Guerre en Iran : l’Europe victime collatérale ?

Avec la guerre en Iran, l’Europe encaisse le choc d’un conflit qu’elle n’a pas voulu mais qu’elle subit. Si les 27 sont globalement prudents dans leur réaction aux frappes américano-israéliennes, ils montrent des hésitations dans leur réponse. Une chose est sûre : les prix du pétrole et du gaz flambent et les Européens cherchent le moyen de limiter les dégâts de ce choc énergétique. Alors, comment l’Union européenne peut-elle relever le défi de cette nouvelle crise ? On en débat dans Ici l’Europe avec les eurodéputés Javier Moreno Sanchez (Espagne, S&D) et Isabel Wiseler-Lima (Luxembourg, PPE).
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

De tous les risques d’un choc géopolitique, le premier, pour les Européens, est toujours le même : la division. Le conflit en Iran ne déroge pas à la règle. Entre l’Espagne, dirigée par le socialiste Pedro Sanchez qui s’est opposé frontalement à la guerre, et l’Allemagne, où le chancelier conservateur Friedrich Merz a déclaré que l’Iran abritait « le centre du terrorisme international« , lequel devait être « fermé » — semblant donner quitus aux Américains et aux Israéliens pour leur intervention — les 27 ont affiché des divergences manifestes.

« L’Europe va payer les pots cassés »

L’eurodéputé socialiste espagnol Javier Moreno Sanchez soutient fièrement la position madrilène : « No a la guerra ! Non à la guerre !« . « Il faut respecter le droit international » estime-t-il, jugeant l’intervention américano-israélienne « sans aucune légalité« . Une position largement soutenue par les Espagnols selon lui.

« L’Iran dit qu’il veut détruire Israël« , tempère la luxembourgeoise Isabel Wisler-Lima, qui siège avec le Parti populaire européen à la droite de l’hémicycle. Elle estime à ce titre que la question de la légitimité peut être posée, évoquant une « peur » et une « menace existentielle » pour l’État hébreux. D’autant que « l’Iran ne respecte pas le droit international » que l’Union européenne demande à voir respecter, ajoute-t-elle.

Le constat converge en revanche sur les conséquences de ce conflit : « L’Europe va devoir payer les pots cassés d’une guerre dont on ne veut pas« , regrette Javier Moreno Sanchez. « Nous allons payer le prix : car les Américains savent faire la guerre mais ne savent pas faire la paix« .

« Les Européens n’ont l’oreille ni de l’Iran ni des États-Unis, ni d’Israël« , reconnaît Isabel Wisler-Lima, jugeant peu probable que les 27 parviennent à faire entendre la voix de la raison et de la cessation des hostilités.

Choc énergétique

Des multiples effets du conflit, le premier s’est déjà fait sentir : la flambée des prix du pétrole et du gaz, conséquence notamment de la fermeture du Détroit d’Ormuz, inquiète les Européens. « Si cette situation perdure (…) elle pourrait entraîner un choc stagflationniste important sur l’économie mondiale et européenne« , a prévenu cette semaine le commissaire chargé de l’économie Valdis Dombrovskis.

« Il faut voir comment la guerre va continuer : quelle sera la durée« , analyse Isabel Wisler-Lima. L’eurodéputée pointe ainsi de « gros risques pour les particuliers et les entreprises » si le conflit devait s’installer. « Si [la guerre] ne dure pas trop longtemps, nous allons réussir avec nos réserves stratégiques à passer ce cap« , estime-t-elle. « Mais sinon, cela va être très compliqué !« . Et de pointer aussi des risques de « déstabilisation de nos démocraties« , conséquence de la « déstabilisation économique« , la hausse des prix ayant tendance à favoriser les partis populistes, redoute-t-elle.

Vague migratoire ?

Autre défi que pourraient avoir à relever les Européens : celui d’une possible vague migratoire. Le chancelier allemand, Friedrich Merz, s’en est déjà ému : « Il faut empêcher les mouvements migratoires incontrôlés en provenance d’Iran » a-t-il déclaré, disant craindre le risque d’un « effondrement de l’État iranien ». « Nous ne voulons pas voir se reproduire ici le scénario syrien » a ainsi prévenu le chancelier allemand [en 2015-2016, quand plus d’un million de Syriens sont arrivés en Allemagne, la chancelière conservatrice Angela Merkel ayant opté pour une politique d’accueil ; NDLR].

« Oui il y a un risque d’afflux de réfugiés qui vont demander l’asile dans nos pays » juge Javier Moreno Sanchez. L’eurodéputé socialiste plaide pour leur accueil : « S’ils viennent, il faudra les protéger« . Et de noter que pour la guerre en Ukraine, l’Union européenne avait activé la directive de protection temporaire « Est-ce qu’on va leur accorder cette directive ? » S’interroge-t-il, regrettant que l’UE ne l’ait pas fait au moment des conflits en Syrie et en Afghanistan.

Vigilance

Enfin, les eurodéputés s’inquiètent d’un risque terroriste. À travers l’Europe, les autorités ont relevé le niveau d’alerte. Des mesures de représailles, notamment par des cellules dormantes iraniennes, ne peuvent être exclues, s’inquiètent ainsi les services de renseignement allemands.

« Ce risque est constant et nos services de sécurité en sont conscients« , estime Isabel Wisler-Lima, qui reconnaît que l’Iran « est un centre de terrorisme » et qu’il y a, à ce titre, un « danger« . « Cette guerre n’aide pas » constate aussi Javier Moreno Sanchez, qui rappelle le précédent de l’Irak et des attentats de Madrid en 2004. « Nous devons être vigilants ; il faut réactiver tous les plans antiterroristes« , conclut-il.

L’émission est à retrouver en intégralité ici

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Lyhanna Case – Funerals and Last Tribute.
4min

Politique

Affaire Lyhanna : « Pertes de temps, défaillances et absence de suivi de procédure », pointe le  pré-rapport d’inspection

Trois semaines après la découverte du corps de la jeune Lyhanna, l'inspection générale de la gendarmerie nationale et de la justice a présenté un premier rapport destiné à faire la lumière sur les dysfonctionnements et les erreurs individuelles qui ont conduit à cette affaire qui a ému la France entière. Devant la presse, les deux inspecteurs généraux de la justice et de la gendarmerie, ont confirmé que la plainte pour viols sur mineure de moins de 15 ans déposée en août 2025 contre Jérôme Barella n'avait « pas été traitée comme une procédure prioritaire », par les services d'enquête et le parquet du Gers.

Le

Guerre en Iran : l’Europe victime collatérale ?
4min

Politique

« Dans le monde politique et de l’entreprise, le pouvoir dénature les gens », observe Elisabeth Moreno

Si devenir ministre lui a permis de faire avancer la cause des femmes, elle a aussi, pendant deux ans, découvert l’envers du monde politique. Entre « carriérisme », environnement masculin et manque de soutien pour faire avancer le féminisme, Elisabeth Moreno revient sur ses combats, son expérience gouvernementale et les travers du pouvoir au micro de Rebecca Fitoussi, dans l’émission Un monde, un regard.

Le

Présidentielle : « J’irai jusqu’au bout » de l’élection pour « remettre la France à l’endroit », clame Bruno Retailleau à son premier grand meeting
11min

Politique

Présidentielle : « J’irai jusqu’au bout » de l’élection pour « remettre la France à l’endroit », clame Bruno Retailleau à son premier grand meeting

Depuis le parc Floral, en bordure de Paris, l’ancien ministre de l’Intérieur a tenu le premier grand rassemblement de sa campagne présidentielle ce 20 juin. Devant plusieurs milliers de personnes, le candidat a fait le serment de « relever » le pays « et de le remettre à l’endroit », concentrant ses coups contre la France insoumise et les macronistes.

Le

Guerre en Iran : l’Europe victime collatérale ?
4min

Politique

Sida : 45 ans après la découverte du virus retour sur l’Histoire d’une pandémie aux 44 millions de morts 

Aujourd’hui c’est une maladie « presque » comme les autres, et pourtant les années Sida ont, au début des années 1980, été une déflagration sanitaire et sociétale. Maladie sexuelle transmissible, sans traitement connu, elle touche d’abord les milieux homosexuels avant de se propager à toute la société et devient vite un sujet de santé publique mondial préoccupant. C’est cette histoire du SIDA, de ses origines à la découverte des antirétroviraux, que nous raconte Marion Aballéa dans son Histoire mondiale du SIDA (éditions du CNRS), un travail de recherche récompensé par le prix du Sénat du livre d’histoire 2026.

Le