Sophie Binet à la sortie de Matignon, le 24 septembre 2025 - Crédit : Stephane Lemouton/SIPA/2509241609

Grève du 2 octobre : « Si dans le budget, il y a des reculs, on ne laissera pas passer », prévient Sophie Binet

Au matin de la troisième journée de mobilisation sociale contre les pistes budgétaires du gouvernement, la secrétaire générale de la CGT met en garde Sébastien Lecornu. Elle dénonce une copie du budget déjà transmise au Conseil d’Etat et au Conseil des Finances Publiques, et non aux organisations syndicales avec qui le Premier ministre « dit vouloir discuter ».
Aglaée Marchand

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C’est une nouvelle journée de grèves et de manifestation qui s’ouvre ce jeudi 2 octobre, à l’appel de l’intersyndicale. La troisième depuis le début du mois de septembre, après celles du 10 et du 18. La dernière en date a réuni entre 500 000 personnes, d’après le ministère de l’Intérieur, et 1 million, selon les syndicats. Ce jeudi, le gouvernement attend environ 350 000 contestataires, une mobilisation visiblement en recul donc, ce qui n’inquiète pas Sophie Binet, interrogée ce matin sur BFM : « C’est la première rentrée sociale où, en un mois de septembre, il y a trois jours de grèves et de manifestations avec des centaines de milliers de personnes dans la rue ». Un poids qui permet, selon elle, de maintenir une position de force dans les discussions avec Sébastien Lecornu.

Sébastien Lecornu « se met le doigt dans l’œil »

Alors que la France ne dispose ni d’un budget, ni d’un gouvernement, le message est clair : « Les sacrifices pour le monde du travail, ça suffit ». « Nous ne voulons pas rester de simples témoins », des arbitrages en cours, pour qu’ils ne se traduisent pas « par des accords des politiciens dans le dos des travailleurs et travailleuses », martèle la secrétaire générale de la CGT.

Mais pour aller jusqu’où ? Les organisations syndicales prendront leur décision « en fonction de la copie » et « du gouvernement ». Et « si dans le budget, il y a des reculs, on ne laissera pas passer ». Sophie Binet fulmine toujours contre sa rencontre avec le nouveau Premier ministre de la semaine dernière, qui « a fait deux heures de langue de bois », et s’il « pensait que grâce à ça, les organisations syndicales se feraient enfumer et n’appelleraient pas à une journée de grève et de manifestation », « il se met le doigt dans l’œil ». Le ton est donné.

A la veille du 18 septembre, Sébastien Lecornu avait annoncé renoncer à la suppression des deux jours fériés, portée par son prédécesseur. Cette fois-ci, l’hôte de Matignon a adressé une lettre aux syndicats et aux organisations patronales, leur partageant ses intentions d’introduire une amélioration pour la retraite des femmes. Une manière d’anesthésier la colère sociale, selon Sophie Binet, mais surtout « un recyclage de ce qui était dans les cartons depuis le mois de juin », « c’est le SAV de l’agenda patronal que le patronat veut nous imposer ».

Quelles revendications ?

Sur les retraites déjà, la question d’un effort pour les femmes, dont 40 % partent à la retraite sans carrière complète, est bien sûr un point d’attention de la CGT. Mais la priorité est sans nul doute l’abandon de la réforme de la retraite, qui a repoussé le recul de l’âge de départ à 64 ans. Une position sur lesquelles s’accordent les différentes organisations syndicales… depuis pratiquement deux ans. « On l’avait dit », affirme Sophie Binet, « le fait qu’Emmanuel Macron passe en force », en 2023, « il le paierait par une profonde crise démocratique, on est dedans ». Et de mettre en garde : « Si Emmanuel Macron persiste, ça se transformera en crise de régime », « il faut qu’il écoute le pays et qu’il respecte la démocratie ».

« Oui, il faut réduire la dette et le déficit », admet Sophie Binet, mais pas à n’importe quel prix. « Il faut aller prendre » directement aux responsables, soit « les plus riches et les grandes entreprises », selon la syndicaliste. Elle dénonce un déficit qui a augmenté « parce que les recettes ont baissé », et non du fait d’une hausse des dépenses.

Sébastien Lecornu a fait savoir qu’il s’opposait à la taxe Zucman et à un retour de l’impôt sur la fortune (ISF), de quoi mettre le feu aux poudres à gauche et chez les syndicats. Néanmoins, la secrétaire générale de la CGT ne ferme pas la porte à une autre forme de taxation, qui permettrait « de faire vraiment contribuer les patrimoines les plus riches à l’effort national », pour atteindre les 40 milliards d’économie nécessaires annoncés par l’ancien gouvernement.

En matière de protection sociale, Sophie Binet soupire : « Ça ne va pas du tout ». « Il nous explique que ce qu’il faut, c’est faire baisser les cotisations sociales qui financent notre protection sociale et notre sécurité sociale », « une reprise des grosses revendications patronales » en somme, d’après la secrétaire générale de la CGT. L’occasion pour la quarantenaire de taper sur le futur meeting du MEDEF, « totalement indécent », un rassemblement qui se tiendra le 13 octobre pour protester contre les mesures fiscales qui pourraient mettre les entreprises à contribution dans le budget de l’Etat pour 2026.

« Le clone de Bayrou »

Dans sa lettre, le Premier ministre peut sembler enclin au dialogue social, mais rien de suffisant pour rassurer les syndicats : « Pour l’instant, c’est le clone de Bayrou. Il n’a pas coupé le cordon avec Emmanuel Macron et avec le patronat ». Sophie Binet dit attendre du Premier ministre qu’il réponde « aux besoins des travailleurs et des travailleuses ». Rappelant que le budget « va surtout se jouer au Parlement », elle pointe du doigt les « quelques prérogatives » qui sont imputées au gouvernement : remettre la copie initiale et donner son avis sur les amendements, et éventuellement « les bloquer ». Va-t-il « enfin laisser le Parlement jouer son rôle démocratique ? », s’impatiente-t-elle.

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