PARIS Photographie de Boualem Sansal sur la mairie du 5eme arrondissement
PARIS Photographie de Boualem Sansal sur la mairie du 5eme arrondissement PARIS Photograph by Boualem Sansal on the Town Hall of the 5th Arrondissement//HOUPLINERENARD_HOUPLINE01176/Credit:HOUPLINE-RENARD/SIPA/2511121457

Grâce de Boualem Sansal : « Passer par un pays tiers, c’était la solution pour que personne ne perde la face »

Emprisonné depuis novembre 2024, l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a été gracié pour raisons humanitaires par le régime Algérien. Le président Tebboune a ainsi répondu favorablement à une demande de son homologue allemand le président, Frank-Walter Steinmeier. A la commission des affaires étrangères du Sénat, on rappelle le rôle de la diplomatie française dans cette libération, facilitée par l’intermédiaire de l’Allemagne.
Simon Barbarit

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C’est avec « soulagement » que le Premier ministre, Sébastien Lecornu a accueilli la libération de l’écrivain franco-algérien, Boualem Sansal. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a répondu favorablement à la demande de son homologue allemand, Frank-Walter Steinmeier qui avait proposé que l’écrivain soit transféré en Allemagne pour « y bénéficier de soins médicaux […] compte tenu de son âge avancé […] et de son état de santé fragile ». Boualem Sansal est âgé de 81 ans et souffre d’un cancer de la prostate.

Aux questions d’actualité au gouvernement du Sénat, les mots de Gérard Larcher ont eu pour écho de nombreux applaudissements. « Notre soulagement et notre joie sont grands La liberté porte en ce jour le nom de Boualem Sansal », s’est-il félicité.

Quelques minutes plus tôt aux questions d’actualité de l’Assemblée nationale, Sébastien Lecornu a tenu a « remercié du fond du cœur celles et ceux qui ont contribué à cette libération, fruit d’une méthode faite de respect et de calme ».

Faut-il y voir une critique larvée du bras de fer qu’avait voulu engager avec les autorités algériennes, l’ancien ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau en matière de politique migratoire. « Non. On ne peut pas reprocher à Bruno Retailleau d’avoir empêché la France d’être présentée comme une nation faible. Et, ça n’a pas empêché la diplomatie française de faire son travail », souligne le président LR de la commission des affaires étrangères du Sénat, Cédric Perrin qui espère désormais la libération du journaliste français Christophe Gleizes. Le journaliste était entré en Algérie en mai 2024 pour réaliser un reportage sur un club de football. Il a été condamné à une peine de prison de sept ans pour « apologie du terrorisme ».

« Le sort de Boualem Sansal a été évoqué entre Gérard Larcher et le Pape Léon XIV »

C’est pourtant à destination de l’Allemagne et non de la France que l’avion à bord duquel est Boualem Sansal va atterrir. « Il était nécessaire qu’un pays tiers intervienne afin de ne pas humilier le pouvoir algérien. Ça faisait un moment qu’on entendait parler de cette solution pour que tout le monde sorte par le haut. Mais il faut relativiser les choses. En France, beaucoup de personnes se sont battues pour cette libération. Il y a quelques jours, le sort de Boualem Sansal a été évoqué entre Gérard Larcher et le Pape Léon XIV qui entretient de bons rapports avec le président Tebboune », relate Cédric Perrin qui a fait partie de la délégation sénatoriale au Vatican.

« La méthode de Bruno Retailleau n’était pas la bonne »

La vice-présidente socialiste de la commission des affaires étrangères, Hélène Conway-Mouret approuve. « Passer par un pays tiers, c’était la solution pour que personne ne perde la face ». En revanche, l’ancienne ministre déléguée chargée des Français de l’étranger veut insister sur le fait qu’« en diplomatie, on n’obtient pas des avancées en l’humiliant un pays ou en instrumentalisant ses relations bilatérales à des fins de politiques intérieures. En ce sens, la méthode de Bruno Retailleau n’était pas la bonne. Lorsque j’étais ministre, j’ai mis 6 mois à parvenir à un accord sur une politique de visas avec mon homologue algérien », se souvient-elle.

Rachid Temal, sénateur PS président du groupe d’amitié France-Algérie estime lui aussi « qu’il était nécessaire d’avoir un partenaire ami pour permettre cette grâce. Cette approche raisonnée de la diplomatie doit nous interpeller. Nous avons toujours un journaliste français détenu en Algérie, un pays avec lequel nous devons travailler sur des sujets économiques, énergétiques, de renseignement. Et ces relations sont aujourd’hui abimées. Quand la diplomatie est exercée au Quai d’Orsay, ça marche mieux ».

Le sénateur centriste, Stéphane Demilly avait posé une question d’actualité l’année dernière sur la détention de Boualem Sansal. « J’en avais prévu une autre car le 16 novembre aurait été le triste anniversaire de son arrestation. Mais heureusement, elle est maintenant caduque ». Le sénateur se dit très « heureux » de cette grâce et rappelle que « la France a toujours maintenue la pression » pour cette libération.

« Nous avons toujours été convaincus que le sort de Boualem Sansal devait être dissocié des aléas diplomatiques », ont réagi Pierre Cornut-Gentille et François Zimeray, qui saluent « le rôle de l’Allemagne dans ce dénouement ».

La semaine dernière, l’adoption à l’Assemblée nationale d’une proposition de résolution visant à dénoncer l’accord franco-algérien de 1968 a télescopé les prémices d’un dialogue entre les deux pays et semblait éloigner la perspective d’une grâce de Boualem Sansal.

 

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