Fusion TF1/M6 : « On ne veut pas qu’elle se fasse à nos dépens », s’inquiètent les producteurs français
La commission d’enquête du Sénat sur la concentration des médias a auditionné les principaux producteurs de l’audiovisuel français. Au menu des questions des sénateurs, leurs rapports avec les plateformes et les diffuseurs français au moment où se profile la fusion TF1/M6.

Fusion TF1/M6 : « On ne veut pas qu’elle se fasse à nos dépens », s’inquiètent les producteurs français

La commission d’enquête du Sénat sur la concentration des médias a auditionné les principaux producteurs de l’audiovisuel français. Au menu des questions des sénateurs, leurs rapports avec les plateformes et les diffuseurs français au moment où se profile la fusion TF1/M6.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Ce sont les fleurons de la production audiovisuelle française, Banijay (Touche pas à mon poste, Koh Lanta, Versailles), Mediawan (10 pour cent, Bac nord, C dans l’air) et Fédération Entertainement (Bureau des légendes, The Father)

Chacun se présente comme une « fédération de producteurs indépendants avec 100 % de liberté éditoriale », et malgré un rayonnement à l’international, ce sont « les parents pauvres » du marché de l’audiovisuel français, comme l’a expliqué Stéphane Courbit, le président de Banijay.

Concurrencés par les grands studios américains, ceux des plateformes et les productions internes des chaînes françaises, les producteurs peuvent néanmoins bénéficier d’une législation favorable avec la transposition en droit français de la directive européenne SMA (services de médias audiovisuels). Elle impose notamment aux plateformes SVOD d’investir 20 % de leur chiffre d’affaires réalisés en France dans la production indépendante française. Les plateformes doivent également restituer aux producteurs les droits des œuvres au bout de trois ans.

« Il faut absolument qu’on garde ce respect, des créateurs et des producteurs qui sont un maillon essentiel de la créativité »

« Le business model européen est un business où on partage. Les plateformes partagent. Les diffuseurs français ont commencé à partager. Il faut absolument qu’on garde ce respect, des créateurs et des producteurs qui sont un maillon essentiel de la créativité, de la diversité et du génie français », a indiqué Pascal Breton soulignant que les obligations des chaînes françaises étaient moindres que celles des plateformes vis-à-vis des producteurs.

A ce sujet la perspective d’une fusion entre M6 et TF1 inquiète les producteurs. Ce sujet est revenu fréquemment lors de leur audition devant la commission d’enquête. Pascal Breton a reconnu que les diffuseurs (les chaînes) étaient dans l’obligation de se rapprocher pour monétiser davantage leurs contenus à condition « qu’ils respectent les règles du jeu ».

Stéphane Courbit abonde : « Il y a 4 000 producteurs en France, mais on a réellement six ou sept clients. Si jamais la fusion TF1/M6 se fait, on aura un vrai duopole. Il y aura le service public qui a sa spécificité. Et dans le secteur privé, TF1/M6 qui représentera 90 % des achats de programmes […] Donc, pour certains types de programmes vous n’aurez qu’un seul client. On ne peut pas dire que ça ne nous inquiète pas. Quand vous n’avez qu’un seul client, c’est lui qui fixe les règles […] On ne veut pas que ce soit fait à nos dépens ».

D’autant que les producteurs ne peuvent pas se concentrer uniquement vers les plateformes qui achètent peu de flux (talkshows), très générateurs d’emplois en France. Pour les trois producteurs auditionnés, les plateformes ne représentent que 10 % de leur chiffre d’affaires.

« Pour l’instant, ils ne veulent pas discuter »

Les producteurs se tournent alors vers le législateur et l’Arcom pour fixer les règles « d’une concentration maîtrisée » des diffuseurs. Parmi leurs propositions, faire passer de 12 % à 15 % du chiffre d’affaires, l’obligation des chaînes d’investir dans les productions indépendantes des garanties sur leurs achats de flux, ou encore un accord « gagnant gagnant » dans le partage des droits de diffusions. « Ce sont trois points clés d’une discussion simple qu’on peut avoir et qu’on soutiendra. Mais pour l’instant, ils ne veulent pas discuter », explique Pascal Breton.

Partager cet article

Dans la même thématique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027
7min

Politique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027

Les groupes engagés dans l’ancien socle commun attendent que le gouvernement sorte du bois, s’agissant des pistes pour les prochains textes budgétaires. Cette année, ils n’ont pas adressé de propositions précises au gouvernement mais des grandes orientations, laissant à Matignon le point de départ des discussions. Alors que l’équation budgétaire se complique avec le ralentissement de la croissance, les rapporteurs généraux craignent le pire dans les prochains mois.

Le

Illustration in India.
2min

Politique

Cabinet de conseils : le parquet national financier annonce une saisie de 65 millions d’euros dans l’enquête pour fraude fiscale autour de McKinsey

Le parquet national financier a annoncé vendredi la saisie, avec la justice belge, d’une somme de 65 millions d’euros dans le cadre de l’enquête pour blanchiment aggravé de fraude fiscale autour du cabinet de conseil McKinsey. L’enquête avait été ouverte en mars 2022 dans le prolongement de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017.

Le

FRA – GARCHES – HOPITAL RAYMOND-POINCARRE – PMR
6min

Politique

Fauteuils roulants, prestations sociales, école inclusive, accessibilité : quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ?

Après deux quinquennats, la situation pour les personnes handicapées est mitigée. Des progrès sont là, avec le remboursement des fauteuils roulants, une hausse des aides sociales ou une présence accrue des élèves en situation de handicap à l’école. Mais les difficultés d’emploi, le manque de places dans le secteur médico-social ou des problèmes d’accessibilité rendent encore la vie des personnes handicapées difficile.

Le

Drought severely weakens maize crops. A lack of rainfall and high temperatures cause water stress, which can slow plant growth and reduce yields. Faced with these weather conditions, farmers must adapt their practices and optimize water use to safeguard th
7min

Politique

Plan d'aide d'1 milliard pour les agriculteurs : « Le gouvernement doit sortir de la perpétuelle urgence », demande Guillaume Gontard

Après un été de canicules, d'incendies et de sécheresse exceptionnels, le gouvernement a annoncé vendredi plus d'1 milliard d'euros d'aides d'urgence pour soutenir une agriculture française durement éprouvée. Insuffisant pour les syndicats qui réclament au moins le double. Le président du groupe écologiste du Sénat, Guillaume Gontard, demande au gouvernement une réponse structurelle à une crise systémique qui passe par une réduction des émissions et l'adaptation au climat.

Le