« Gilets jaunes »: mobilisation en légère hausse avant les annonces de Macron
A quelques jours des annonces d'Emmanuel Macron pour sortir de la crise, plusieurs milliers de "gilets jaunes" ont manifesté samedi pour l'acte...

« Gilets jaunes »: mobilisation en légère hausse avant les annonces de Macron

A quelques jours des annonces d'Emmanuel Macron pour sortir de la crise, plusieurs milliers de "gilets jaunes" ont manifesté samedi pour l'acte...
Public Sénat

Par Hugues JEANNEAUD avec Alexandra DEL PERRAL à Paris

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

A quelques jours des annonces d'Emmanuel Macron pour sortir de la crise, plusieurs milliers de "gilets jaunes" ont manifesté samedi pour l'acte 22 du mouvement, notamment à Paris et Toulouse.

Les rassemblements ont réuni au total 31.000 personnes en France, dont 5.000 à Paris, selon un décompte du ministère de l'Intérieur. Des chiffres supérieurs aux 22.300 recensés le samedi précédent, plus faible participation depuis le début du mouvement il y a quatre mois.

De leurs côtés, les "gilets jaunes", qui contestent les chiffres officiels, estiment le nombre de participants à "80.504", selon la page Facebook de comptage, et évoquent "un petit regain de mobilisation" avant la date "exceptionnelle" du 20 avril.

Engin de chantier incendié le 13 avril 2019 à Toulouse lors du rassemblement des
Engin de chantier incendié le 13 avril 2019 à Toulouse lors du rassemblement des "gilets jaunes"
AFP

Avant même les déclarations du président de la République, certains donnaient l'humeur générale dans les cortèges: "Le grand débat, grand blabla", "Macron on n'attend rien de vos annonces", pouvait-on lire sur les pancartes du petit cortège parisien.

La pression est considérable sur le chef de l'Etat, qui doit éviter la sortie de route d'un quinquennat chahuté par cette crise qui dure depuis bientôt cinq mois. Il sera de nouveau en première ligne après une semaine où le Premier ministre Edouard Philippe a "chauffé la salle" en promettant une réponse présidentielle "puissante et concrète".

Globalement, les manifestations se sont déroulées dans le calme. A Paris, les forces de l'ordre ont procédé à 27 interpellations et 9.473 contrôles préventifs, a indiqué la préfecture.

- Loi anticasseurs -

Mais à Toulouse, "capitale" du jour pour les manifestants, des affrontements entre manifestants et forces de l'ordre ont émaillé le rassemblement. Les forces de l'ordre ont utilisé gaz lacrymogènes, grenades assourdissantes et canon à eau pour repousser les "gilets jaunes", qui étaient environ 4.500 selon une source policière.

Vingt-trois personnes ont été interpellées, dont plusieurs "pour dissimulation volontaire du visage" dans le cadre de la loi anticasseurs, a indiqué la préfecture.

Ces manifestations sont en effet les premières à se dérouler après la promulgation de cette loi, particulièrement ciblée par les "gilets jaunes".

Manifestation de
Manifestation de "gilets jaunes" à Paris, place de la République, le 13 avril 2019
AFP

"Manifester est un droit fondamental et doit le rester", affirmait une banderole en tête du petit cortège de Bordeaux, où de très nombreux axes menant au centre-ville, interdits par arrêté préfectoral, avaient été bloqués par les forces de l'ordre.

"Résistance!", "Liberté! Liberté de manifester!", scandaient les quelque 1.800 contestataires à Montpellier.

"On ne nous empêchera pas de manifester. Ils peuvent faire les lois qu'ils veulent, on sera encore là en août s'il le faut", promet Gabrielle, 43 ans, manifestante à Paris.

Le cortège parisien a d'ailleurs rejoint en début d'après-midi, Place de la République, la marche pour "la liberté de manifester", organisée par plusieurs associations (dont LDH, Amnesty, Attac, Unef, SOS Racisme…), contre ce dispositif partiellement censuré par le Conseil constitutionnel et dont une cinquantaine d'organisations ont demandé l'abrogation.

Promulgué jeudi, le texte autorise notamment les fouilles de sacs et de véhicules dans les manifestations et à ses abords, et crée un délit de dissimulation volontaire du visage puni d'un an d'emprisonnement et 15.000 euros d'amende.

Cette loi a été votée après plusieurs samedi marqués par des scènes d'émeutes urbaines, notamment à Bordeaux et Paris sur les Champs-Elysées, qui ont fait le tour du monde.

La préfecture de police y a d'ailleurs, pour la troisième fois consécutive, interdit tout rassemblement. Régulièrement imposées depuis la mi-mars, les interdictions partielles de manifester concernent aussi nombre d'autres villes: Lille, Lyon, Montauban...

- "Pouvoir d'achat" -

Echaufourrées lors de la manifestation des
Echaufourrées lors de la manifestation des "gilets jaunes" à Toulouse, le 13 avril 2019
AFP

Ils étaient un petit millier à Lille à emprunter un parcours alternatif en raison de l'interdiction de manifester en centre-ville. "Vivre en France coûte un bras, t'en plaindre coûte un œil", pouvait-on lire sur des pancartes. "Frexit", était-il aussi écrit au dos de plusieurs "gilets jaunes".

"La première revendication, c'est le pouvoir d'achat. Mes deux enfants travaillent et pourtant ils ont du mal", raconte Cathy Sonntag, venue de Guebwiller pour défiler à Strasbourg. Cette ancienne assistante maternelle et femme de ménage manifeste pour la première fois avec les "gilets jaunes".

Beaucoup de manifestants évoquent déjà le rendez-vous de la semaine prochaine, annoncé comme l'ultimatum 2.

"La menace semble plus forte pour le 20 avril", a déploré en fin de semaine Christophe Castaner, le ministre de l'Intérieur, évoquant des "appels qui invitent quasiment à détruire Paris".

Pour Jérôme, un militant CGT de 47 ans, c'est surtout le 1er mai qui va attirer. "On s'attend à beaucoup de monde. Les syndicats commencent déjà à rameuter des gens, on est dans un bras de fer avec Macron. C'est le premier qui lâche qui perd".

Partager cet article

Dans la même thématique

Service National Universel
7min

Politique

SÉRIE D’ÉTÉ - Emmanuel Macron, 10 ans après, quel bilan ? Le Service national universel (SNU), enterré avant d’avoir été généralisé

Que reste-t-il des promesses électorales d’Emmanuel Macron ? Alors que le second quinquennat s’achève, Public Sénat profite de la pause estivale pour passer au crible les principaux engagements pris par le chef de l’Etat lors de ses deux campagnes présidentielles, en 2017 et 2022. Au menu de ce premier épisode : le Service national universel (SNU), un programme d’engagement au service de la nation, à l’attention des jeunes, et directement inspiré du service militaire.

Le

Documentaire Paris le mystère du palais disparu de Stéphane Jacques
5min

Politique

Paris, le mystère d’un palais disparu

Les promeneurs, touristes ou Parisiens qui déambulent sur le parvis de Notre-Dame, s’imaginent-ils qu’à quelques pas de là se dressait au Moyen Âge, l’une des plus somptueuses résidences d’Europe ? Et surtout, comment, six siècles plus tard, le tout premier palais de nos rois, bâti sur l’île de la Cité, au beau milieu de la capitale, a-t-il pu devenir ce fantôme de l’Histoire ? Dans son documentaire Le mystère du palais disparu, Stéphane Jacques retrace l’enquête menée par un trio de scientifiques spécialistes de la reconstitution numérique.

Le

« Gilets jaunes »: mobilisation en légère hausse avant les annonces de Macron
2min

Politique

Mazarine Pingeot sur François Mitterrand : « J'étais insolente avec mon père »

Grandir dans l’ombre du pouvoir oblige à se construire autrement, a fortiori lorsque votre existence relève du secret d’Etat. Mazarine Pingeot, « fille cachée » de François Mitterrand y est parvenue. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, la philosophe publie ces jours-ci Inappropriable (ed. Climats Flammarion), un essai ambitieux sur la relation entre l’homme et l'intelligence artificielle. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, elle revient sur une enfance hors du commun.

Le