Groupe La République en marche au Sénat : pas si simple

Groupe La République en marche au Sénat : pas si simple

Il y aura un groupe La République en marche au Sénat. La question est « quand ? » Certains sont tentés d’aller vite, dès l’après législatives. D’autres mettent en garde face au risque de former un petit groupe. Car si beaucoup de sénateurs sont derrière Macron, tous ne sont pas prêts à lâcher leur groupe d’origine…
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La République En Marche aura un groupe hégémonique à l’Assemblée nationale. C’est entendu. Au Sénat, c’est plus compliqué. « Une trentaine de parlementaires s'apprêtent à constituer un groupe En marche ! au Sénat » a écrit mercredi Franceinfo. Si la volonté est bien là, comme nous l’expliquait début mai le sénateur membre d’En Marche François Patriat, la mise en œuvre et la date restent encore incertaines.

« Il y aura obligatoirement un groupe, comme il y en aura un à l’Assemblée » confirme le sénateur Yves Rome, ex-PS et En Marche. « Ça peut aller vite, après le second tour des législatives. Toutes les hypothèses sont ouvertes » ajoute le sénateur de l’Oise. Mais un autre sénateur du mouvement présidentiel a une lecture plus mitigée : « En fait, chez les sénateurs En Marche, certains veulent un groupe tout de suite, d’autres disent qu’il faut attendre la rentrée de septembre ».

Un groupe LREM informel se réunit déjà

Une amorce de groupe se réunit déjà en réalité depuis quelques semaines. Les sénateurs En Marche sont déjà une vingtaine, voire une trentaine, à se retrouver de manière informelle. La dernière réunion avait lieu mardi, jour des réunions de groupe… Ils sont pour l’essentiel membre du groupe PS, mais pas uniquement. Certains préfèrent encore rester discrets.

Pour l’heure, les macronistes du Sénat sondent les sénateurs Macron-compatibles. « Actuellement, les sénateurs En Marche, comme François Patriat, Yves Rome, Nicole Bricq , Bariza Khiari, Jean-Jacques Filleul, interrogent les sénateurs éventuellement intéressés par un groupe En Marche. Et au vu de leurs réponses, on avancera vers la suite » explique un sénateur membre d’En Marche.

L’Elysée n’a pas encore donné son aval

On compte des sénateurs plus ou moins favorables à Macron dans tous les groupes de la Haute assemblée : essentiellement au groupe PS, mais aussi la majorité du groupe UDI-UC, du groupe RDSE, et quelques LR. Mais la pêche ne semble pour le moment pas miraculeuse. Un sénateur actif sur le sujet met en garde :

« Il ne faut pas faire un groupe croupion. Ce ne serait pas une bonne image pour le Président. Il faut 40 à 60 membres ».

« S’il n’y pas de point de départ, vous ne pouvez pas agréger » pense un autre. Tout dépendra au final d’Emmanuel Macron. Et pour le moment, l’Elysée n’a pas encore donné son aval. Mais la création immédiate ou pas d’un groupe devrait être décidée d’ici huit jours.

Au groupe RDSE, « on laisse les autres s’agiter »

Une bonne partie des 42 sénateurs du groupe UDI-UC auraient leur place dans un groupe LREM. Mais les sénateurs pro-Macron du groupe, UDI ou Modem, répondent « niet » pour l’heure. Ils ne sabordent pas leur groupe. Même chose avec le groupe RDSE (à majorité PRG), dont l’ex-président Jacques Mézard a été nommé ministre de l’Agriculture. « Lors de la réunion de groupe mardi, la position n’a pas changé. On laisse les autres s’agiter autour. Et jusqu’au premier octobre (l’élection du président du Sénat après les sénatoriales, ndlr), on n’a pas l’intention de se laisser emporter. On espère que nos sénateurs renouvelables seront réélus et que des nouveaux arriveront » explique la sénatrice PRG Françoise Laborde. « Et si des sirènes attirent certains membres du groupe, peut-être serons-nous capables d’en attirer d’autres ».

« Je ne vois pas pourquoi du jour au lendemain on quitterait notre groupe »

Au groupe LR, à l’exception de Jean-Baptiste Lemoyne, aucun autre sénateur n’a jusqu’ici succombé aux chants de la sirène Macron. En revanche, on compte un certain nombre de sénateurs sur la ligne constructive d’un Jean-Pierre Raffarin, comme Fabienne Keller. « Je suis aussi plutôt constructif » explique le sénateur LR de l’Hérault Jean-Pierre Grand. Mais pour lui, il est urgent d’attendre : « Il y a une précipitation malsaine. Il faut un peu de réflexion. Je ne vois pas pourquoi du jour au lendemain on quitterait notre groupe. Rester ensemble (au groupe LR) peut être une position de sagesse ».

D’autant que Jean-Pierre Grand met en garde contre les conséquences « dramatiques » pour les finances des communes de la suppression de la taxe d’habitations voulue par Emmanuel Macron. « Elle sera remplacée par une dotation de l’Etat quasiment figée. Ça inquiète les maires. Dans ma commune, c’est une perte de 500.000 euros ». Une question qui pourrait avoir des conséquences sur les sénatoriales de septembre pour les candidats estampillés Macron.

Le groupe PS au bord de l’implosion suite à la victoire de Macron

Pour les sénateurs En marche, le filon le plus sérieux en vue de la constitution d’un groupe est le groupe PS. La déferlante Macron touche de plein fouet les socialistes et les sénateurs n’y coupent pas. Au point qu’une scission du groupe n’est plus à exclure. Mardi 20 juin prochain, un débat aura lieu en réunion de groupe. « Ça va être très animé » prévient un socialiste.

Les 108 membres du groupe se retrouvent divisés en trois : les sénateurs qui ont déjà rejoint En Marche dès la campagne, comme Bariza Khiari ou François Patriat ; les sénateurs PS qui veulent faire partie de la majorité présidentielle tout en restant socialiste sur un corpus social-démocrate, ligne défendue par le président de groupe Didier Guillaume ; et ceux davantage dans l’opposition, à l’image de Luc Carvounas (candidat aux législatives), David Assouline, Martial Bourquin ou Marie-Noëlle Lienemann, la plus à gauche. Le rapport de force serait de trois tiers plus ou moins égaux, selon une source. Mais un autre sénateur, tendance PS/majorité présidentielle, donne plutôt un nombre de 20 sénateurs pour les deux autres groupes. Soit davantage pour un groupe PS en soutient à Macron.

« Il faut une clarification »

Chacun pourra se compter lors de la réunion de groupe du 27 juin prochain, où des décisions seront prises une semaine après le débat du 20. « De toute façon, on ne peut pas rester avec un groupe PS ambiguë. On doit se situer par rapport à la majorité gouvernementale. A l’étape où nous sommes, il faut une clarification » selon Marie-Noëlle Lienemann. « La première clarification sera avec ceux qui rejoignent un groupe En Marche. Puis la seconde, ce sera la clarification de la position du PS. Certains pensent qu’il est mort, c’est une erreur. A chaque fois qu’on a dit ça, il a rebondi » explique Martial Bourquin, sénateur PS du Doubs. Les choses ne sont pas encore figées car « beaucoup attendent de voir. La question de l’état d’urgence introduit dans le droit commun en a fait bondir certains. Et avec le macronisme, on risque d’avoir un Parlement complètement godillot » note Martial Bourquin.

Le début de la session parlementaire va forcer chacun à choisir son camp. « Il y aura le vote de confiance au gouvernement et le vote sur les ordonnances sur la loi travail. Ce seront des moments de vérité » souligne Martial Bourquin, qui pense en revanche que tous les socialistes voteront la loi de moralisation.

Un deuxième effet Macron lors des sénatoriales de septembre ?

Le deuxième effet Macron arrivera en septembre au Sénat, avec les sénatoriales où la moitié des sièges sont en jeu. Si les investitures ne sont pas encore faites du côté de chez Macron, La République En Marche pourrait bien présenter des candidats partout, comme nous l’écrivions début mai. Et les sénateurs En marche espèrent bien que la vague Macron touchera les grands électeurs. D’autres socialistes y croient moins, du fait notamment du mode de scrutin. Les grands électeurs sont composés à 96% des conseillers municipaux et de leurs délégués. Les dernières municipales de 2014, remportées par la droite, renforcent sur le papier la majorité LR-UDI de Gérard Larcher. Mais certains élus ruraux sans étiquette, ainsi que des divers gauche ou divers droite, pourraient bien être tentés par l’étiquette En Marche. De quoi gonfler les rangs du futur groupe du parti présidentiel.

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