Gérald Darmanin : « Il n’y a pas de divorce entre la police et la population »
Auditionné par la commission des Lois de l’Assemblée nationale, ce lundi, le ministre de l’Intérieur est revenu sur les violences policières de ces dernières semaines, et s’est livré devant les députés à un plaidoyer pour la défense des forces de l’ordre, évoquant des pistes d’amélioration dans le fonctionnement de l’institution policière.

Gérald Darmanin : « Il n’y a pas de divorce entre la police et la population »

Auditionné par la commission des Lois de l’Assemblée nationale, ce lundi, le ministre de l’Intérieur est revenu sur les violences policières de ces dernières semaines, et s’est livré devant les députés à un plaidoyer pour la défense des forces de l’ordre, évoquant des pistes d’amélioration dans le fonctionnement de l’institution policière.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

« Une audition sur les conditions dans lesquelles les forces de l’ordre ont eu recours à la force ». Tel était l’objectif, selon la présidente de la commission des Lois Yaël Braun-Pivet, de l’audition de Gérald Darmanin, qui s’est déroulée ce lundi. Alors que la vidéo de l’agression de Michel Zecler, révélée par Loopsider, a suscité l’indignation générale, après que plusieurs images d’actes violents commis par les forces de l’ordre ont été révélées, le ministre de l’Intérieur est revenu les événements de ces dernières semaines. « Des incidents parfois très graves se sont produits et ont affecté la relation de confiance qui doit exister entre les Français et les forces de sécurité. C’est dans ce contexte que nous devions vous entendre Monsieur le ministre », a déclaré la députée de la majorité, lors de ses propos liminaires.

« Je ne partage pas votre constat sur le divorce qu’il existe entre la police et la population », a affirmé Gérald Darmanin. Prenant la parole, il a d’abord tenu à rappeler sa « ligne de conduite » depuis sa prise de fonction au ministère de l’Intérieur. « C’est d’abord de protéger les Français, qui souhaitent la sécurité, et aussi de protéger ceux qui nous protègent : les policiers et gendarmes qui font un métier difficile et dangereux ». Dénonçant d’abord les « donneurs de leçons » et les difficiles conditions de travail des agents des forces de l’ordre, Gérald Darmanin est ensuite revenu sur les faits de violence évoqués par Yaël Braun-Pivet. « Des actes inqualifiables ont été commis par ceux qui portent l’uniforme de la République » a soutenu le ministre de l’Intérieur. « Les personnes qui utilisent la force de façon disproportionnée doivent être sanctionnées et n’ont rien à faire dans la police ou dans la gendarmerie. Mais des individualités ne sont pas un tout, et je ne supporte pas l’atteinte à cette institution qui fait un travail admirable » a-t-il ajouté.

Une réforme possible de l’IGPN

Le locataire de Beauvau a ensuite affirmé que des « erreurs » avaient été commises par les différents responsables politiques dans la gestion de l’institution, et dans les moyens accordés aux forces de l’ordre, identifiant ainsi « sept péchés capitaux ». Parmi eux, la question « de la formation et de l’encadrement ». « Raccourcir la formation initiale n’était pas une bonne mesure, et le peu de formation que nous offrons à nos policiers est une erreur fondamentale commise par le ministère de l’Intérieur. De même, il faut recréer un corps intermédiaire, il n’y a pas assez de chefs ou de sous-chefs présents dans la rue parmi les forces de l’ordre » a avancé le ministre de l’Intérieur, indiquant qu’il souhaitait porter à 30 000 le nombre de policiers réservistes. Interpellé sur le polémique article 24 de la loi « sécurité globale », dont la majorité vient d’annoncer la réécriture, le ministre a campé sur ses positions. « Les forces de l’ordre ne sont pas assez protégées, je n’ai pas changé de conviction », a-t-il assuré.

Gérald Darmanin a par ailleurs annoncé la généralisation, dès le mois de juillet, des caméras piétons. « Je m’en félicite », a-t-il assuré. « Les caméras protègent les citoyens des accès de violence de la part des forces de l’ordre, mais aussi les policiers ». La question de l’IGPN a également été abordée : quelques pistes ont été évoquées, notamment la fusion de l’IGPN avec les deux autres inspections du ministère de l’Intérieur : l’Inspection générale de la gendarmerie (IGGN) et l’Inspection générale de l’administration (IGA) ; ou encore la nomination à la tête de l’IGPN d’une personnalité extérieure. Pris à parti sur le cas du préfet Lallement, Gérald Darmanin lui a apporté son soutien. « Je n’ai ni amour ni haine pour le préfet Lallement », a-t-il assuré. « C’est un fonctionnaire travailleur qui ne m’a jamais menti, dirige l’un des postes les plus difficiles de France, a l’exigence de l’autorité politique et ne faillit pas à ses fonctions. »

Une demande d’exemplarité

« Si je soutiens très fortement la police et la gendarmerie, que j’espère être un avocat même dans les périodes difficiles, il faut aussi que ce soutien aille avec la responsabilité », a affirmé le ministre de l’Intérieur. « Je souhaite que nous puissions continuer à les protéger dans les opérations de police, dans leur vie personnelle, mais la contrepartie de ce soutien très fort c’est une demande très forte d’exemplarité des fonctionnaires de police. Ceux qui salissent l’uniforme doivent être exclus de possibilité d’y revenir, mais je suis très fier d’être à la tête d’un ministère où les femmes et les hommes risquent tous les jours leur vie. »

Partager cet article

Dans la même thématique

Gérald Darmanin : « Il n’y a pas de divorce entre la police et la population »
3min

Politique

Lycéens, carburant, agriculteurs : Sébastien Lecornu appelle à l'apaisement sans annoncer de moyens supplémentaires

Dans une allocution de 15 minutes enregistrée depuis Matignon, Sébastien Lecornu a assuré que le gouvernement avait pris conscience des crises que traverse le pays tout en réaffirmant sa volonté de ramener le déficit à 5 % du produit intérieur brut en 2027. S'il affirme ne pas être indifférent aux angoisses des lycéens, il renvoie leurs revendications au débat budgétaire. Il a toutefois annoncé la libération de 10 millions de barils de gazole afin de faire baisser le prix du litre de gazole à la pompe de 12 à 18 centimes.

Le

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
7min

Politique

Manifestations lycéennes : mis en cause sur sa gestion du maintien de l’ordre, Laurent Nuñez pressé de trouver la voie de l’apaisement

Les mutilations de plusieurs élèves lors des manifestations lycéennes ont remis brutalement sur le devant de la scène la doctrine du maintien de l’ordre. Un rapport du Sénat sur ce sujet sera présenté dans les prochains jours. En attendant, faisant face aux demandes de démission des oppositions de gauche, le ministre de l’Intérieur a annoncé la suspension de l’usage des grenades assourdissantes et a longuement justifié l’action des forces de l’ordre, lors de son audition devant la commission des lois de l’Assemblée nationale.

Le

Memorial Site Honors Victims of the Hamas Attack at the Nova Music Festival
5min

Politique

7-Octobre : Trois ans après l’attaque du Hamas, les juifs de France continuent de vivre un « traumatisme »

L’émotion se fait ressentir en ce 7 octobre 2026. Trois ans après l’attaque du Hamas en Israël, plusieurs commémorations sont prévues en Israël, notamment à Réïm où certains politiques français se sont rendus. En France, le président du Crif explique que les Français juifs continuent de vivre ce « traumatisme » et regrette qu’ils soient « associés à un conflit » dont ils « ne sont pas responsables ».

Le

FRANCE-PARIS-MANIFESTATION ÉTUDIANTE-ÉDUCATION
5min

Politique

Blocus des lycées : dix-huit enquêtes IGPN ouvertes, l’usage des grenades assourdissantes suspendu

Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé ce mercredi 7 octobre la suspension provisoire de l’usage des grenades assourdissantes dans le cadre des manifestations lycéennes. Cette décision intervient après qu’un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée lundi à Lens. Dix-huit enquêtes ont par ailleurs été confiées à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) depuis le début du mouvement.

Le