Gabriel Attal : « Il y a une frustration à quitter mes fonctions au bout de huit mois seulement »

Dans son discours de passation, le Premier ministre sortant n’a pas caché sa déception de voir ses fonctions s’achever si tôt. Il assure toutefois quitter Matignon avec « le sentiment du devoir accompli », listant les nombreux chantiers à venir pour Michel Barnier.
Rose-Amélie Bécel

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Après un court entretien en privé avec Michel Barnier, Gabriel Attal a débuté son discours de passation de pouvoir en saluant l’expérience « quasiment inégalée du service de l’État » de son successeur. « Quelqu’un qui a mené à bon port des négociations aussi dures que celles sur le Brexit doit savoir manœuvrer dans le paysage politique français que nous connaissons aujourd’hui », a fait remarquer l’ancien Premier ministre.

« Huit mois, c’est court. C’est trop court. »

Des propos consensuels, avant une prise de parole bien plus politique. Si Gabriel Attal a évidemment tenu à remercier « chaleureusement » le président de la République, il s’est ensuite montré à plusieurs reprises en parfait désaccord avec sa décision de dissoudre l’Assemblée nationale. « Huit mois, c’est court. C’est trop court. Et, je ne le cache pas, il y a évidemment une frustration à quitter mes fonctions au bout de huit mois seulement », a-t-il souligné.

La frustration, c’est encore le sentiment qui semble dominer lorsque Gabriel Attal évoque le bilan de son court passage à Matignon. « Il y a le sentiment du devoir accompli dans le temps qui m’a été imparti », a-t-il estimé, avant d’affirmer que « dans d’autres circonstances » son gouvernement aurait « permis à des Français de vivre mieux, aux classes moyennes de retrouver pleinement leur place dans la société et à la France d’être plus forte encore ». Critique à peine voilée à l’encontre de la dissolution prononcée par le chef de l’État.

De nombreux chantiers laissés sur la table de Michel Barnier

En énumérant les chantiers auxquels il s’est attelé, Gabriel Attal a donc surtout listé les dossiers inachevés, qu’il espère voir repris par son successeur. Sur la santé, l’ex-Premier ministre indique avoir « travaillé ces derniers mois pour doubler le nombre d’étudiants en médecine d’ici 2027 » : « Ce travail devait être présenté cet été, il est sur votre bureau Monsieur le Premier ministre. »

Gabriel Attal laisse également sur le bureau de son successeur un « plan d’adaptation au changement climatique », des mesures pour œuvrer à la « désmicardisation » de la France et un projet de loi pour « répondre à l’aspiration des Français à l’autorité à tous les étages ». L’ex-Premier ministre a également appelé le futur gouvernement à « faire prospérer » les textes dont l’examen au Parlement a été interrompu par la dissolution, notamment sur les sujets de l’agriculture et du logement.

« La politique française est malade, mais je crois en sa guérison »

Mais c’est avec une note d’optimisme que l’ancien locataire de Matignon a tenu à poursuivre son discours : « La politique française est malade, mais je crois à sa guérison. La guérison est possible, à condition que nous acceptions de tous sortir du sectarisme, de sortir des coups politiques, d’arrêter de tout voir en noir. »

En quittant Matignon, Gabriel Attal va désormais occuper pleinement ses fonctions de président du groupe Ensemble pour la République à l’Assemblée nationale. Un rôle qui l’amènera certainement à échanger régulièrement avec Michel Barnier, qui doit désormais éviter la censure des députés. « Pas de censure automatique », mais « pas de chèque en blanc », a déjà promis le parti présidentiel Renaissance après sa nomination. De son côté, Gabriel Attal donne en tout cas le ton : « La liberté sera au cœur des valeurs qui m’animeront dans les mois et les années à venir. »

Partager cet article

Dans la même thématique

BRUSSELS FARMERS PROTEST MERCOSUR
10min

Politique

Mercosur : une saisine de la Cour de justice de l’Union européenne va-t-elle suspendre l’application provisoire du traité ?

Après la signature prévue samedi au Paraguay entre les pays latino-américains du Mercosur et l’Union européenne, les députés européens se prononceront mercredi sur l’opportunité de saisir la Cour de Justice de l’Union européenne contre cet accord controversé. Si la Commission européenne s’est engagée à suspendre l’application provisoire du traité en cas de vote de la résolution, rien pourtant ne l’y oblige.

Le

FRA – ELYSEE – FRANCE – LETTONIE
5min

Politique

Nouvelle-Calédonie : six mois après l’accord de Bougival, Emmanuel Macron tente de sortir l’impasse

Le président de la République va tenter une nouvelle fois de faire progresser le dossier calédonien, lors d’un sommet organisé à partir de vendredi à Paris, avec les principales forces politiques de l’archipel. Les indépendantistes du FLNKS, qui ont déjà rejeté l’accord de Bougival sur l’avenir institutionnel et économique de l’île, ont annoncé boycotter cette rencontre.

Le

3min

Politique

Grève des médecins libéraux : le gouvernement cède sur certaines mesures

Alors que les médecins libéraux ont entamé un mouvement de grève depuis dix jours, pour protester contre certaines mesures du budget de la Sécurité sociale et du projet de loi contre la fraude, le ministère de la Santé propose une série de mesures. Principale annonce : la suppression des dispositifs permettant des baisses unilatérales des tarifs.

Le