« Frexit migratoire » : « Nous avons besoin de l’Europe en matière migratoire, c’est évident », défend Annie Genevard

Répondant aux critiques contre les propositions formulées par LR en matière de politique migratoire, Annie Genevard, secrétaire générale du parti, assure qu’il n’est pas question pour la droite de sortir du cadre fixé par les traités européens. Au micro de Public Sénat, elle évoque la mise en place d’une dérogation « lorsque les intérêts fondamentaux du pays sont menacés ».
Romain David

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Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, estime que les propositions de lois que vont présenter Les Républicains, son ancienne famille politique, pour réguler l’immigration, reviendraient à mettre en place un « Frexit migratoire ». Dans le viseur du locataire de la place Beauvau : la réforme constitutionnelle réclamée par LR, et qui permettrait à la France de déroger aux traités européens en matière migratoire. « Il serait inspiré de regarder de quoi sont faits ces textes avant de crier au loup », s’est agacé la députée LR Annie Genevard, secrétaire générale du parti, ce jeudi 25 mai au micro de « Bonjour chez vous », la matinale de Public Sénat.

Le modèle danois

« Il est irresponsable de la part de Gérald Darmanin d’évacuer par une outrance et un mensonge un point capital qui redonnerait aux politiques français la capacité de reprendre en main leur souveraineté migratoire », défend notre invitée, qui cite en exemple la situation du Danemark. « Je reviens du Danemark où la politique conduite là-bas est très intéressante car elle démontre que lorsqu’il y a une volonté politique, il y a des solutions qui existent. L’autre atout du Danemark, c’est qu’il a obtenu de déroger à certaines dispositions ce qui lui donne des marges de manœuvre que nous n’avons pas, mais il serait très abusif de parler de Frexit, c’est-à-dire d’une sortie de la France de l’Union européenne », explique-t-elle.

« Nous avons besoin de l’Europe en matière migratoire, c’est évident. La protection des frontières de l’UE est indispensable et il faut travailler à l’évolution des politiques migratoires au niveau européen. Personne ne dit le contraire chez LR », assure Annie Genevard. « Simplement nous disons que lorsque les intérêts fondamentaux du pays sont menacés, et pour autant que la chose soit bien circonscrite, il devrait être possible de déroger », détaille-t-elle.

L’influence du RN ?

Certains responsables politiques ont également fait le parallèle entre les propositions défendues par LR et le programme présidentiel porté par Marine Le Pen en 2022. Mercredi, également au micro de Public Sénat, Laure Lavalette, porte-parole du groupe RN à l’Assemblée nationale, a ironisé sur un « copier-coller », citant notamment la proposition référendaire, très critiquée pendant la campagne de Marine Le Pen. « Cela n’est pas le débat aujourd’hui », balaye Annie Genevard. « Aujourd’hui, il s’agit de répondre à un problème grave. C’est de la petite politique. Le RN, depuis un an qu’il a des députés, n’a déposé aucun texte sur l’immigration. Nous n’allons pas attendre le RN ou le gouvernement pour faire nos propositions », martèle la députée du Doubs.

Au moins deux autres textes sont attendus sur la question migratoire : le projet de loi du gouvernement, reporté après l’épisode des retraites, et qui devrait être à nouveau présenté en conseil des ministres courant juillet, mais aussi un texte porté par les sénateurs centristes. Ces derniers, alliés de la droite au Palais du Luxembourg, ne cachent pas leurs dissensions avec LR sur ce sujet. Ils dénoncent la prise de distance avec le cadre européen, mais soutiennent en revanche le principe d’une régularisation des travailleurs dans les secteurs en tensions, l’un des points forts du projet gouvernemental. Inversement, il s’agit d’une « ligne rouge » pour LR, rappelle Annie Genevard : « On crée un appel d’offres, ce sont des régularisations possiblement massives et cela n’est pas possible. »

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