Gérard Larcher, l’atout social de François Fillon, prépare les 100 premiers jours
Gérard Larcher termine ses rencontres « bilatérales » avec les syndicats pour le compte de François Fillon avant « un second round » en février. Il s’agit autant de déminer les réformes libérales que propose le candidat que de préparer les 100 premiers jours en cas de victoire…

Gérard Larcher, l’atout social de François Fillon, prépare les 100 premiers jours

Gérard Larcher termine ses rencontres « bilatérales » avec les syndicats pour le compte de François Fillon avant « un second round » en février. Il s’agit autant de déminer les réformes libérales que propose le candidat que de préparer les 100 premiers jours en cas de victoire…
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Déminer mais aussi écouter et dialoguer. C’est le rôle dévolu à Gérard Larcher depuis la victoire de François Fillon à la primaire. Le président LR du Sénat a reçu les syndicats depuis décembre. Au total, huit organisations sont ou seront passées dans ses bureaux du Petit Luxembourg : CFDT, FO, CGT, CFTC, UNSA, UPA, CPME (ex-CGPME) et Medef. « Cette semaine, j’aurai terminé mon premier round. En février, je commence un second round » glisse le sénateur ce mardi, avant de rejoindre ses collègues en réunion de groupe. L’occasion alors « d’affiner, aller peut-être davantage dans le détail » explique-t-on du côté du président du Sénat.

« Avec les partenaires sociaux, j’aurai terminé le 20 janvier et je ferai une synthèse à l’intention de François Fillon. Nous en rediscuterons tous les deux et je reviendrai vers les partenaires sociaux » a expliqué la semaine dernière Gérard Larcher, lors de sa conférence de presse de rentrée (voir la vidéo ci-dessus), assurant que « le projet de François Fillon, c’est un projet de dialogue social ». Reste qu’in  fine, c’est le candidat qui arbitrera.

Grenade sociale dégoupillée

Se parler n’est pas de trop. Le programme économique et social du candidat de la droite est une vraie grenade dégoupillée : suppression de 500.000 fonctionnaires, fin des 35 heures, du compte pénibilité, retraite à 65 ans, réforme de l’assurance chômage, fin du monopole syndical… Tout y est pour envoyer les représentants des salariés dans la rue. En décembre, Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, disait craindre « le choc libéral » du candidat. Son homologue de la CFDT, Laurent Berger, le jugeait « très inquiétant ». Fin novembre, Philippe Martinez (CGT) assurait que « la mobilisation sera(it) d'actualité » en cas de victoire de la droite…

Après sa rencontre, la semaine dernière, Philippe Martinez était pourtant mesuré. « Il avait envie d’écouter ou réécouter, d’avoir des précisions sur ce que pense la CGT sur les questions du dialogue social (…), sur le monopole syndical, etc » expliquait le leader de la centrale de Montreuil. « Ce sont des sujets qu’il connait bien. On est amené à se reparler je pense » (voir la vidéo : images Cécile Sixou). Auprès de l’AFP, il se réjouissait même : « Il ne dit pas du tout la même chose que François Fillon sur certains points clefs : il ne défend pas la fin du monopole syndical ». Le sujet tend particulièrement les centrales. De quoi mettre de l’huile dans le dialogue social… Négocier n’est-il savoir lâcher quand il faut ?

Philippe Martinez (CGT) : "On est amené à se reparler" avec Gérard Larcher
00:58

Retailleau : « C’est l’homme du dialogue social. Je pense que François Fillon en a besoin »

Pour calmer les ardeurs des syndicats, Gérard Larcher était tout destiné. L’ancien ministre du travail a fait voter la loi sur le dialogue social en 2007. Il a laissé un bon souvenir et gardé depuis de bonnes relations avec les syndicats, y compris la CGT, qu’il n’a cessé de voir, comme durant la loi Macron et la loi Travail. La sénatrice LR Catherine Procaccia, à l’époque rapporteure de la loi de modernisation du dialogue social, se souvient : « Il a laissé un très bon souvenir comme ministre du Travail. Les partenaires sociaux estimaient qu’il avait réussi à trouver un bon équilibre ».

Pour le président du groupe LR, Bruno Retailleau, chargé de la coordination et de la stratégie de campagne, « c’est l’homme du dialogue social. Je pense que François Fillon en a besoin » dit-il à publicsenat.fr. Même le juppéiste Jean-Pierre Raffarin, aujourd’hui rallié à Fillon, estime que « Gérard Larcher est bien placé pour faire ce travail de pédagogie ». L’ancien vétérinaire est à même d’arrondir les angles des propos tranchés du candidat Fillon.

« Il n’est pas brutal. Mais il sait aussi quand il faut trancher »

Dès juin, il préconisait déjà sa méthode dans un entretien aux Echos. « Le candidat ou la candidate qui remportera la primaire devra engager un dialogue avec les organisations syndicales et patronales entre décembre 2016 et mars 2017. Car si l'on doit travailler par ordonnances, cela n'exclut pas le dialogue préalable indispensable » expliquait-il.

Un dialogue pour éviter un blocage du pays en cas de victoire ? « Démineur, c’est trop restrictif » corrige son entourage, « il a aussi une mission constructive. Avec Laurent Berger, il construit plus qu’il démine ». « Il a mené des négociations. Il est dans une démarche d’écoute, de dialogue, d’échange. L’objectif est de faire un pas les uns envers les autres. Il n’est pas brutal. Mais il sait aussi quand il faut trancher. Quand il faut prendre une décision après le dialogue, il sait la prendre » ajoute-t-on.

Celui qui se revendique « gaulliste social » a évoqué la semaine dernière les pistes de travail. Pour le président du Sénat, il s’agit ni plus ni moins que de préparer « les 100 premiers jours » selon son entourage. Ceux où beaucoup se joue, où les grandes réformes sont le plus simples à mener. « Il y aura un texte d’urgence pour l’emploi. Ce texte d’urgence sera au travers d’une ordonnance, mais ce n’est pas encore totalement arbitré » a-t-il affirmé lors de sa conférence de presse (voir la première vidéo). Et de s’interroger sur les thèmes à aborder : « La question des retraites, le processus d’ajustement des contrats ? » Une chose est sûre, « l’été sera studieux ». Les sujets au menu du dialogue social ne s’arrête pas là : l’Unedic avec un déficit qui « va allègrement vers les 40 milliards d’euros », « la gestion des caisses de retraites complémentaires », « le dialogue social territorial à faire évoluer » ou la « pénibilité » au travail. « On voit que les critères tels qu’ils sont définis (par le compte pénibilité, ndlr), ne sont pas gérables, sont rejetés. En même temps, la pénibilité existe (…) et doit être prise en compte » estime Gérard Larcher.

Larcher, bras gauche de Fillon… pour faire passer la pilule ?

Pour donner une idée de son orientation dans ce chantier et de son état d’esprit, Gérard Larcher évoque « le discours de Gérard Schröder en 2003, devant le Bundestag ». L’ancien chancelier allemand avait amorcé une profonde réforme du marché du travail. « On dit Fillon = Thatcher. Je dis non, Fillon = Schröder ». Mais il note aussitôt « qu’il manquait une dimension importante à (ses) yeux dans son discours : la dimension de la lutte contre la pauvreté ». Et d’évoquer « ce qu’on appelait les jobs à 1 euro », souvent critiqués en France. Pour Gérard Larcher, il faut que « l’ensemble des revenus du travail ne conduisent pas à la naissance des travailleurs pauvres ». Larcher, bras gauche de Fillon ? Le discours « de vérité » du candidat durant la primaire a plu à droite mais n’a pas attiré l’électorat populaire, voire à engendrer de véritables craintes. S’il veut réussir à réformer en profondeur, François Fillon ne pourra pas uniquement promettre du sang et des larmes. Ce n’est pas pour rien s’il s’est déplacé chez Emmaüs. Il s’agit d’envoyer quelques signes à coloration plus sociale. Pour faire passer la pilule ?

Pour le moment, Gérard Larcher va continuer sa mission. « Je travaille en bilatéral, qui est l’un de mes sports favoris » dit-il. « Ensuite, le candidat arbitra. Il me donnera ou redonnera pas mandat pour essayer de faire avancer les choses ». De ministre du travail du shadow cabinet, le prochain mandat sera-t-il à Matignon ? Un duo exécutif composé de Fillon-Larcher aurait un avantage pour la droite. A Fillon le rôle du « bad cop », à Larcher celui de l’homme de dialogue pour équilibrer. « Ce n’est pas le rêve de ma vie » affirme pourtant Gérard Larcher (voir la vidéo), qui assure ne rien espérer, ni demander. Avant d’ajouter : « C’est un sujet qui appartient au Président seul ». Encore une question d’arbitrage.

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