Armand élus… Quels résultats aux municipales pour les personnalités politiques ?

De Rachida Dati à Édouard Philippe, en passant par les figures locales Jean-Michel Aulas et Serge Blanco ou la revenante Catherine Trautmann, les personnalités engagées dans les élections municipales ont connu des sorts bien différents. Avec, au passage, quelques surprises.
Christian Mouly

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Mauvaise surprise pour François Bayrou à Pau

C’est l’une des grandes surprises de ces élections municipales. L’ancien premier ministre François Bayrou a finalement chuté à Pau, son bastion de toujours, où il a été élu député pour la première fois en 1986. Il a été devancé de justesse par le candidat socialiste, Jérôme Marbot, pour seulement 350 voix (42,45 % des voix contre 41,14 %). Ce, au terme d’une campagne au cours laquelle il a dû se défendre d’avoir ignoré les premiers témoignages faisant état d’agressions sexuelles dans l’établissement scolaire Notre-Dame de Bétharram alors qu’il était ministre de l’éducation nationale (1993-1997).

« C’est difficile pour nous, pour notre ville, a soufflé François Bayrou devant ses partisans, visiblement très ému. Mais c’est comme ça que marche la démocratie ». Cette défaite pose la question de l’avenir politique du fondateur du MoDem, six mois seulement après la motion de censure à l’Assemblée nationale l’ayant conduit à quitter Matignon.

Au Havre, Édouard Philippe maintient le cap avant 2027

Édouard Philippe avait annoncé la couleur avant le scrutin : « Si j’échouais à convaincre les Havrais […], je ne serais pas dans une bonne position pour espérer convaincre les Français. » Autrement dit, une défaite au Havre était rédhibitoire en vue de sa candidature à l’élection présidentielle 2027, dont il semble avoir fait un objectif personnel. Soulagement, donc, pour l’ancien premier ministre : il est réélu avec environ 47 % des voix devant le député communiste Jean-Paul Lecoq (41 %), selon les estimations.

En dépit de ces ambitions nationales, le maire réélu a voulu insister sur son ancrage local : « Loin des sondages et des commentaires parisiens, les Havrais ont exprimé leur volonté de poursuivre la transformation du Havre. » « Nous, Havrais, le disons aux Français : il est possible de construire un avenir plus respectueux, fidèle à nos valeurs républicaines », a-t-il conclu.

À Paris, Rachida Dati prend une claque

A droite, on misait sur le statut de figure nationale de Rachida Dati pour reprendre la mairie aux socialistes, qui tiennent les clés de l’hôtel de ville depuis 2001. D’autant que face à lui, Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche rassemblée hors-LFI, n’était encore il y a peu qu’un adjoint d’Anne Hidalgo, peu connu du grand public.

Mais rien ne s’est passé comme prévu pour la récente ministre de la Culture, qui échoue de très loin, à plus de 10 points de son rival socialiste selon les dernières estimations. Elle bénéficiait pourtant d’une configuration a priori idéale, avec le retrait de Sarah Knafo à l’extrême-droite et le ralliement de la liste Horizons menée par Pierre-Yves Bournazel. Quand, dans le même temps, Sophia Chikirou (LFI) maintenait sa candidature au second tour et pouvait laisser craindre à gauche un dispersement des voix.

La mine déconfite de Rachida Dati, ce soir, a tranché avec la liesse côté socialiste, le nouveau maire Emmanuel Grégoire s’autorisant même une parade triomphale à vélo dans les rues de la capitale. « Je n’ai pas réussi à convaincre que le changement était non seulement possible mais surtout nécessaire », a-t-elle reconnu devant ses troupes.

Jean-Michel Aulas, annoncé perdant, dépose un recours

L’ancien président de l’Olympique lyonnais, figure populaire de la ville, longtemps annoncé gagnant dans les sondages, semble avoir échoué à renverser la majorité écologiste, malgré le soutien de toutes les formations de la droite et du centre. Le maire sortant Grégory Doucet a revendiqué la victoire, qui a mis du temps à se dessiner au vu des résultats très serrés (50,67 % contre 49,33 % au final).

C’est cet écart très ténu, « probablement moins de 1 000 voix, ou un peu plus de 1 500 voix de différence » – 2 800 en réalité, qui a motivé Jean-Michel Aulas a déposé un recours. « Je prends donc acte de l’avance infime de M. Doucet, et tiens donc d’ores et déjà officiellement à exprimer mes réserves quant au résultat final, du fait de ces très nombreuses irrégularités qui ont été constatées », a-t-il affirmé sans donner plus de détails. Quel que soit le résultat de ce recours, il pourra se consoler avec la victoire obtenue par son camp au niveau de la métropole.

Christian Estrosi, une défaite et une fin de carrière

Au terme d’une campagne rocambolesque à Nice, Christian Estrosi (Horizons), figure de la ville, a été battu par son ancien protégé Éric Ciotti, soutenu par le RN. Ce dernier s’est imposé nettement, avec 45 % environ, contre moins de 40 % pour son adversaire. Christian Estrosi était aux manettes de la capitale azuréenne depuis 2008. Durant l’entre-deux-tours, il a été lâché par Bruno Retailleau, le président des LR, qui a fustigé la campagne « délétère » de l’édile.

Visiblement marqué par ce duel fratricide, parfois violent, Christian Estrosi a annoncé dans la soirée se retirer de la vie politique. Une page de la vie politique azuréenne se tourne.

A Biarritz, la légende du rugby Serge Blanco soigne son entrée

L’ancien international de rugby Serge Blanco réussit son entrée en politique et s’impose à Biarritz, sa ville de cœur, avec 41,92 % des voix au second tour dans une triangulaire, face à Maïder Arosteguy (32,21 %), de la liste de droite, et Ana Ezcurra, qui menait une liste d’union de la gauche et du centre. Il avait devancé de seulement douze voix la maire LR Maider Arosteguy au premier tour, puis avait été rallié dans l’entre-deux tours par un membre de l’opposition sortante, Jean-Baptiste Dussaussois-Larralde, arrivé quatrième (13,11 %).

Le come-back de Catherine Trautmann

C’est l’histoire d’un improbable retour aux affaires. La socialiste Catherine Trautmann, à la tête de la ville de 1989 à 1997 puis entre 2000 et 2001, a repris le pouvoir à Strasbourg avec 36 % des voix face à la maire sortante écologiste Jeanne Barseghian (31 %). Cette dernière, qui s’est alliée à LFI dans l’entre-deux tours, lui a promis une « opposition forte » au conseil municipal. « Même pas peur », a répliqué la revenante socialiste au micro de BFM TV.

Une victoire aussi en forme de revanche vis-à-vis de son parti. Car son choix d’alliance au second tour avec Horizons, le parti d’Édouard Philippe, lui a valu les foudres du secrétaire général du PS Olivier Faure, qui l’a publiquement désavouée.

À Annecy, Antoine Armand décroche un succès majeur pour Renaissance

C’est un succès important pour le parti présidentiel Renaissance, qui n’a pas fait de ces municipales une priorité, se contentant bien souvent d’apporter son soutien aux maires sortants de droite et du centre. Son président Gabriel Attal n’a donc pas manqué de se féliciter de la victoire à Annecy d’Antoine Armand.

Dans une ville à majorité écologiste depuis 2020, l’ancien ministre de l’économie s’impose largement avec 49 % des voix, contre 35 % pour la liste d’union de la gauche. De quoi, pour la première fois, faire tomber une ville de plus de 100 000 habitants dans l’escarcelle du camp présidentiel.

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