Grève à la SNCF : les réactions politiques au Sénat
Au premier jour de la grève très suivie à la SNCF, le Sénat se divise. La droite soutient le gouvernement tandis qu’une partie de la gauche craint une privatisation à terme.

Grève à la SNCF : les réactions politiques au Sénat

Au premier jour de la grève très suivie à la SNCF, le Sénat se divise. La droite soutient le gouvernement tandis qu’une partie de la gauche craint une privatisation à terme.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Ce mardi marque le début de la galère pour les usagers du train. Selon la SNCF, 48% des « agents indispensables » étaient en grève, créant de nombreuses perturbations, à travers la France. Face au mouvement, le gouvernement, s’est montré ferme. « Si les grévistes doivent être respectés, les millions de Français qui veulent aller à leur travail, parce qu'ils n'ont pas le choix, parce qu'ils veulent aller travailler, doivent également être respectés » a expliqué le Premier ministre Edouard Philippe, ce mardi, à l’Assemblée nationale.

SNCF: "Je respecte les grévistes mais les millions de Français qui doivent se déplacer, ont droit au respect" affirme Edouard Philippe
02:18

Comme au Palais Bourbon, le Sénat se divise autour de ce mouvement social qui dénonce la remise en cause du statut des cheminots pour les nouveaux entrants mais aussi la mise en concurrence du rail, prévue depuis plusieurs années.

La droite soutient le gouvernement

À droite, les sénateurs ne cachent pas leur soutien à cette réforme. « Il faut que le gouvernement tienne » lance le sénateur LR Rémy Pointereau qui refuse que l’on prenne « en otage les voyageurs. » Même son de cloche chez son collègue Philippe Dominati. « Ces grèves sont excessives dans la mesure où il s’agit d’un statut ancien et particulier, payé par la totalité des Français, qui coûte, à peu près entre 3 et 4 milliards d’euros » explique le sénateur de Paris. « Il faut tenir la position ferme » insiste-t-il.

Fabienne Keller, membre d’Agir (ex-Constructifs), estime pour sa part que « beaucoup de droits seront préservés » pour les cheminots, dans le cadre de cette réforme. « Je compte sur eux pour accepter une forme d’adaptation de leur situation » souligne-t-elle.

Statut des cheminots : "beaucoup de droits seront préservés" assure Fabienne Keller
00:49

En revanche, le sénateur centriste Hervé Maurey, auteur d’une proposition de loi sur la mise en concurrence des réseaux ferroviaires, tance la « manière » de faire du gouvernement qui « manque de concertation » sur le sujet.  « J’ai un peu le sentiment que le gouvernement se moque du Sénat » souligne-t-il, critiquant le manque de dialogue de l’exécutif. Pour rappel, le gouvernement souhaitait faire passer sa réforme par ordonnances, avant de finalement reculer, concernant la mise en concurrence. Ce sujet fera donc l’objet d’un débat parlementaire.

SNCF : « J’ai un peu le sentiment que le gouvernement se moque du Sénat »
00:58

« On ne gère pas la France comme une startup »

Même une partie de la gauche semble prête à cette révision du statut des cheminots.  « Aucun statut n’est là ad vitam aeternam » prévient le président du groupe socialiste, Patrick Kanner. Avant de tempérer : « Seulement, il faut créer le dialogue pour que les choses puissent évoluer dans de bonnes conditions. Et là, manifestement, il y a un malentendu. Il y a même une grosse incompréhension entre les salariés de la SNCF et le gouvernement. On ne gère pas la France comme une startup. »

En revanche, une partie du groupe est vent debout contre la réforme. « Ce n’est pas acceptable » prévient le sénateur de Paris David Assouline. « Le déficit n’a rien à voir avec le statut. Ce n’est pas la faute des cheminots, ce sont parfois des mauvais choix budgétaires (…) On peut discuter d’une réforme de la SNCF mais ce n’est pas la voie qui est choisie. C’est une voie de passage en force, qui est assez brutale. » Pour sa collègue Marie-Noëlle Lienemann, Emmanuel Macron veut même « faire un totem, à la Margaret Thatcher. » Enfin, du côté des communistes, le sénateur Pierre Laurent, dénonce lui aussi la réforme. « Chacun a conscience que c’est un grand service public qui, s’il est désorganisé, va porter des coups à la cohésion du territoire » explique-t-il, affirmant que « le gouvernement affiche une espèce de surdité inquiétante » sur la question.

SNCF : David Assouline dénonce "le passage en force" du gouvernement
00:24

Vers la privatisation ?

Autre point de crispation : le spectre d’une privatisation de la SNCF. Le gouvernement martèle qu’elle n’aura pas lieu, même si l’entreprise devrait être transformée en société anonyme, dans le cadre de la mise en concurrence. « Un changement de statut ne signifie pas pour autant privatisation, au sens classique du terme, avec des actionnaires. Nous serons d’une très grande vigilance » tente de rassurer Patrick Kanner. Pour Marie-Noëlle Lienemann, les intentions du gouvernement sont pourtant évidentes. « C’est évident, on connaît le truc » assure-t-elle. « On n’ose pas affronter la privatisation puisque les Français n’en veulent pas. Alors, on change de société. Puis après, on dit : ‘ah l’État n’a plus assez d’argent pour investir donc on va demander du capital privé’. Et puis après, il faut le rentabiliser. Et comme par hasard, on dit : ‘finalement, ce n’est pas rentable’. Ça ne marche pas bien et on finit par privatiser vraiment. On a vu ça sur plein de secteurs. Il ne faut pas être dupe. »

Grève de la SNCF : "Emmanuel Macron veut faire un totem" dénonce Marie-Noël Lienemann
00:59

Désormais, le gouvernement table sur un essoufflement du mouvement et sur l’exaspération des usagers. En attendant, « le gouvernement tiendra bon», assure la ministre des Transports, Élisabeth Borne, sur BFMTV.

Partager cet article

Dans la même thématique

Grève à la SNCF : les réactions politiques au Sénat
3min

Politique

Crise énergétique : Sébastien Lecornu annonce l’interdiction des chaudières à gaz dans les logements neufs

Quelques jours après le cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran, Sébastien Lecornu a annoncé, ce vendredi, une série de mesures destinées à tirer les leçons » de la crise énergétique. Afin de dépendre moins des énergies fossiles, l’installation de chauffages au gaz serait interdite « dès la fin de cette année » dans les constructions neuves. Le gouvernement va aussi doubler son soutien à l’électrification des usages de 5,5 milliards à 10 milliards d’euros par an d’ici 2030.

Le

Philippe TABAROT visite du technicentre SNCF
6min

Politique

Sénatoriales : candidat dans les Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier entend faire une liste commune avec LR

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, parti chez Renaissance en 2022, a annoncé par surprise sa candidature aux sénatoriales de septembre prochain, entendant jouer un rôle au plan national, pour la présidentielle. Il veut mener une liste d’union avec la droite. Du côté de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, on confirme que les discussions sont engagées.

Le

Hungary US Vance
7min

Politique

Elections en Hongrie : « Orban est comblement bousculé dans cette campagne »

Dimanche, les élections législatives en Hongrie s’annoncent à haut risque pour Viktor Orban. Le Premier ministre nationaliste, proche du Kremlin, est distancé dans les sondages par son principal opposant, Péter Magyar. L’eurodéputé a choisi de mener une campagne de terrain sur des thèmes de politique intérieure, en mettant en exergue les dérives du régime en place depuis 16 ans.

Le

illustration: petite Mairie et son drapeau francais.
3min

Politique

Une tribune signée Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christine Taubira appelle les femmes à « prendre le pouvoir » dans les intercommunalités

Avec seulement 12 % de femmes à la tête d’une intercommunalité, ces dernières restent exclues de ces postes clefs, en dépit de la parité. Une tribune, signée par Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christiane Taubira, dénonce la situation et appelle à changer la donne.

Le