Gouvernement Bayrou : « Il a raté ses premières 48 heures, plus personne ne comprend rien », tacle Marine Tondelier
Invitée de la matinale de Public Sénat, la patronne des écologistes est revenue sur les consultations menées par le Premier ministre. Marine Tondelier regrette l’absence de propositions écologistes de la part de François Bayrou et estime que le Premier ministre « pave le chemin de sa propre censure ».
« Je suis arrivée inquiète, je suis sortie chamboulée », affirme la secrétaire nationale des écologistes, Marine Tondelier, à propos de son entretien avec le Premier ministre.Reçus hier à Matignon, les écologistes s’étonnent de l’absence de ligne politique pour le gouvernement. « Il ne sait pas où il va », soupire la cheffe des écologistes. Pourtant, les écologistes assurent s’être rendus à Matignon « de la manière la plus constructive possible ».
« Il n’est plus crédible pour grand-chose »
Malgré cette démarche constructive, François Bayrou n’a pas vraiment répondu aux attentes. Interrogé sur les politiques écologiques qu’il comptait mettre en place, Marine Tondelier rapporte que François Bayrou a évoqué la construction de pistes cyclables, à Pau. Des déclarations qui n’ont pas convaincu les écologistes, surtout après la polémique sur la participation de François Bayrou au conseil municipal de Pau. « Malheureusement, il n’est plus crédible pour grand-chose. On a besoin d’un Premier ministre à plein temps. Il a raté ses premières 48 heures, plus personne ne comprend rien », s’agace Marine Tondelier.
Dans ces conditions, et alors qu’il compte reprendre le budget voté par le Sénat, François Bayrou s‘expose à la censure des députés écologistes. « Je n’ai aucun argument pour ne pas voter cette censure. Pour voter un budget qui va sabrer le budget des collectivités territoriales ? Qui va faire zéro euro sur les pistes cyclables ? Qui va sabrer la rénovation thermique des logements ? », énumère Marine Tondelier qui s’étonne que le Premier ministre n’ait pas davantage essayé de les convaincre de ne pas voter la censure.
« Le choix de ce Premier ministre est un outrage »
Une censure que Marine Tondelier juge inévitable compte tenu du choix du Premier ministre et des conditions dans lesquelles ce choix a été fait. « Le choix de ce Premier ministre est un outrage, il a d’ailleurs dû se rouler dans le bureau du Président de la République pour obtenir le poste, ça en dit long », relève la patronne des écologistes. Cette dernière s’inquiète également de la composition du futur gouvernement que François Bayrou a commencé à évoquer, hier, avec Emmanuel Macron. « Le périmètre du gouvernement va être exactement le même que celui de Michel Barnier », s’insurge Marine Tondelier qui prédit que « les mêmes causes produiront les mêmes effets ». Par ailleurs, le maintien de Bruno Retailleau au ministère de l’intérieur fait office de repoussoir absolu pour la gauche. « Comment voulez-vous que nous soutenions un gouvernement qui mène la politique de l’extrême droite sur l’immigration ? » demande Marine Tondelier. Néanmoins, le principal intéressé estime pour l’instant que « les conditions ne sont pas réunies »pour une participation de LR au gouvernement.
Pour Marine Tondelier, il n’existe qu’une seule solution, que le Président de la République appelle la gauche à gouverner. Pour autant, la secrétaire nationale des écologistes n’appelle pas à la démission d’Emmanuel Macron, estimant qu’une élection présidentielle ne serait pas de nature à apaiser la situation politique. « Dans la situation d’urgence dans laquelle nous sommes, la seule solution c’est que le camp présidentiel accepte le résultat des élections », tranche Marine Tondelier.
À Paris, la fusion des listes entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel relève davantage du réalisme politique face à l’avance de la gauche que d’un rapprochement sincère et naturel. Il a fallu surmonter « une forme d’inimitié » entre les deux candidats, reconnait la vice-présidente de LR et sénatrice de la capitale Agnès Evren, qui compte aussi sur les reports de voix des électeurs de Sarah Knafo.
A Montpellier, c’est une triangulaire qui opposera, dimanche prochain, le maire sortant socialiste Michaël Delafosse, en tête avec 33,41 % au premier tour, la candidate LFI, Nathalie Oziol, deuxième avec 15,36 % et le candidat indépendant, Mohed Altrad (11,31 % des voix). Si dans de nombreuses grandes villes de France, comme Lyon, Toulouse, Nantes… LFI et le reste de la gauche se sont unis au deuxième tour des élections municipales, dans l’Hérault, il n’en a pas été question, tant les deux gauches semblent irréconciliables. Pas d’union à gauche Lors du débat organisé Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault organisaient, les protagonistes ont rappelé leur position. « Je constate que depuis que j’ai l’honneur d’être maire de Montpellier, LFI pilonne l’ensemble des mesures que nous portons et met plus d’énergie dans la critique de l’action d’un maire de gauche que contre l’extrême droite », a justifié Michaël Delafosse qui précise, néanmoins, n’avoir eu qu’un adversaire lors de cette campagne : c’est l’extrême droite. Nathalie Oziol a estimé que l’absence de l’extrême droite au second tour à Montpellier, c’était grâce à la France Insoumise. Dans cette configuration, l’union de la gauche n’était pas nécessaire car le choix des électeurs, selon elle, résidait entre le « système socialiste en place » et les Insoumis. L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». Prenant l’exemple de la ville de Béziers, la mesure phare de Mohed Altrad est celle d’un couvre-feu au moins de 16 ans à partir de 22h, mais aussi doubler les effectifs de la police municipale et renforcer la vidéoprotection. Le maire sortant a défendu l’armement de la police municipale, la création d’une police des transports, le recrutement de 100 agents supplémentaires et le doublement des caméras de surveillance. Traitement des déchets La validation par le conseil de la Métropole de Montpellier d’une unité de valorisation énergétique par combustibles solides de récupération (CSR) est l’autre dossier chaud de l’élection. « C’est de la folie, c’est la pollution, c’est le cancer […] C’est une technologie expérimentale. Comme toute technologie récente, on a besoin de temps pour l’expérimenter », a dénoncé Mohed Altrad. Nathalie Oziol regrette qu’il n’y ait pas d’autres solutions envisagées. « Ce que nous proposons, c’est une convention populaire sur toute la gestion des déchets. L’objectif que nous devons viser, c’est l’objectif zéro déchet ». Michaël Delafosse a rappelé que le CSR était une solution préconisée par l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie). « Il nous faut continuer à mieux collecter les biodéchets comme le verre », a-t-il ajouté. Pour conclure sur les défis de la nouvelle mandature, comme l’augmentation de la population dans la ville, en moyenne 8 000 habitants par an, Nathalie Oziol a estimé que rien n’a été fait pour accueillir les gens ». Mohed Altrad a aussi jugé que la ville n’était pas à la hauteur des autres villes de taille similaire. Il propose de mieux gérer l’argent public en économisant 25 % de ce qu’il considère comme du « gaspillage ». Mickaël Delafosse s’engage à construire 1 000 nouveaux logements étudiants dans le secteur d’Agropolis et des logements pour seniors mais aussi le développement des BRS (bail réel et solidaire) qui ne permette à personne en logement sociaux d’accéder à la propriété ou encore poursuivre l’encadrement des loyers et la lutte contre Airbnb.
À quelques jours du second tour des municipales à Nice, Bruno Retailleau, le patron des LR, a déclenché une crise ouverte au sein de sa propre famille politique et du bloc central, en refusant de soutenir le maire sortant Christian Estrosi face à Éric Ciotti, allié du RN. Plus largement, le psychodrame azuréen fragilise l'accord national passé avec Horizons, mais révèle aussi les fractures d’une droite à la recherche de sa boussole stratégique pour 2027.
Qualifiée de justesse pour le second tour des municipales parisiennes avec 10,4 % des voix, la candidate Reconquête, Sarah Knafo, a finalement choisi de se retirer « pour Paris », sans toutefois donner de consigne de vote, mais « pour battre la gauche ». Une décision présentée comme un « choix de responsabilité », mais qui soulève autant de questions stratégiques que politiques.