Fraude fiscale: un recours de l’ex-ministre Thévenoud rejeté par les « Sages »
Thomas Thévenoud pouvait-il être frappé d'une double sanction, judiciaire et fiscale, pour avoir omis de déclarer ses revenus ?...

Fraude fiscale: un recours de l’ex-ministre Thévenoud rejeté par les « Sages »

Thomas Thévenoud pouvait-il être frappé d'une double sanction, judiciaire et fiscale, pour avoir omis de déclarer ses revenus ?...
Public Sénat

Par Juliette MONTESSE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Thomas Thévenoud pouvait-il être frappé d'une double sanction, judiciaire et fiscale, pour avoir omis de déclarer ses revenus ? Saisi par l'éphémère ministre de François Hollande, le Conseil constitutionnel a validé vendredi le principe d'un cumul dans les cas "les plus graves", sans se prononcer sur sa situation personnelle.

Les "Sages" ont rejeté un recours de M. Thévenoud, 44 ans, qui estimait qu'omettre de déclarer ses revenus n'est pas suffisamment grave pour justifier des sanctions à la fois pénales et administratives.

Le Conseil constitutionnel, qui contrôle la conformité de la loi avec la Constitution, a estimé que les "cas les plus graves d'omission déclarative frauduleuse" peuvent être doublement réprimés, cette gravité pouvant "résulter du montant des droits fraudés, de la nature des agissements de la personne poursuivie ou des circonstances de leur intervention".

L'ancien ministre et ancien député socialiste, condamné avec son épouse pour ne pas avoir déclaré leurs revenus en 2012 et avoir, de 2009 à 2013, rempli leur déclaration en retard malgré plusieurs relances et mises en demeure de l'administration fiscale, pourrait correspondre à ces "cas les plus graves", selon une source proche du dossier.

Pour autant, les conséquences de la décision des "Sages" sur la condamnation pénale du couple - un an de prison avec sursis et trois ans d'inéligibilité - demeurent incertaines.

Il appartient désormais à la Cour de cassation de se prononcer. Elle peut valider définitivement la condamnation de Thomas et Sandra Thévenoud, ou casser cette condamnation en renvoyant le dossier, ou non, devant une nouvelle cour d'appel.

C'est sur un nouveau procès en appel que table Patrice Spinosi, qui défend le couple Thévenoud avec Martin Reynaud. "Cette décision devrait entraîner l'annulation des condamnations et un nouveau débat sur la gravité", espére l'avocat.

Jusqu'ici, la justice "n'a jamais pris en considération la gravité de son action", insiste Me Spinosi.

S'agissant des critères de "gravité", le "montant des droits fraudés", quelque 70.000 euros d'imposition qui auraient dû être réglés à l'époque, n'est à lui seul pas suffisant pour valoir aux Thévenoud une condamnation pénale, selon l'avocat.

L'éphémère secrétaire d'Etat au Commerce extérieur en 2014 et son épouse avaient régularisé leur situation cette même année. Ils s'étaient également acquittés de 20.500 euros de pénalités de retard.

- Neuf jours au gouvernement -

Sur le plan juridique, les "Sages" ont rejeté une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) du couple en déclarant conformes à la Constitution deux articles du code général des impôts autorisant le cumul de sanctions judiciaires et administratives s'agissant de l'omission volontaire "de faire sa déclaration dans les délais prescrits".

"Le recouvrement de la nécessaire contribution publique et l'objectif de lutte contre la fraude fiscale justifient l'engagement de procédures complémentaires dans les cas de fraudes les plus graves", rappelle le Conseil constitutionnel, qui a transposé au délit d'"omission" sa jurisprudence de 2016.

Il avait alors rejeté les recours de l'ancien ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, et de la famille de marchands d'art Wildenstein en autorisant le cumul de poursuites dans les cas "les plus graves de dissimulation frauduleuse de sommes soumises à l'impôt".

Moqué pour avoir invoqué une "phobie administrative", l'ancien ministre avait démissionné le 4 septembre 2014, neuf jours seulement après sa nomination, en raison de cette affaire. Il a depuis mis un terme à sa carrière politique.

L'affaire avait achevé d'abîmer la "République exemplaire" prônée par François Hollande, après le scandale des comptes cachés à l'étranger de Jérôme Cahuzac. Thomas Thévenoud avait d'ailleurs fait partie de la commission d'enquête parlementaire sur cette affaire Cahuzac.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris : Francois Bayrou recoit l l UDI
7min

Politique

« Pas à la hauteur » : le coup de gueule d’Hervé Marseille, après le soutien de Bruno Retailleau à Valérie Boyer pour les sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône

Ça chauffe dans les Bouches-du-Rhône, où le soutien du président de LR, Bruno Retailleau, à la liste de la sénatrice LR Valérie Boyer, reste au travers de la gorge de son homologue de l’UDI, le sénateur Hervé Marseille. Car les LR ont apporté leur investiture à une autre liste, celle de la sénatrice UDI Brigitte Devésa et de Renaud Muselier, membre de Renaissance. Gérard Larcher devrait se rendre sur place la semaine prochaine pour soutenir cette liste. Un imbroglio qui divise un peu plus la droite sur place. Explications.

Le

NANTES:Franco-German summit in Nantes
8min

Politique

« Une épouvantable tragédie » : le tandem Chirac-Jospin face au 11 septembre 2001

Vingt-cinq ans après, les images sont restées intactes. Le 11 septembre 2001, alors que les Etats-Unis étaient frappés par les attentats d’Al-Qaida, Jacques Chirac se trouvait à Rennes et Lionel Jospin à Matignon. A sept mois de l’élection présidentielle, et dans un contexte de cohabitation, les deux têtes de l’exécutif français ont dû organiser, dans l’urgence, la réponse d’un pays qui n’était pas directement attaqué mais qui avait déjà été confronté à plusieurs vagues d’attentats sur son propre territoire.

Le

FRA – AN – ASSEMBLEE – COMMISSION AUDITION AURORE BERGE
6min

Politique

« Grand remplacement » : une théorie « raciste », rappellent les historiens à Aurore Bergé

La ministre chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a suscité la polémique au sein même de son propre camp, en refusant de qualifier de « raciste » la théorie du grand remplacement conceptualisée par l'essayiste d'extrême droite Renaud Camus. La ministre a néanmoins qualifié la théorie de « mensongère », a affirmé qu'elle entendait la combattre, et estimé que le débat sur ce sujet « faisait partie de la liberté d'expression ». Une position intenable pour l'historien de la colonisation Nicolas Bancel, qui rappelle que « la composante raciale » est au cœur de cette théorie.

Le

Paris : Présidentielle 2027 Bruno Retailleau
2min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : « Coup de poignard », rien ne va plus entre Bruno Retailleau et ses alliés centristes

En choisissant de soutenir Valérie Boyer (LR), candidate à sa réélection dans les Bouches-du-Rhône, le président des Républicains, Bruno Retailleau, s'est attiré les foudres de ses alliés centristes au Sénat qui lui rappellent que la sénatrice Brigitte Devésa conduit une liste d'union de la droite et du centre dans le département. Le choix de Bruno Retailleau est qualifié de « coup de poignard » par le compte X des sénateurs centristes.

Le