Fraude fiscale : la commission des finances du Sénat propose une levée partielle du verrou de Bercy
Le projet de loi relatif à la lutte contre la fraude est examiné en séance ce mardi par le Sénat. En commission, les sénateurs se sont attaqués au monopole du fisc en matière de poursuites pénales pour fraude fiscale.

Fraude fiscale : la commission des finances du Sénat propose une levée partielle du verrou de Bercy

Le projet de loi relatif à la lutte contre la fraude est examiné en séance ce mardi par le Sénat. En commission, les sénateurs se sont attaqués au monopole du fisc en matière de poursuites pénales pour fraude fiscale.
Public Sénat

Par Maud Larivière - images Aurélien Romano

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Le projet de loi Darmanin, tel qu’il est, ne satisfait pas entièrement les parlementaires. Un point brille par son absence, celui du très décrié « verrou de Bercy », qui confère au ministère du Budget, le monopole en matière de poursuites pénales pour fraude fiscale. Aucun verrou n’est abordé dans ce texte, seulement des clefs pour mieux détecter la fraude, et mieux la sanctionner. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé de le faire sauter. D’abord une mission d’information lancée par l’Assemblée, puis une proposition de loi par les sénateurs PS ont fait chou blanc.

C’est au tour de la commission des finances du Sénat, qui a examiné le projet de loi du ministre de l’Action des comptes publics, mercredi matin, de s’y atteler, en présentant un nouvel amendement pour tenter de craqueler ce fameux verrou.

Trois critères pour faire sauter le verrou de Bercy

« Nous n’avons pas d’objections concernant ce projet de loi, mais il nous a paru qu’il y manquait deux sujets majeurs. Le verrou de Bercy, et la fraude à la TVA sur internet » indique le rapporteur, Albéric de Montgolfier, sénateur LR d’Eure-et-Loir. Pour combler ce vide, la commission des finances a proposé de « mettre fin » au premier manque. Le rapporteur, pour appuyer son propos, fait défiler les chiffres illustrant l’échec du système actuel. Sur 15 000 dossiers impliquant un manquement délibéré à la loi, 4000 sont qualifiés de faute grave, et seulement 1000 sont transmis au Parquet après autorisation de la Commission des infractions fiscales (CIF). Le nouveau dispositif adopté par la commission prévoit que les dossiers seront obligatoirement transmis à l’autorité judiciaire s’ils répondent à ces trois critères :

  • Faits susceptibles de pénalités d’au moins 80 %
  • Droits fraudés d’un montant élevé
  • Cas de récidives ou de fraude fiscale aggravée

Cette mesure pourrait soulager les tribunaux, et permettre à environ 1500 dossiers d’être sanctionnés. « Les contentieux doivent être concentrés sur les fautes les plus graves » explique Albéric de Montgolfier, qui estime que « les esprits sont mûrs » pour accepter ce « changement d’habitude ». « Il vaut mieux qu’il y ait des critères et des sanctions véritables, plutôt que pas de critères et peu de sanctions du fait du débordement des tribunaux » argumente-t-il.

Un changement majeur ?

« Le verrou n’est pas supprimé » estime Sophie Taillé-Polian, sénatrice PS du Val-de-Marne. « Nous sommes plus que déçus » déclare-t-elle. « C’est un aménagement à minima de ce verrou, car les critères retenus sont les bons, mais le problème c’est qu’ils sont cumulatifs ! Cela ne concernerait que 1500 dossiers, alors que le débat traite de 4000 dossiers répressifs ».

La sénatrice fait partie des socialistes qui ont déposé un amendement supplémentaire pour tenter de répondre à « une demande sociale de plus en plus importante », et d’aller plus loin que la commission des finances. L’amendement entend supprimer la phrase « sous peine de recevabilité » inscrite dans la loi actuelle, et instaurer l’examen conjoint entre Bercy et le Parquet des 4000 dossiers répressifs.

Le projet de loi arrivera au Sénat pour une première lecture le 3 et 4 juillet prochain.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Fraude fiscale : la commission des finances du Sénat propose une levée partielle du verrou de Bercy
3min

Politique

« La température est montée jusqu’à 50 degrés sur la façade de l’immeuble » rappelle cette jeune mère de famille de Pantin.

Confiné pour cause de canicule dans un appartement du centre de Pantin en Seine-Saint-Denis, épuisé par les vagues de chaleur à répétition, soucieux de l’état de santé d’un jeune bébé, Marion raconte, dans ce nouvel épisode de Dialogue Citoyen, comment elle et sa famille ont décidé de quitter la région parisienne quelques jours pour s’extraire de la fournaise dans laquelle ils vivaient depuis des semaines.

Le

Fraude fiscale : la commission des finances du Sénat propose une levée partielle du verrou de Bercy
3min

Politique

L’impatience des sinistrés des incendies de l’été « Il faut accélérer les procédures » de reconstruction

L’été caniculaire a été, à bien des égards, particulièrement violent. Cinquante-trois jours de vagues de chaleur ont entraîné sécheresses, incendies et températures insupportables. Florence Van Overmeire a perdu sa maison lors des terribles incendies qui ont frappé la Gironde. Sur le plateau de Dialogue citoyen, face aux sénateurs, cette habitante de la commune du Porge a accepté de revenir sur cette épreuve et appelle à l’accélération des procédures de reconstruction.

Le

France Protests
4min

Politique

Mobilisation du 31 octobre : à quoi faut-il s’attendre ?

Le samedi 31 octobre s’annonce comme une journée sous haute tension en France. Après la mobilisation du 24 octobre qui s’est déroulée relativement dans le calme, la coordination des gilets jaunes et les organisations syndicales des lycéens et des étudiants ont appelé à « un acte III », une nouvelle journée de mobilisation sociale contre la vie chère. Face au risque « très élevé » de débordements, le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez prévoit de mobiliser 70 000 forces de l’ordre.

Le

Paris. french socialist parti national council.
15min

Politique

« Je ne veux pas devenir un vieux con » : du mouvement lycéen à Raphaël Glucksmann, David Assouline, l’ancien trotskiste toujours dans les coulisses

Ancienne figure du mouvement étudiant contre la loi Devaquet, en 1986, David Assouline fait aujourd’hui partie de ceux qui œuvrent au succès de la campagne de Raphaël Glucksmann. Formé à l’école trotskiste, cet ancien de la LCR a rejoint le PS dans les années 90, avant de passer 19 ans comme sénateur. « Tacticien et stratège », ce natif d’une famille juive marocaine, naturalisé à l’âge de 13 ans, sait ferrailler dans l’appareil socialiste. Il met aujourd’hui son expérience au profit de Raphaël Glucksmann, prédisant une « recomposition » et « un moment de dépassement » pour le PS.

Le