« Gilets jaunes »: à peine ouverte, la concertation divise patronat et syndicats
Les partenaires sociaux, réunis vendredi par le gouvernement pour apaiser la colère des gilets jaunes, se divisent sur les solutions à apporter,...

« Gilets jaunes »: à peine ouverte, la concertation divise patronat et syndicats

Les partenaires sociaux, réunis vendredi par le gouvernement pour apaiser la colère des gilets jaunes, se divisent sur les solutions à apporter,...
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Les partenaires sociaux, réunis vendredi par le gouvernement pour apaiser la colère des gilets jaunes, se divisent sur les solutions à apporter, le principe d'une prime exceptionnelle volontaire versée par les entreprises étant jugé insuffisant par les syndicats.

Cinq ministres ont reçu les principales organisations patronales et syndicales, à l'exception de la CGT qui boycottait cette rencontre organisée au ministère du travail.

"Chacun a pu faire des propositions de court terme et de long terme dans cette grande négociation qui s'ouvre", s'est réjouie la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, entourée de Jacqueline Gourault (Cohésion des territoires et Relations avec les collectivités), Élisabeth Borne (Transports), Julien Denormandie (Ville et Logement) et Emmanuelle Wargon (secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique).

L'unanimité n'est en effet pas encore de mise.

Les représentants syndicaux et patronaux qui ont pris la parole ont étalé leurs divergences sur la contribution que doivent apporter les entreprises à la sortie de crise. Symbole de cette différence de vue : la prime exceptionnelle versée aux salariés.

Le président du Medef, Geoffroy roux de Bézieux fait une déclaration à la presse après une réunion au ministère du Travail, le 7 décembre 2018 à Paris
Le président du Medef, Geoffroy roux de Bézieux fait une déclaration à la presse après une réunion au ministère du Travail, le 7 décembre 2018 à Paris
AFP

La prime défiscalisée est une "bonne idée" pour le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux qui précise que dans les secteurs "où ça va bien on pourra faire un geste".

Il a aussi affirmé être "prêt à une concertation avec les collectivités territoriales pour aider les cinq millions de salariés qui ne sont pas couverts par une prime transport".

Mais le patronat souhaite que le versement de la prime exceptionnelle soit laissé à la discrétion des employeurs. "Le caractère volontaire est essentiel parce que malheureusement la situation des entreprises ne permet pas de la généraliser", a expliqué Jean-Eudes du Mesnil du Buisson, de la CPME (confédération des PME).

Or pour Laurent Berger, de la CFDT, cette prime doit être "obligatoire".

- "Toujours plus" -

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, fait une déclaration à la presse à l'issue d'une réunion au ministère du Travail, le 7 décembre 2018 à Paris
Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, fait une déclaration à la presse à l'issue d'une réunion au ministère du Travail, le 7 décembre 2018 à Paris
AFP

En chœur, les syndicats des travailleurs ont en outre souligné le caractère de court-terme de la prime défiscalisée. "C'est une des solutions mais c'est du +one-shot+, ce n'est pas une solution structurelle", a dit Laurent Berger.

Son syndicat a appelé à "des mesures de soutien aux bas salaires". Yves Veyrier, du syndicat FO, lui a emboîté le pas, arguant que cette prime "ne peut pas être la réponse à la question des salaires" et demandant "une hausse du SMIC et du point d'indice de la fonction publique".

La CGT n'était pas présente à la réunion mais son secrétaire général Philippe Martinez, interrogé par Le Monde, a fustigé le principe de la prime: "Défiscaliser, c'est supprimer des cotisations sociales. Ça intéresse beaucoup le Medef, qui redemande toujours plus d'allègements de prélèvements", a-t-il estimé. Pour Laurent Berger, "les entreprises ne pourront pas s'exonérer de leurs responsabilités".

Plus tôt vendredi, au micro de France Inter, Geoffroy Roux de Bézieux a estimé que les entreprises étaient en train de devenir "le bouc émissaire d'une révolte fiscale".

Les mêmes représentants se retrouveront mardi prochain à 11H30, avec en outre les associations d'élus - reçues vendredi après-midi par Jacqueline Gourault - pour "arrêter le calendrier et la méthode" de cette concertation, qui se déroulera parallèlement aux débats territoriaux, a ajouté Mme Pénicaud. Ces réunions pourraient ensuite s'enchaîner à raison de deux par semaine, selon un syndicaliste.

Par ricochet, cette concertation pourrait amener à repousser la négociation en cours sur l'assurance chômage.

"Il faut temporiser sur l'assurance chômage et ne pas y aller dans la précipitation", a jugé Philippe Louis (CFTC).

Selon lui, la séance de négociations du 11 décembre sera probablement annulée et la fin des négociations fixée au 25 janvier pourrait être repoussée de quelques semaines.

Partager cet article

Dans la même thématique

« Gilets jaunes »: à peine ouverte, la concertation divise patronat et syndicats
5min

Politique

Elections provinciales en Nouvelle-Calédonie : Naïma Moutchou propose l’entrée de 1 500 à 1800 personnes dans le corps électoral en tant que conjoints de natifs 

Alors que se tiendra le 28 juin, les élections provinciales en Nouvelle-Calédonie, le gouvernement s’appuie sur une proposition de loi du Sénat pour parvenir à un consensus sur l’élargissement du corps électoral aux natifs de l’Archipel. Mais l’exécutif compte aller plus loin en y intégrant également leurs conjoints. Auditionnée mercredi par la commission des lois du Sénat, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou s’est vu opposer une fin de recevoir par les élus. 

Le

Paris: Examens projets de loi Senat
8min

Politique

Gérald Darmanin recule sur le plaider-coupable : « Un mauvais service rendu aux victimes », dénonce la rapporteure du texte au Sénat

Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin a, largement, revu à la baisse la portée du dispositif de plaider-coupable, la réforme phare et controversée de son projet de loi sur la justice criminelle, adopté au Sénat le mois dernier. Face à la pression des avocats, le ministre propose désormais d’exclure du dispositif tous les crimes sexuels et l’ensemble des crimes passibles de la cour d’assises. « Certains se servent des victimes contre l’intérêt », dénonce Dominique Vérien, présidente de la délégation aux droits des femmes du Sénat et co-rapporteure du texte.

Le

Hearing of French billionaire and majority shareholder of the Canal+ media group Vincent Bollore at National Assembly
7min

Politique

L’offensive de Vincent Bolloré sur le septième art

À la veille de l’ouverture du Festival de Cannes, une tribune signée par près de 600 professionnels du cinéma dénonce l’extension de l’influence de Vincent Bolloré dans le septième art. L’entrée de Canal+ au capital d’UGC ravive les craintes autour de la concentration des médias et d’une possible emprise idéologique sur la création culturelle française.

Le