Guerre en Iran : « La France est en guerre depuis ce matin », estime le général Vincent Desportes

Dans un contexte de contagion de la guerre à l’ensemble du Moyen-Orient après l’intervention israélo-américaine en Iran, la France a annoncé mener « des actions défensives proportionnées. » Une position qui implique de « prendre part » à cette guerre, explique le général Vincent Desportes, qui a aussi rappelé que les intérêts politiques et économiques poursuivis par Donald Trump dans cette intervention.
Louis Mollier-Sabet

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Alors que le conflit s’intensifie et que la guerre se propage au Moyen-Orient, Emmanuel Macron a affirmé lors d’un Conseil de défense de ce dimanche 1er mars que la France allait « réhausser sa posture » et « l’adapter à l’évolution des dernières heures. » Plus tard dans la soirée, un communiqué conjoint de la France, du Royaume-Uni et de l’Allemagne a précisé que les trois pays se tenaient prêts à des « actions défensives proportionnées » dans l’optique de « détruire à la source la capacité de l’Iran à tirer des missiles et des drones. »

À la lumière de ces annonces, le général Vincent Desportes estime que « la France est en guerre depuis ce matin. » D’après lui, ces mots du Président de la République supposent que « la France mène des actions défensives » et que « des Rafale vont décoller et tirer des missiles pour réduire les armes qui tirent depuis l’Iran. » « Nous sommes partie prenante de cette guerre, cela dépasse la guerre régionale. On est dans une guerre tellurique de recomposition du Moyen-Orient et du monde », avertit l’ancien directeur de l’Ecole de guerre.

« Dans cette histoire, tout le monde se fout du peuple iranien »

Deux jours après le début de l’intervention israélo-américaine en Iran, la question des buts de guerre reste entière. « Au fond, nous sommes face à deux guerres. Elles ont été préparées et planifiées ensemble, mais elles sont distinctes, car les buts de guerre ne sont pas les mêmes. 95 % des Israéliens souhaitent que Netanyahou aille jusqu’au bout, alors qu’aux Etats-Unis, la plupart des Américains sont opposés à cette intervention, même dans la base du président Trump », analyse Vincent Desportes, qui rappelle que, que ce soit en Irak, au Vietnam ou en Afghanistan, « toutes les guerres américaines s’arrêtent par le peuple américain. »

Ainsi, le général souligne que les motivations de Donald Trump n’ont pas grand-chose à voir avec la nature du régime iranien : « L’histoire du monde montre que ce n’est pas possible de provoquer un changement de régime par des bombardements. Peut-être que le pouvoir s’effondrera, mais en Irak, la guerre n’est toujours pas finie 23 ans plus tard. Dans cette histoire tout le monde se fiche du peuple iranien, que ce soient les Américains ou les Israéliens. » D’après lui, Donald Trump a pensé d’une part « à l’argent », puisque « cette guerre l’enrichit encore » – notamment avec la flambée des prix du pétrole – et d’autre part à engranger un succès rapide à présenter à son opinion publique – sur le modèle de l’intervention américaine au Venezuela en janvier dernier. « Il a dû penser qu’un succès rapide allait redorer son blason après l’inflation et l’affaire Epstein, mais l’opinion américaine ne le suivra pas très longtemps. Or, les campagnes de bombardement, ça peut durer longtemps. Si Trump arrive à nous refaire une Maduro, il va le faire et il essayera de s’arranger avec les gens qui veulent garder leur pouvoir et leur argent », développe Vincent Desportes.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

EU Summit, Europa-Gebäude, Br%FCssel, Belgium – 15 Oct 2026
7min

Politique

Union européenne : comment est abondé le budget et que finance-t-il ?

Les dirigeants européens ont entamé jeudi à Bruxelles les négociations autour du prochain budget de l’UE sur la période 2028-2034. La Commission aimerait trouver un accord d’ici la fin de l’année, avant la tenue des élections dans plusieurs États membres, dont la France. La favorite des sondages, Marine Le Pen, plaide pour une baisse de la contribution française au budget de l’Union. Comment fonctionne le budget de l’Union européenne ? Explications.

Le

Guerre en Iran : « La France est en guerre depuis ce matin », estime le général Vincent Desportes
5min

Politique

Désindexation des retraites au-delà de 1260 euros : « Il faut que tout le monde contribue », insiste le ministre Jean-Pierre Farandou

Comme ses collègues de Bercy, le ministre du Travail et des Solidarités a défendu la proposition initiale du budget de la Sécurité sociale de n’indexer sur l’inflation que les petites pensions allant jusqu’à 1260 euros. Il s’agit d’une dérogation à la règle habituelle. Il suggère à l’avenir d’aborder cette question de l’évolution annuelle des retraites, sur le modèle des complémentaires de l’Agirc-Arrco.

Le

Illustrations – SUPERMARCHE – CARREFOUR EXPRESS
7min

Politique

Des produits sains vendus sans marge en grande surface : Que contient la proposition de loi de la sénatrice écologiste Antoinette Guhl ?

Face à la hausse du carburant et de l’inflation, les Français font des économies. Mais « la seule variable d’ajustement est aujourd’hui l’alimentation », alerte la directrice de Famille Rurale, Nadia Ziane. Pour lutter contre la précarité alimentaire, la sénatrice écologiste Antoinette Guhl propose une loi visant à garantir l’accès de denrées alimentaires saines à prix coutant, soit sans marge des distributeurs.

Le

Paris : French far-right Rassemblement National (RN) parliamentary session
3min

Politique

Sondage : Marine Le Pen creuse l'écart et s'installe en grande favorite à quelques mois de la présidentielle

Selon le dernier baromètre Odoxa-Backbone et Public Sénat, la candidate du Rassemblement national recueille 37 % des intentions de vote au premier tour, soit près de deux fois plus que ses deux poursuivants, Jean-Luc Mélenchon et Édouard Philippe. Au second tour, elle l’emporterait largement face au leader insoumis (68 %) et plus modestement face à Édouard Philippe (53 %).

Le