President Donald Trump Returns to the White House, Washington, District of Columbia, United States – 01 Mar 2026
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Guerre en Iran : comment Donald Trump peut-il justifier l’intervention auprès des Américains ?

En participant aux côtés de Israel à l’opération militaire en Iran, Donald Trump pourrait déconcerter son électorat qui a voté pour la promesse de la fin des guerres américaines au Moyen-Orient, coûteuses en hommes et en deniers publics. Depuis le début des frappes samedi matin, le président américain et son administration peinent à justifier cette opération tout en n’excluant pas l’envoi de troupes au sol. Rédhibitoire pour une bonne partie de la population américaine.
Simon Barbarit

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« Il ne s’agit pas d’une guerre sans fin », a martelé, lundi, le secrétaire à la Défense des Etats-Unis, Peter Hegseth, lors du premier point presse d’un dirigeant américain depuis les premières frappes aériennes en Iran. Précisant s’adresser « aux médias de gauche », il a défini les contours de l’intervention américaine menée aux côtés d’Israel en Iran. « Il s’agit d’une mission claire qui va dévaster ses cibles » […] « Plus de règles stupides de combat, plus de bourbier visant à construire une nation, pas un exercice de construction de démocratie, pas une guerre du politiquement correct », a-t-il listé.

C’est ce cadrage du récit de l’intervention américaine que Donald Trump a tenté d’imposer tout le week-end. Le président américain qui s’est fait élire sur le slogan « America first » et en dénonçant les guerres sans fin en Irak et en Afghanistan de ses prédécesseurs a écarté tout le week-end, la perspective d’un engagement sur le long terme des Etats-Unis.

« Aussi fort qu’est (l’Iran), le pays est grand, ça prendra quatre semaines ou moins », a-t-il assuré dans une interview par téléphone au quotidien britannique Daily Mail. A Fox News, il a également estimé que l’opération avançait « rapidement ». « 48 dirigeants ont été éliminés d’un coup », s’est-il félicité.

« Donald Trump est parti dans tous les sens »

Car le Président étasunien le sait. Les opérations américaines en particulier au Moyen-Orient ont laissé un mauvais souvenir aux Américains. Selon un sondage Reuters-Ipsos, 43 % des Américains désapprouvent les frappes de leur armée en Iran, 27 % approuvent et 29 % sont indécis. Chez les Républicains, à peine la moitié, 55 %, soutient l’intervention.

A quelques mois des élections de mi-mandat qui s’annoncent périlleuses pour les Républicains, Donald Trump est sur une ligne de crête. Car l’issue de ce conflit sera déterminante dans la perception de l’opinion publique. 47 % des personnes interrogées seraient plus enclines à soutenir l’intervention si elle conduisait à la mise en place d’un régime iranien favorable aux Etats-Unis. A l’inverse, ils seraient 54 % à rejeter l’intervention si elle conduisait à la mort d’Américains.

Sur ce point, Donald Trump a, ces derniers jours, semblé tâtonner dans les justifications de l’opération, citant à la fois, la nécessité de faire tomber le régime des Mollahs, arrêter le programme de missiles balistiques iranien ou encore l’échec des négociations visant à empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire.

« Donald Trump est parti dans tous les sens. Mais ce qu’on peut surtout retenir, c’est sa volonté de marquer l’histoire comme étant celui qui a abattu le régime iranien. Un régime honni par les présidents américains successifs depuis 1979. Trump fonctionne avec des récits. Des récits souvent fondés sur sa force. Celle d’un président qui fait des choses que n’ont pas faites ses prédécesseurs. Il considère que l’intervention américaine au Venezuela était un succès. L’Iran, pour une partie de la population américaine, est le pays qui a humilié les Etats-Unis en 1979 avec la crise des otages. Maintenant, le problème c’est le risque de l’escalade. Donald Trump parle, lui-même de vengeance, après le mort des premiers militaires américain », note Jérôme Viala-Gaudefroy, docteur en civilisation américaine, chargé de cours à Sciences Po Paris, auteur de « Les mots de Trump » (Dalloz).

La semaine dernière, Donald Trump avait dû démentir certains articles de presse faisant état d’un désaccord avec le chef d’état-major américain Dan Caine qui l’aurait mis en garde contre une intervention militaire de grande ampleur en Iran. Le général Caine se serait inquiété auprès de la Maison Blanche et du ministère de la Défense du fait qu’un manque de munitions et de soutien allié n’expose le personnel militaire américain à plus de danger.

Maud Quessard, directrice du domaine « Espace transatlantique/Russie » à l’IRSEM rappelle « la caractéristique de l’ennemi historique des Etats-Unis. « Pour eux, la vengeance est un plat qui se mange froid. Les missiles balistiques ne vont pas toucher les Etats-Unis. Néanmoins l’Iran a une capacité militaire importante. Ils sont très bons dans la guerre hybride, les cyberattaques et guerres informationnelles. Ils ont aussi des proxys en Amérique Latine. Le passé nous a montré qu’ils sont capables de viser des lieux où sont présents des Américains ».

« De manière générale, la population aux Etats-Unis se désintéresse des questions internationales tant qu’il n’y a pas de risques de pertes humaines. C’est pourquoi je doute que les Etats-Unis se décident à envoyer des troupes aux sols », souligne Ludivine Gilli Directrice de l’observatoire Amérique du Nord à la Fondation Jean Jaurès. Dans une interview au New-York Post, Donald Trump s’est pourtant refusé d’exclure l’envoi de troupes au sol en Iran.

« Soutien conditionnel » du monde MAGA

Une annonce difficile à interpréter à ce stade. « Même pour envoyer des frappes aériennes, des troupes au sol sont nécessaires. Vous avez besoin de l’intelligence humaine pour le repérage des cibles. Ce sont souvent les forces spéciales qui s’en chargent. Est-ce qu’on peut les comptabiliser comme des troupes aux sols ? Les pertes humaines chez les forces spéciales n’auraient pas le même impact dans l’opinion que la perte des Boys, des Marines. Envoyer des troupes au sol, ce qu’on appelle ‘’boots on the ground’’, serait très coûteux et contradictoire avec les projections de ces dernières années. Ce serait même délirant », estime Maud Quessard, directrice du domaine « Espace transatlantique/Russie » à l’IRSEM

Quant à la base électorale de Donald Trump, elle pourrait être perturbée par cette intervention. « Sur le principe, le monde MAGA (Make America Great Again) est opposé à toute forme d’interventionnisme. Les néoconservateurs, comme Dick Cheney ou Donald Rumsfeld, les secrétaires à la Défense sous Bush père et fils, menaient des guerres pour des raisons idéologiques. L’administration Trump n’a, elle, pas d’idéologie unique et cohérente, car vous avez différentes chapelles dans le monde MAGA. Et la base Maga a tendance à soutenir d’abord Trump, mais c’est un soutien conditionnel, qui est valable tant qu’il n’y a pas de pertes humaines. », explique Ludivine Gilli.

« L’enjeu civilisationnel va s’arrêter aux cordons de la bourse »

Maud Quessard abonde. « Dans la base MAGA, vous avez les nationalistes qui ne sont pas favorables par principe aux interventions extérieures, comme J.D Vance. Le vice-président n’était d’ailleurs pas favorable à une intervention en Iran. Vous avez aussi les complotistes, comme Marjorie Taylor Greene, (une élue de Géorgie qui a dénoncé la « trahison » de Donald Trump sur son engagement anti-interventionnisme NDLR) qui sont cohérents en restant fidèles au slogan America First. Et enfin, il y a toute la droite conservatrice religieuse qui a une vision non pas idéologique, mais civilisationnelle, des interventions américaines à l’extérieur. Elle très présente à Washington. Un bureau de la foi a été installé à côté de la Maison Blanche. Cette droite religieuse incarnée par Jared Kushner, le gendre du Président, était déjà là lors de son premier mandat. Ils ont poussé en faveur des Accords d’Abraham. Elle tient la ligne du soutien inconditionnel à Israel. Maintenant, l’enjeu civilisationnel va s’arrêter aux cordons de la bourse ».

« L’ordre des buts de guerre n’est pas clair »

En effet, en matière de politique internationale, Donald Trump a montré qu’il préférait les coups d’éclats aux opérations longues. Dans la Stratégie de sécurité nationale (National Security Strategy, NSS) publiée en décembre, une seule phrase concernait l’Iran. Ajoutant le « corollaire Trump » à la doctrine Monroe, la Maison Blanche affirmait la priorité des Etats-Unis à accéder aux ressources et aux emplacements stratégiques en Amérique Latine et veiller à ce que les gouvernements de la région soient « suffisamment stables et bien gouvernés pour prévenir et décourager les migrations massives vers les Etats-Unis ».

La nouvelle stratégie nationale établie par le Pentagone un mois plus tard indiquait que les forces américaines devaient se concentrer sur la « défense de leur territoire et de la région indo-pacifique ».

« L’ordre des buts de guerre n’est pas clair. En janvier, l’Iran n’était pas présenté comme une menace principale. Les Américains ont compris les raisons de la capture de Maduro faite au nom de la lutte contre narcotrafic car ils vivent le fléau de la drogue tous les jours. Mais pour justifier une nouvelle guerre au Moyen-Orient avec ses coûts considérables, alors que le système de santé public est au plus mal, il va falloir la jouer fine », note Maud Quessard.

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