MEETING RAPHAEL GLUCKSMANN ELECTIONS EUROPEENNES

Front populaire : favorables au rassemblement, les sénateurs socialistes ne veulent « pas reproduire la Nupes »

Alors que les négociations autour d’un accord de gauche pour les législatives se poursuivent, les sénateurs socialistes estiment que le score réalisé par Raphaël Glucksman aux élections européennes doit placer le PS en première ligne par rapport à LFI. Auprès de Public Sénat, Olivier Faure, le Premier secrétaire du PS, assure que le principe d’un « rééquilibrage » dans l’attribution des circonscriptions a été acté par les autres formations.
Romain David

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Un crochet par le Palais du Luxembourg. En pleine tractation avec les représentants des principaux partis de gauche, en vue de construire un accord pour les législatives anticipées, Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, a rencontré à huis clos ce mardi après-midi les 64 membres du groupe socialiste au Sénat. « S’il est venu ici, c’est qu’il a une alerte sur le fait que les sénateurs socialistes suivent ou non ce que va faire la direction », confie un poids lourd de la gauche sénatoriale.

Interrogé par Public Sénat à son arrivée, le patron du parti à la rose joue la décontraction et assure qu’il n’est point besoin de battre le rappel chez les élus : « Je viens régulièrement voir les sénateurs et dans un moment où l’on est en négociations, je viens rendre compte, expliquer. Je vais dire ce qu’il se passe, c’est naturel ». Avant de rappeler la gravité de la situation : « Pour la première fois depuis Vichy, l’extrême droite peut l’emporter et donc cela justifie qu’on s’y mette toutes et tous et qu’on fasse aussi parfois le deuil de nos rancœurs parce qu’il y en a, mais elles nécessitent d’être mises au placard pour pouvoir sauver l’essentiel ». Manière aussi de s’adresser aux éventuels dissidents.

Le Conseil national du PS doit se réunir dans la soirée, et ses membres voter sur le principe d’un accord entre les gauches, mais aussi débattre des contours de cette nouvelle alliance. « Les discussions devraient s’étirer jusque pfff… Tard ! », prédit un élu.

« L’heure n’est pas à faire le tri entre les gens de gauche »

Lundi soir, les représentants de LFI, du PS, des Ecologistes, et du PCF se sont entendus sur le principe de « candidatures uniques » dès le premier tour des législatives anticipées, le 30 juin. Mais mardi matin, la perspective d’une nouvelle alliance avec LFI nourrissait de nombreuses crispations chez les socialistes. Anciennes figures du parti, Bernard Cazeneuve et Julien Dray n’ont pas attendu de connaître les modalités de l’accord pour tirer à boulets rouges. « Le rassemblement de la gauche de gouvernement ne peut pas se faire avec LFI. Sauf à tout trahir de l’héritage de Blum », a réagi l’ancien Premier ministre tandis que le second a estimé que cet « Nupes bis n’était pas la solution mais un problème ».

« Je me méfie de cette gauche qui tape sur la gauche quand les nazis arrivent au pouvoir », cingle un sénateur croisé dans les couloirs du Palais du Luxembourg. « Chacun devrait être conscient du moment de bascule dans lequel on se trouve. Nous avons tous des préférences sur la manière dont on voudrait voir les contours d’un accord se dessiner, mais je crois que l’heure n’est pas à faire le tri entre les gens de gauche. Ce n’est pas ce que les électeurs attendent de nous », commente Corinne Narassiguin, la sénatrice de la Seine-Saint-Denis. « Je rappelle que le Front populaire de Léon Blum a été fait avec des communistes qui étaient extrêmement virulents, y compris contre Léon Blum lui-même. Il a su leur tendre la main et construire avec eux parce que le moment était historique. »

« Il ne s’agit plus de la Nupes, on est dans quelque chose de totalement différent »

Au Sénat, la Nupes n’a jamais suscité d’enthousiasme débordant dans les rangs socialistes, qui comptent de nombreux représentants du hollandisme. L’accord électoral passé par Olivier Faure avec le parti de Jean-Luc Mélenchon pour les précédentes législatives y a rencontré de vives oppositions, à commencer par celle de Patrick Kanner, le président du groupe, qui s’était félicité de voir l’alliance éclater en octobre dernier sur la question du conflit israélo-palestinien.

Huit mois plus tard, la dissolution annoncée par Emmanuel Macron, qui place du même coup le Rassemblement national aux portes du pouvoir, rebat les cartes. Sollicité à plusieurs reprises ce mardi, le sénateur du Nord n’a pas encore souhaité s’exprimer. Mais pour de nombreux élus, il n’est plus question de mégoter sur un nouveau rapprochement avec les insoumis. « Face au péril de l’extrême droite, Macron met la France en danger. Je dis oui au Front populaire qui change la vie des gens en actes. Un Front populaire ouvert et le plus large possible », a indiqué sur X Carole Delga, l’influente présidente de la région Occitanie, et jusqu’ici une farouche opposante à la ligne politique défendue par Olivier Faure.

« Il faut un rassemblement, mais pas à n’importe quel prix, il ne faut pas reproduire la Nupes », avertit Rémi Féraud, sénateur de Paris. « Il ne s’agit plus de la Nupes, on est dans quelque chose de totalement différent. On est dans une mobilisation qui dépasse le cadre politique, une mobilisation qui est citoyenne et syndicale. Nous sommes dans quelque chose qui est de l’ordre de la résistance. C’est comme cela qu’il faut l’analyser et moins se concentrer sur le CV de chacune des formations appelées à contribuer à cet élan électoral », explique Jérôme Durain, sénateur de Saône-et-Loire. « Il faut être à la hauteur du moment historique que nous vivons […] La situation politique dans laquelle nous sommes nous oblige à nous unir », abonde Yan Chantrel, sénateur représentant les Français établis hors de France.

Avec ou sans Raphaël Glucksmann ?

Un élu nous avoue néanmoins qu’au Palais du Luxembourg le groupe se divise en deux tendances, « entre ceux qui font confiance à la direction pour piloter les négociations avec le reste de la gauche, et ceux, comme moi, qui estiment que les positions affichées ces derniers mois par LFI appellent au préalable de nombreuses clarifications ». « Il y a des sujets, évidemment. En plus, on sort des européennes où il y a eu une campagne très dure des insoumis contre les socialistes, et ça laisse des traces », concède Corinne Narassiguin.

Les enjeux locaux viennent aussi peser dans la balance. « Le front républicain, c’est au second tour », rappelle Rémi Féraud, le chef de file de la gauche parisienne au Conseil de Paris, alors que les chances pour les candidats RN aux législatives d’accéder à un second tour dans la capitale restent assez minces. « À Paris, jamais la gauche ne soutiendra des candidats LFI comme Aymeric Caron et Sophia Chikirou », avertit l’élu.

« L’union ne peut pas se faire au prix du renoncement aux principes et nous avons posé des points clairs », a averti sur X Raphaël Glucksmann, le coprésident de Place Publique, qui a porté les couleurs du PS aux européennes. Qui pour prendre la tête de ce nouveau « front populaire » ? Et sur quel programme ? L’essayiste a déjà évacué l’idée de devenir Premier ministre, et proposé le nom de Laurent Berger, l’ancien secrétaire général de la CFDT. « Il y a un deal entre Marine Tondelier et Olivier Faure pour enterrer Glucksmann et revenir à une ligne plus radicale », assure un parlementaire qui estime que « le vote de dimanche doit s’imposer. » « Rien ne doit se faire sans Raphaël Glucksmann », martèle cet interlocuteur.

L’attribution des circonscriptions

Au-delà des questions de ligne, c’est le nombre de circonscriptions négociées qui déterminera le poids politique du PS au sein de ce que d’aucuns qualifient déjà de « nouveau Front populaire ». Les 13,8 % de Raphaël Glucksmann, loin devant les 9,8 % de Manon Aubry « imposent un rééquilibrage » face à LFI, souligne Yan Chantrel. Pour rappel, l’accord de 2022 prévoyait 70 circonscriptions pour les candidatures socialistes, contre 326 aux insoumis.

« Il y aura un rééquilibrage, je vous l’annonce. Tout le monde est d’accord là-dessus », assure Olivier Faure à Public Sénat. Mais le Premier secrétaire refuse encore de s’exprimer sur une fourchette : « Je l’espère la plus juste possible. Il faut tenir compte de cette réalité. C’est un vote des Françaises et des Français, ce n’est pas moi qui le dis ».

« On doit respecter le fait que l’on ne peut pas remettre en cause les sortants, sinon ça va être très compliqué d’obtenir un accord », précise Corinne Narassiguin. « Mais il y a aussi beaucoup d’autres circonscriptions où, cette fois, c’est possible pour la gauche de gagner… Si l’on se prépare mieux, si l’on choisit mieux nos candidats, et si l’on prend en compte ce qu’a été le résultat des européennes dans ces circonscriptions. »

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