« Une civilisation entière va mourir ce soir », a déclaré Donald Trump ce mardi alors que l’ultimatum qu’il a fixé expire ce mardi à 20 heures, heure de Washington. Cependant, les Etats-Unis et Israël n’ont pas attendu l’expiration de l’ultimatum pour lancer des frappes contre plusieurs infrastructures iraniennes de transport. Dans ce contexte, le risque d’une escalade du conflit opposant l’Iran aux Etats-Unis et à Israël apparaît inévitable. Explications avec David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut Français d’Analyse Stratégique (IFAS) et rédacteur en chef de la revue Orients stratégiques. Entretien.
A quelques heures de l’expiration de l’ultimatum de Donald Trump, l’hypothèse d’un cessez-le-feu est-elle encore crédible ?
Les frappes ont en réalité déjà commencé. L’opération a d’une certaine manière été anticipée de quelques heures car vraisemblablement Donald Trump a acté le refus iranien concernant la proposition du plan de médiation du Pakistan. Plusieurs bombardements de ponts et d’infrastructures énergétiques ont déjà eu lieu. Il semblerait qu’aient été également bombardées les infrastructures militaires sur l’île de Kharg par où transite l’essentiel du pétrole iranien. Dans l’absolu, une prise de contrôle américaine sur l’île de Kharg est envisageable et serait sans doute un moyen de pression efficace. En revanche, la conservation de l’île serait probablement plus difficile, compte tenu du risque de pertes militaires. Donc, aujourd’hui, on est dans une logique escalatoire et la question d’un cessez-le-feu n’est plus sur la table.
A quoi pourrait ressembler la riposte iranienne ?
L’Iran a déjà annoncé son intention de « priver l’Occident de gaz et de pétrole pendant des années » donc on peut s’attendre que de leur côté ils frappent systématiquement les infrastructures énergétiques et critiques du Golfe. Par conséquent, on peut s’attendre à ce qu’ils frappent systématiquement toutes les infrastructures du Golfe. Il y a donc un risque d’une escalade potentiellement incontrôlable, notamment si des usines de désalinisation des pays du Golfe sont touchées. Pour ces derniers, c’est une ligne rouge absolue qui, parmi d’autres éléments, pourrait pousser les pétromonarchies à entrer dans le conflit et montrer qu’elles ne sont plus attentistes et que la neutralité n’est plus de rigueur.
L’Iran a-t-elle les moyens de résister à des frappes d’ampleur contre ses infrastructures ?
On devrait entrer dans une phase de guerre d’attrition lourde susceptible de frapper l’Iran pendant une à deux semaines, période à l’issue de laquelle se poserait la question des modalités de sécurisation du détroit d’Ormuz. Il demeure que le régime n’est pas prêt à céder. Ce régime joue sa survie et toute idée de capitulation sans conditions est hors de propos.
Il faut donc s’attendre à une amplification de la crise énergétique ?
Le choc énergétique et ses conséquences économiques à l’échelle mondiale sont encore difficilement mesurables dans toute leur ampleur. Une grande partie de la dissuasion iranienne repose sur l’obstruction du détroit d’Ormuz qui pourrait s’étendre au détroit de Bab el Mandeb en mer Rouge avec la pression des Houthis, mais les dirigeants iraniens ont surtout annoncé que si les Etats-Unis « franchissent les lignes rouges », la riposte iranienne ne se limitera plus seulement à la région du Golfe. La base américaine de Diego Garcia dans l’océan Indien pourrait de nouveau être visée. Mais le conflit pourrait déborder géographiquement bien au-delà.
A l’inverse, peut-on encore imaginer les Etats-Unis faire machine arrière et tenter de mettre un terme au conflit ?
Les dernières évolutions indiquent plutôt le contraire. Donald Trump est allé trop loin et ne peut plus faire marche arrière compte tenu de l’ampleur des moyens mobilisés. Il faut moins s’attacher aux déclarations outrancières du président américain qu’à l’augmentation effective du dispositif militaire sur le terrain. déploiement des troupes sur le terrain. Or il renforce les moyens avec le déploiement d’un troisième porte-avions dans la zone. Par-delà le caractère souvent erratique de la communication du président américain et du flou apparent de sa stratégie, le principal objectif de guerre peut néanmoins être identifié. En l’occurrence, avec l’enjeu sur le nucléaire et la neutralisation des 440 kg d’uranium enrichi à 60 %. On sous-estime probablement cette variable qui demeure centrale.