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François Bayrou prêt à renoncer à la suppression de deux jours fériés, sous condition de propositions alternatives

Le Premier ministre se dit « ouvert » à réexaminer sa proposition de suppression de deux jours fériés, très impopulaire dans l’opinion, mais également chez une majorité de parlementaires. Il précise toutefois que la mesure devra être remplacée par des propositions avec un rendement similaire.
Guillaume Jacquot

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Le chef du gouvernement joue son va-tout, dans l’espoir de ne pas être emporté dans le vote de confiance du 8 septembre. Ses chances de succès dans sont minces étant donné que les oppositions, majoritaires à l’Assemblée nationale, sont bien décidées à faire preuve d’aucune mansuétude. Occupant le terrain médiatique depuis plusieurs jours, François Bayrou tente à la dernière minute d’adresser des gages en direction des groupes qui veulent sa chute.

Ce matin, invité de RMC et BFMTV, il a voulu déminer sur l’une des mesures les plus impopulaires, proposées dans son plan de réduction des dépenses publiques le 15 juillet : la suppression de deux jours fériés, dans l’optique d’augmenter le temps annuel d’activité de l’ensemble du pays. Selon le gouvernement, cette mesure était censée rapporter 4,2 milliards d’euros, en raison du surcroît d’activité et donc de fiscalité. François Bayrou s’est dit prêt à examiner des alternatives. « Je suis ouvert à ce que nous trouvions une organisation qui permette d’obtenir les mêmes buts sans avoir les inconvénients, à supposer que ces inconvénients soient majeurs », a-t-il répondu.

Front commun des oppositions sur ce sujet, et fractures au sein des groupes soutenant le gouvernement

Massivement rejetée par l’opinion publique, la mesure avait également concentré les critiques les plus fortes à la suite de l’annonce du plan d’économies. La gauche avait dénoncé cette proposition « inacceptable », tout comme le Rassemblement national, son président Jordan Bardella dénonçant par exemple une « provocation » et une « attaque directe contre la France du travail ».

Cette piste a même profondément heurté de nombreux parlementaires du bloc gouvernemental. Hier, au moment des consultations des chefs de partis par le Premier ministre, Gabriel Attal a réitéré l’opposition des députés Renaissance à cette suppression. « Sur certaines mesures nous avons un désaccord, je pense par exemple à la question des jours fériés sans rémunération supplémentaire. On considère que tout travail mérite salaire et que si on demande à des Français de travailler plus, il faut qu’ils gagnent plus », a prévenu l’ancien Premier ministre.

Les Républicains ont également affiché leur opposition très nette à cette mesure, indiquant dès hier que le Premier ministre allait se montrer souple sur ce chapitre. « On a des propositions pour que le temps de travail soit plus important, mais ce n’est pas possible que pour un temps de travail plus important, il n’y ait pas une rémunération. François Bayrou s’est montré ouvert, il le dira d’ailleurs lui-même, pour faire en sorte que sur cette notion des deux jours fériés, les choses puissent être discutées et même au-delà d’être discutées », avait annoncé hier Bruno Retailleau, le patron des LR.

La compensation pour les salariés renvoyée à une négociation des partenaires sociaux

Matignon avait précisé dès la mi-juillet que les modalités de cette suppression des deux jours fériés seraient « soumises à la négociation des partenaires sociaux ». Selon Amélie de Montchalin, le rendement de la mesure de 4,2 milliards d’euros ne se fondait « pas sur une captation à 100 % » de la richesse créée par le surcroît d’activité. Le 16 juillet, la ministre du Travail Astrid Panosyan-Bouvet et la ministre du Travail et de la Santé Catherine Vautrin avaient débuté des consultations avec les partenaires sociaux pour définir la façon de répartir cet apport. « Même s’il est important de ne pas tomber dans une économie administrée, il est certain que tout le monde – salariés, entreprises et État – bénéficierait de cette richesse supplémentaire », avait évoqué Amélie de Montchalin.

Avant même la proposition du gouvernement de supprimer deux jours fériés, le Sénat avait déjà émis l’idée d’allonger la durée de travail de sept heures sans que cet allongement n’ouvre le droit à une rémunération. L’amendement, qui se voulait être une réponse aux manques de moyens du budget pour les Ehpad et les politiques d’autonomie, n’avait pas été retenu dans le budget 2024 de la Sécurité sociale, le gouvernement Barnier s’y était opposé. Il s’agissait d’une des recommandations centrales d’un rapport sur la situation financière des maisons de retraite.

Le 15 juillet, François Bayrou avait cependant considéré que cette mesure n’était pas comparable à sa proposition. « Vous voyez bien que ce n’est pas du tout la même chose que d’autres idées qui avaient été proposées l’année dernière, qui étaient qu’il y ait pour chaque travailleur une journée de solidarité, dont on ne vérifierait pas vraiment si elle est accomplie ou pas et qui se traduirait uniquement par des prélèvements sur les entreprises ».

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