Grenelle contre les violences conjugales : « Je m’attendais à beaucoup plus », déplore Victoire Jasmin
Le Premier ministre a présenté ce lundi les arbitrages du Grenelle contre les violences conjugales. Des mesures accueillies tièdement par la délégation aux droits des femmes du Sénat.

Grenelle contre les violences conjugales : « Je m’attendais à beaucoup plus », déplore Victoire Jasmin

Le Premier ministre a présenté ce lundi les arbitrages du Grenelle contre les violences conjugales. Des mesures accueillies tièdement par la délégation aux droits des femmes du Sénat.
Public Sénat

Par Héléna Berkaoui / Vidéo : Sandra Cerqueira

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

« On veut de l’oseille, pas un grenelle. » Avant même les annonces du gouvernement contre les violences conjugales, les revendications des associations étaient claires. Les mesures, présentées ce lundi par Édouard Philippe, ne contiennent pas de moyens supplémentaires conséquents mais une série de mesures issues du grenelle contre les violences conjugales. Au sénat, les membres de la délégation aux droits des femmes accueillent tièdement ces annonces. Des annonces qui étaient très attendues après la grande manifestation contre les violences faites aux femmes qui a réuni 150 000 personnes dans toute la France, samedi.

« Je ne suis pas tout à fait convaincue », explique la sénatrice de Guadeloupe, Victoire Jasmin, pour qui le dispositif souffre d’un manque de moyens financiers criant. « Je m’attendais à beaucoup plus, on ne retrouve pas les différents apports des associations », regrette la sénatrice qui siège à la délégation aux droits des femmes du Sénat.

Victoire Jasmin se réjouit néanmoins que la proposition de la sénatrice socialiste Laurence Rossignol, visant à remettre en cause le maintien de l’autorité parentale en cas de violences conjugales, ait été reprise. Une proposition de loi sur la suspension automatique de l’autorité parentale en cas de féminicide et la possibilité pour le juge de suspendre ou aménager l’autorité parentale dans les affaires de violences conjugales sera discutée à l’Assemblée nationale, dès janvier.

« Un premier pas » qui devra cependant se concrétiser

La présidente de la délégation aux droits des femmes, Annick Billon, salue « un premier pas » qui devra cependant se concrétiser via les budgets. Selon elle, des interrogations planent concernant la mise en application de certaines mesures comme celle visant à créer deux centres de prise en charge des auteurs de violence par région. « Attention au budget, est-ce qu’elles ont les moyens suffisants, et à la marge de manœuvre accordée aux collectivités », prévient la sénatrice centriste.

Annick Billon se réjouit cependant de certains apports comme l’introduction de la notion d’emprise dans la loi ainsi que celle de nouvelles circonstances aggravantes dans les cas de harcèlement ayant conduit au suicide. Elle salue également la disposition permettant aux médecins de déroger au secret médical pour protéger les victimes de violences conjugales.   

Mais pour la sénatrice communiste, Laurence Cohen, c'est la déception et la colère qui prédominent après ces annonces. Elle déplore le manque de moyens mobilisés par le gouvernement et l’insuffisance des dispositifs en termes de prévention. Si certaines mesures « vont dans le bon sens », Laurence Cohen s’étonne de voir que des mesures déjà existantes ont été annoncées, comme la possibilité de déroger au secret médical. Elle précise aussi que l’annonce selon laquelle le numéro d’urgence pour les femmes battues deviendra actif 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, est en réalité une obligation inscrite dans la convention d’Istanbul.

« Un grenelle à budget constant ce n’est pas un grenelle »

Sur le perron de Matignon, les critiques sont sévères. La présidente de la fondation des femmes, Anne-Cécile Mailfert, déplore elle aussi un manque de moyens : « Nous on demande au minimum 500 millions d'euros mais ce n’est pas pour le chiffre, c’est parce que derrière c’est 500 millions il y a par exemple les 2 000 places d’hébergement spécialisé (…) La porte était close dès qu’il s’agissait de mettre des moyens supplémentaires et un grenelle à budget constant ce n’est pas un grenelle. »  

Lors de son allocution aux côtés de Marlène Schiappa, le Premier ministre a redit son « refus d’un fétichisme du chiffre ». « Le gouvernement consacrera l’année prochaine plus d’1 milliard d’euros à l’ensemble des actions en matière d’égalité entre les hommes et les femmes, dans le cadre de cette somme nous dédierons 360 millions à la lutte contre les violences faites aux femmes », a déclaré le Premier ministre. De son côté, la militante féministe, Caroline de Haas, lui reproche de reconduire un budget quasiment identique à celui de 2019 en matière de lutte contre les violences faites aux femmes. « Ils ne changent pas les politiques publiques. Les chiffres des violences ne baisseront pas », s'alarme-t-elle. 

Partager cet article

Dans la même thématique

France Politics
9min

Politique

[Série 2/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : avec l’affaire Benalla, le temps du contre-pouvoir

Le Sénat et Emmanuel Macron. 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Avec l’affaire Benalla, le Sénat s’érige en contre-pouvoir du macronisme triomphant. Une forme de revanche, qui va créer des moments de fortes tensions entre l’exécutif et la majorité sénatoriale. Le Sénat va jouer à fond son rôle de contrôle, avec une conception plus anglo-saxonne des commissions d’enquête.

Le

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le

Grenelle contre les violences conjugales : « Je m’attendais à beaucoup plus », déplore Victoire Jasmin
5min

Politique

Ingérences étrangères : « Depuis les années 2010, aucun rendez-vous électoral n’a été épargné »

A l’heure de la manipulation des algorithmes et du recours croissant à l’intelligence artificielle sur les plateformes numériques, des experts alertent le Sénat sur la multiplication d’ingérences d’origine étrangères en Europe. Avec pour objectif de déstabiliser les périodes électorales, à coups de désinformation et d‘altération de la confiance envers les institutions.

Le

Macron Sénat 1 ok
9min

Politique

[Série 1/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : un début constructif, avant la montée des tensions

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après des débuts plutôt bienveillants, la relation va vite se tendre sur les collectivités, avant qu’elle ne se dégrade sur le projet de réforme constitutionnelle, qui finira enterré.

Le