Politique
À moins de 10 jours des élections municipales des 15 et 22 mars, une enquête #MoiJeune réalisée par 20 Minutes avec OpinionWay met en lumière le rapport ambivalent de la génération Z à la politique locale.
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Par Simon Barbarit
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Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a averti vendredi qu’un « désastre humanitaire » se profilait en raison du déplacement massif de la population au sud du pays.
Dimanche, le Hezbollah, principal relais de Téhéran dans la région, a réagi à la mort du guide suprême Ali Khamenei, tué par les bombardements américains et israéliens, par des tirs de missiles contre l’Etat hébreu. En représailles, Tel-Aviv a déclenché une série de raids sur Beyrouth et lancé une offensive terrestre dans le sud du pays. À ce stade, le ministère libanais de la santé fait déjà état de 102 morts et 638 blessés, tandis que l’armée israélienne a affirmé avoir éliminé au moins un haut responsable du mouvement islamiste pro-palestinien, principale incarnation de la composante chiite au Liban.
Interview de Tatiana Krotoff, journaliste au service international du quotidien francophone libanais, l’Orient du Jour. Interview
Comment décririez-vous la situation à Beyrouth ?
La ville est prise par le choc de l’ordre d’évacuation massif émis par l’armée israélienne sur toute la banlieue sud de Beyrouth qui concerne environ 500 000 personnes. L’ordre d’évacuation a été lancé vers 15 heures. Il y a eu un vrai mouvement de panique. En quelques minutes, les routes se sont remplies de voitures, voire de personnes à pied depuis la banlieue sud pour fuir. Enormément de gens sont arrivés dans le nord de Beyrouth, vers la place des martyrs, à l’Est aussi. Vous avez des gens qui sont restés dans le Sud car ils ne savaient pas où aller. La situation est assez chaotique. Il y a beaucoup d’initiatives, certaines sont coordonnées par le gouvernement, d’autres par la population civile, pour accueillir les personnes déplacées. Mais partout dans Beyrouth, vous avez quand même des gens qui dorment sur des matelas à même le sol.
Le soutien populaire au Hezbollah est-il en train de s’effriter y compris chez ses partisans ?
Oui. Depuis l’entrée en guerre du Hezbollah dans la nuit de dimanche à lundi, il est très clair qu’il y a une colère nouvelle au sein de la population libanaise, y compris au sein de la rue chiite. Il y a une incompréhension d’avoir été emporté dans cette guerre qui n’est pas celle des Libanais. Et une vraie surprise, car personne ne s’y attendait.
Emmanuel Macron a appelé le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou à préserver l’intégrité territoriale du Liban. Il a annoncé que la France allait renforcer sa coopération avec les Forces armées libanaises. Pensez-vous que ce type d’avertissement peut avoir un effet sur l’armée israélienne ?
L’avis qui est partagé ici, c’est qu’Israel fera ce qu’il veut au Liban peu importe les pressions et les avis extérieurs. Nous n’avons pas grand espoir de changement direct. L’armée israélienne a clairement affirmé son intention d’établir une zone tampon d’une profondeur de 15 km au sud du Liban dans une configuration qu’on a connu dans les années 80 et 90. L’objectif d’Israel est de couper le sud du Liban et la Békaa de la Syrie pour étouffer les lignes d’approvisionnement du Hezbollah. Ça a donné lieu à un retrait de l’armée libanaise sur certains postes d’observation dans un rapport de force clairement à la défaveur du Liban.
Le ministre israélien d’extrême-droite Bezalel Smotrich a déclaré sur son compte Telegram que « Dahiyeh [nom de la banlieue sud de Beyrouth, ndlr] ressemblera à Khan Younès », une ville du sud de la bande de Gaza qui a été presque entièrement rasée par les forces israéliennes. Les Libanais sont-ils inquiets par ce type de déclaration ?
Oui beaucoup. Ce sont des mots qui sont toujours dans notre esprit. C’est pour ça que les Libanais ont compris que les 11 frappes qui ont lieu cette nuit n’étaient que le début. Nous avons suivi ici ce qu’il s’est passé dans l’enclave palestinienne. Cette menace résonne très fortement chez nous.
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