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Crédit : AP Photo/Thibault Camus

Gérald Darmanin invite l’ensemble des parlementaires ce lundi pour « un cocktail dinatoire », du « jamais vu »

Le ministre de la Justice ne fait pas les choses à moitié. Gérald Darmanin a invité l’ensemble des députés, sénateurs et eurodéputés ce lundi soir, Place Vendôme, soit plus de 1.000 personnes, pour « un temps d’échange sur les grandes orientations du ministère de la Justice ». Une invitation qui étonne pour le moins au sein de l’opposition…
François Vignal

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La garden party n’est plus, vive la Darmanin party ? Une soirée avec, dans la même pièce, Marine Le Pen, Gabriel Attal, Manuel Bompard, Olivier Faure, Gérard Larcher, Guillaume Gontard, François-Xavier Bellamy, Hervé Marseille, Sandrine Rousseau, Laurent Wauquiez et Yannick Jadot… Vous n’en n’avez peut-être pas rêvé, mais Gérald Darmanin veut le faire.

Par un mail du « secrétariat particulier de M. Gérald Darmanin », en date du 5 mai dernier, les parlementaires ont reçu, beaucoup par surprise, une invitation à se rendre au ministère, ce lundi 12 mai, à l’heure de l’apéro, pour « un temps d’échange » avec le garde des Sceaux, a appris publicsenat.fr ce lundi. Et c’est bien l’ensemble des 577 députés, 348 sénateurs et 81 eurodéputés français, qui ont reçu leur carton d’invitation. Soit théoriquement pas moins de 1006 invités… Il faudra peut-être pousser les murs du ministère, Place Vendôme, pour accueillir tout ce petit monde, même si nombre de parlementaires auront sûrement piscine à la même heure.

Du RN au PS, en passant par LR et Les Ecologistes.

Devant notre étonnement, un sénateur nous confirme bien que tout le monde, du RN au PS, en passant par LR et Les Ecologistes, a été invité. « Et comme ils ne connaissent manifestement pas la copie cachée, on a toute la liste », s’amuse un parlementaire communiste.

Le mail, dont publicsenat.fr a obtenu copie, fait dans la sobriété : « Monsieur Gérald Darmanin, Ministre d’Etat, garde des Sceaux, ministre de la Justice, a le plaisir de convier l’ensemble des parlementaires à un temps d’échange sur les grandes orientations du ministère de la Justice, suivi d’un cocktail dinatoire ».

Si le ministre invite autant de monde, c’est pour parler de la réforme de la justice qu’il propose. Dans une lettre aux magistrats, il met notamment sur la table l’idée « d’élargir le principe du plaider-coupable de certains délits aux affaires criminelles. « Dans la perspective de cette rencontre, vous recevrez très prochainement un courrier que le Garde des Sceaux va adresser aux magistrats, greffiers et l’ensemble des agents administratifs et techniques travaillant en juridiction », précise le mail envoyé aux parlementaires.

« Il a envoyé hier un courrier à l’ensemble des magistrats, sur les principales réformes qu’il souhaite mettre en œuvre. Il souhaite expliquer aux parlementaires ces réformes qu’il souhaite voir portée, qui sont pour beaucoup par voie législative », explique-t-on dans l’entourage du ministre.

« Grand raout à la Chancellerie »

Si on devrait retrouver à l’Hôtel de Bourvallais, où siège le ministère, nombre de parlementaires du bloc central, on ne devrait pas trop croiser de sénateurs PS. « On est tous invités pour son grand raout à la Chancellerie. Ce n’est pas sérieux. On va servir de faire valoir à la présentation de son programme présidentiel. On attend qu’il vienne davantage devant la commission des lois », rage la sénatrice socialiste de Paris, Marie-Pierre de la Gontrie. La sénatrice de Paris ajoute :

 Rencontrer un ministre dans le cadre d’une séance de travail oui, mais pas pour faire figurant parmi des centaines de parlementaires pour écouter la bonne parole. Je n’irai pas faire la claque. 

Marie-Pierre de la Gontrie, sénatrice PS de Paris.

Patrick Kanner, à la tête des sénateurs PS, n’en revient toujours pas de voir cette invitation lancée à l’ensemble de la représentation nationale. « J’ai été dans un gouvernement pendant trois ans, je n’ai jamais vu ça. Ça ne se produit qu’une seule fois, le 14 juillet. C’était pour la garden-party. Et c’est le Président d’habitude », pointe le sénateur PS du Nord, qui n’ira « pas ». L’ancien ministre a un engagement dans son département en vue du congrès du PS.

« La Macronie, et tout ce qui tourne autour, ça ose tout, c’est à ça qu’on la reconnaît »

« Inviter tout le monde, c’est un acte politique totalement autonome, indépendant », s’étonne encore Patrick Kanner, qui y voit « un gouvernement d’auto-entrepreneurs ». « De la part du Président, de la part du premier ministre, pas de problème. De la part d’un ministre, même Gérald Darmanin, c’est la course à l’échalote. Mais je ne suis plus étonné de rien », avoue le socialiste. Et d’ajouter : « La Macronie, et tout ce qui tourne autour, ça ose tout, c’est à ça qu’on la reconnaît », lance Patrick Kanner, qui y voit une manière d’utiliser les moyens de l’Etat à son avantage :

 Il fait campagne aux frais de la République. 

Patrick Kanner, président du groupe PS du Sénat.

« Ce sont des réformes profondément radicales », justifie l’entourage du ministre

Du côté de la Place Vendôme, on juge que lancer l’invitation à tous les parlementaires est parfaitement justifié, « car ce sont des réformes profondément radicales. Passer de 225 peines à 4 peines, c’est radical. Des peines minimales, qui sont plus fortes que des peines planchers, c’est radical », fait valoir l’entourage de Gérald Darmanin, où on veut voir par ailleurs une « marque de respect et de confiance envers le Parlement ». Si on ne connaissait pas en milieu d’après-midi le nombre de parlementaires qui ont accepté l’invitation – les inscriptions continuant encore – on assure que « tous les groupes seront représentés ». Ils pourront écouter le ministre, qui a prévu une prise de parole.

Selon le président du groupe PS du Sénat, « c’est l’occasion de montrer qu’il existe. Mais inviter tout le monde, c’est un non-sens politique. La logique aurait été qu’il invite les commissaires aux lois ». Quelques parlementaires d’opposition feront cependant bien le déplacement, comme ce sénateur écolo, sûrement curieux : « Je ne vois pas à quoi ça rime, mais j’irai voir ».

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