Premier test de la domination de La République en marche dans une Assemblée nationale recomposée, la répartition des postes clés a donné lieu...
Guerre à droite pour un poste clé à l’Assemblée, sous domination des macronistes
Premier test de la domination de La République en marche dans une Assemblée nationale recomposée, la répartition des postes clés a donné lieu...
Par Anne Pascale REBOUL
Temps de lecture :
4 min
Publié le
Mis à jour le
Premier test de la domination de La République en marche dans une Assemblée nationale recomposée, la répartition des postes clés a donné lieu mercredi à une première bataille inédite entre "groupes d'opposition" et une guerre ouverte à droite.
Aux côtés de deux députés REM, Thierry Solère, du groupe "constructifs" LR-UDI, a été largement élu questeur, avec des voix REM, aux dépens d'Eric Ciotti, LR historique, par un scrutin à bulletins secrets.
Ulcéré, le patron du groupe LR Christian Jacob a dénoncé une première depuis "plus de 50 ans", "des droits de l'opposition jamais autant piétinés", et des "mensonges" d'ex-collègues.
Après une énième suspension de séance, il a annoncé que son groupe refuserait de siéger au bureau de l'Assemblée "tant que les droits de l'opposition ne seront pas rétablis".
C'était la première séance de François de Rugy au perchoir, au lendemain de son élection à une large majorité. En jeu: la nomination des 21 autres membres du bureau, plus haute instance collégiale.
L'attribution de ces postes, fonction du poids de chaque groupe, est habituellement une formalité de début de législature.
Jean-Luc Mélenchon à l'Assemblée nationale à Paris le 28 juin 2017
AFP
Il n'en a rien été mercredi, alors que sept groupes -un record sous la Ve République- ont pu être constitués (du plus gros au plus petit: REM, LR, MoDem, "constructifs" LR-UDI, "Nouvelle Gauche" (ex-PS), LFI et communistes).
Jean-Luc Mélenchon, chef de file des Insoumis, a d'abord réclamé une vice-présidence pour chacun des sept groupes, y voyant "un symbole éclatant" puisque chaque vice-président est amené à diriger les séances. Sa revendication similaire en conférence des présidents le matin a "ouvert les vannes" et "il n'a pas eu besoin de trop pousser les autres" présidents à porter leurs demandes, selon une source parlementaire.
Et quatre candidatures ont donc été déposées pour les trois postes de questeurs. Ces députés ont une fonction sensible: ils sont chargés de tenir les cordons de la bourse et de veiller à la bonne utilisation du budget de l'Assemblée.
M. de Rugy a rappelé la "pratique constante depuis 1973": deux de ces postes pour la majorité, un pour l'opposition.
- "présidence impériale" -
Coprésident du nouveau groupe "constructifs", Franck Riester a défendu la candidature de M. Solère comme un moyen d'ouvrir la questure à "tous les groupes de l'opposition, les groupes minoritaires", suscitant des grondements sur certains bancs.
"J'appelle notre Assemblée à ce que les droits de l'opposition soient respectés", avait exhorté Christian Jacob, patron du "plus grand groupe d'opposition" (100 élus). Les "constructifs", qui entendent accompagner les "bonnes" réformes d'Emmanuel Macron, sont 35.
Thierry Solère à lo'Assemblée nationale à Paris le 28 juin 2017
AFP
M. Solère a plaidé hors hémicycle que les "constructifs" étaient dans l'opposition, jugeant ses détracteurs "dans l'ancien monde".
"C'est pas une guerre des droites", a assuré Sébastien Huygue, LR "historique", dont le camp déjà fracturé est menacé d'un éclatement dans le sillage de l'échec de la droite à la présidentielle. Selon lui, certains "constructifs" n'ayant "pas réussi à rentrer au gouvernement" essaient un "coup de force à l'Assemblée avec la majorité".
Un autre élu LR a considéré que le choix par son groupe de M. Ciotti montrait que "l'ordre ancien résiste", affirmant qu'il y avait d'autres candidatures.
Et un ténor LR a jugé qu'"un questeur visé par une enquête pour fraude fiscale, c'est gênant". M. Solère (Hauts-de-Seine) est visé par une enquête préliminaire du parquet de Nanterre suite à une plainte de Bercy.
Au-delà, M. Ciotti, un sarkozyste, a dénoncé "scandale démocratique" et "hold-up institutionnel" par REM. "La présidence impériale désigne l'opposition officielle", pour Guillaume Larrivé (LR).
Le cas "risque de se reproduire" jeudi pour la présidence de la commission des Finances, réservée à l'opposition depuis 2009, redoutent des LR. Leur candidat Eric Woerth devra affronter au moins trois prétendants, notamment le "constructif" Charles de Courson (UDI).
La présence de sept groupes "bouscule nos habitudes" issues d'un système "bipartisan", a constaté Olivier Faure, chef de file des députés "Nouvelle Gauche" (ex-PS), réclamant une juste représentation dans les bureaux des commissions.
Alors qu’il devait se rendre à Aix-en-Provence pour soutenir la liste de la centriste Brigitte Devésa et de l’ex-LR, devenu Renaissance, Renaud Muselier, pour les sénatoriales, Gérard Larcher a annulé sa visite. Mais dans un courrier, il rappelle que c’est bien cette liste qui a été « investie » par « la commission nationale d’investiture » des LR, « avec le soutien de la majorité sénatoriale ». Bruno Retailleau, patron des LR, avait lui apporté son soutien à la liste concurrente de Valérie Boyer.
La flambée des prix à la pompe, la menace russe et le Moyen-Orient devraient occuper l'essentiel de l'interview d'Emmanuel Macron jeudi à 20 heures sur TF1 et France 2. L'occasion pour le chef de l'Etat de rester dans le jeu tout en se posant en « garant » de la présidentielle.
A moins de trois semaines du premier tour de la primaire, les cinq candidats ont débattu pour la première fois, ce mercredi 23 septembre, sur TF1-LCI. Ils ont également répondu aux questions un panel de sympathisants de gauche, lors de cette émission animée par David Pujadas.
Sans surprise, le président LR du Sénat officialise sa candidature à sa propre succession, dans un courrier envoyé aux sénateurs. Dans son projet intitulé « le Sénat, acteur de la vie politique française », il souligne que la Haute assemblée doit « assurer un contre-pouvoir indispensable à la démocratie ». Une dimension qui devrait être renforcée, en cas de victoire de l’extrême droite à la présidentielle.