Le fondateur d’Iliad était au Sénat ce vendredi 18 février pour répondre aux questions des sénateurs de la commission d’enquête sur la concentration des médias. Il a présenté les raisons de ses investissements dans différents médias, son engagement pour le pluralisme et l’indépendance éditoriale. Le milliardaire a également exprimé son hostilité à l’égard du projet de fusion TF1-M6.
Fusion TF1-M6, pluralisme, Le Monde : Ce qu’il faut retenir de l’audition de Xavier Niel
Le fondateur d’Iliad était au Sénat ce vendredi 18 février pour répondre aux questions des sénateurs de la commission d’enquête sur la concentration des médias. Il a présenté les raisons de ses investissements dans différents médias, son engagement pour le pluralisme et l’indépendance éditoriale. Le milliardaire a également exprimé son hostilité à l’égard du projet de fusion TF1-M6.
Par Louis Dubar
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L’ascension spectaculaire de Xavier Niel dans le paysage médiatique français depuis la fin des années 2000 interroge mais il tient à rassurer les sénateurs, ses interventions ne s’inscrivent pas dans une politique visant à étouffer la liberté de la presse. Pour le patron de Free, ses incursions dans le capital de nombreux groupes ne sont pas une menace, «ce que je veux c’est que ces journaux qui vont politiquement de l’extrême gauche à l’extrême droite soient indépendants.»
« A tous les étages du Monde, il y a des règles de protection de l’indépendance éditoriale»
Le patron du groupe Illiad s’est attelé à présenter aux sénateurs son action de recapitalisation menée en 2010. La ligne directrice du rachat décidée à l’époque par le trio Bergé, Pigasse, Niel reposait sur une idée à priori simple: «le pari que nous avons fait au début avec Matthieu et Pierre était: « Augmentons la rédaction et les budgets alloués, créons-leur tout un système leur permettant d’écrire sur ce qu’ils veulent. Séparons les modes de fonctionnement.»Cette division entre gestions économique et éditoriale repose sur «un partenariat» entre actionnaires et le pôle d’indépendance du groupe Le Monde, une structure créée en novembre 2010 au moment du rachat et regroupant journalistes, employés et les lecteurs. Pour Xavier Niel, ce rachat a délivré des résultats concrets avec une augmentation des moyens. Largement déficitaire en 2010, Le Monde a dégagé un bénéfice net de 2,6 millions d’euros. «En douze ans, on a ramené en termes de ventes, Le Monde à des niveaux jamais atteints dans son histoire», explique-t-il.
L’indépendance du journal a été renforcée par la création d’un fonds de dotation en avril 2021: le fonds pour l’indépendance de la presse. Ce type de structure existe déjà dans le paysage médiatique notamment à Mediapart ou à Libération. Ce fonds vise selon les mots du président du directoire du Monde, Louis Dreyfus et Jérôme Fenoglio, directeur du journal à renforcer «l’indépendance capitalistique» en transférant les parts détenues par Xavier Niel dans la société Le Monde Libre, société contrôlant Le Monde et L’Obs au fonds de dotation. Interrogé par David Assouline sur les raisons qui ont poussé Xavier Niel à créer ce fonds, le sénateur de Paris a repris dans sa question les mots de la journaliste Raphaëlle Bacqué, «est-ce une affaire d’image ou de conviction?» Le chef d’entreprise se défend de toute arrière-pensée. « J’ai gagné de l’argent dans la presse, souligne-t-il. A un moment je me suis rendu compte que cette activité peut attirer des gens avec d’autres idées derrière la tête, je me suis dit qu’il fallait rendre ces activités non mercantiles pour moi et ne pas tirer un avantage fiscal. J’ai pris conscience que c’est un bien commun.» Conservant une part importante dans la direction du Fonds pour l’indépendance de la presse, Xavier Niel a été demandé de s’expliquer sur les accusations de népotisme entourant la nomination de son fils devenu administrateur du fonds. Sur les six administrateurs assurant la gestion du fonds, deux ont été directement nommés par Xavier Niel: Roxana Varza, directrice de Station F et Jules Niel. «Pourquoi mon fils se retrouve à cette position-là? Tout simplement, parce que c’est une demande du journal et plus particulièrement du pôle d’indépendance.»
Xavier Niel récuse toute tentative d’influence ou de mainmise sur la ligne éditoriale du groupe et présente les différents outils mis en place depuis 2010 en accord et en concertation avec le pôle d’indépendance. « A tous les étages du Monde, il y a des règles de protection de l’indépendance éditoriale », le pôle d’indépendance est actionnaire du journal à hauteur de 30 % du capital et dispose de «droits forts» avec 1/3 des sièges du conseil de surveillance. «Les sociétés de rédacteurs ont un droit de véto à 60 % sur la nomination du directeur du Monde», souligne le patron de Free. Le comité d’éthique et de déontologie vérifie l’application de la Charte, un texte qui interdit toute intervention d’un actionnaire et membres du conseil de surveillance dans le contenu éditorial du quotidien du soir.
TF1-M6, une fusion qui va « créer un monstre»
Xavier Niel s’est insurgé devant les sénateurs contre le projet de fusion TF1-M6. Hostile à ce rapprochement entre les deux géants du paysage médiatique français, le fondateur a multiplié les procédures devant la justice. Trois des quatre recours déposés ont été rejetés, une question prioritaire de constitutionnalité devrait être prochainement examinée. Des initiatives juridiques «qui visent à contester le déroulement de cette procédure devant les autorités françaises. Cette fusion à peine annoncée que le président de l’Arcom nous dit tout va bien! Circulez, avant même d’être auditionnés.»
«Nous, on est quatre dans les télécoms. On n’est pas sûr de pouvoir passer un jour à trois. Passer de deux groupes privés dominants à un groupe privé, c’est un truc fantastique», ironise Xavier Niel. Le patron de Free questionne les arguments utilisés pour justifier de cette fusion: « On nous dit : Ces groupes sont en graves difficultés. Les chiffres sont assez clairs […], les résultats nets ont été doublés.» La constitution d’un monopole selon lui, ne peut avoir lieu qu’en cas «d’une situation exceptionnelle.» L’arrivée des services de vidéo à la demande comme Netflix, Amazon ou Disney sur le marché français a souvent été présentée comme une menace pour la pérennité des grands groupes de médias par de nombreux patrons français lors des auditions et justifierait un projet de concentration. «Netflix n’est pas en concurrence avec TF1 ou M6. TF1 est concurrence avec Canal +. On va vous dire après c’est YouTube mais c’est incomparable», s’agace le fondateur d’Iliad. Xavier Niel craint que ce monopole n’engendre une hausse des prix de la publicité. «En termes de publicité, vous allez créer un monstre qui va dominer le marché», s’inquiète-t-il. «C’est un truc qui toucherait toutes mes activités.»
«Je n’ai jamais dit cette phrase»
Interrogé par le sénateur UDI des Yvelines, Michel Laugier sur une citation polémique qui lui est souvent attribuée. Le patron de Free a démenti la phrase rapportée par la journaliste Odile Benyahia-Kouider dans son livre enquête Un si petit Monde publié aux éditions Fayard en 2011relatant le rachat du quotidien Le Monde en 2010. Dans un passage du livre consacré au patron de télécommunications, la journaliste attribue au patron d’Iliad la phrase suivante : «Quand les journalistes m’emmerdent, je prends une participation dans leur canard et ensuite ils me foutent la paix». «Je suis sous serment? Si je vous raconte quelque chose de faux c’est cinq ans de prison?», demande Xavier Niel au président de la commission. «Je n’ai jamais dit cette phrase, mes concurrents me la font toujours porter.»
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