Guerre en Ukraine : « La proposition de dialogue montre que tout ne se passe pas comme prévu pour Vladimir Poutine »
Ce jeudi, Vladimir Poutine a ordonné un cessez-le-feu les 6 et 7 janvier pour le Noël orthodoxe, et proposé un dialogue avec l’Ukraine à certaines conditions. Quelques heures plus tôt, la France a annoncé la livraison de chars de combat légers, ce qui marque un « nouveau cap » dans le soutien français à Kiev selon le sénateur Christian Cambon, président LR de la commission des affaires étrangères de la défense et des forces armées. Entretien.

Guerre en Ukraine : « La proposition de dialogue montre que tout ne se passe pas comme prévu pour Vladimir Poutine »

Ce jeudi, Vladimir Poutine a ordonné un cessez-le-feu les 6 et 7 janvier pour le Noël orthodoxe, et proposé un dialogue avec l’Ukraine à certaines conditions. Quelques heures plus tôt, la France a annoncé la livraison de chars de combat légers, ce qui marque un « nouveau cap » dans le soutien français à Kiev selon le sénateur Christian Cambon, président LR de la commission des affaires étrangères de la défense et des forces armées. Entretien.
Public Sénat

Par Steve Jourdin

Temps de lecture :

5 min

Publié le

La Russie a affirmé ce jeudi être ouverte à un dialogue avec l’Ukraine à condition que celle-ci accepte les « nouvelles réalités territoriales ». Est-ce un pas dans la bonne direction de la part de Vladimir Poutine ?

Il s’agit d’une formule habile, mais qui ne peut pas être acceptée du côté ukrainien. Il faut certes accueillir favorablement tout ce qui mène sur le chemin des négociations, mais il est impossible de le faire sur les bases fixées par Vladimir Poutine car le conflit actuel vise précisément coté ukrainien à reconquérir ce qui lui a été volé.

Imaginez que l’Espagne et l’Italie décident d’incorporer les régions Auvergne-Rhône-Alpes ou Aquitaine, avant de nous proposer de négocier ? Accepter ces termes, cela reviendrait à créer un précédent dangereux. La Chine se sentirait ensuite en position de force pour envahir Taïwan. La proposition russe montre en fait que tout ne se passe pas comme prévu pour Vladimir Poutine.

Ce mercredi, pour la première fois, la France a annoncé qu’elle allait livrer à l’Ukraine des chars de combat de facture occidentale. Est-ce que vous saluez cette décision ?

C’est une décision qui s’inscrit dans le droit fil de l’engagement que nous avons pris pour aider l’Ukraine face à l’agression russe. La France tient sa place, au même titre que d’autres pays occidentaux.

Il s’agit là d’un nouveau cap, que la Russie nous a fait passer en s’attaquant ces dernières semaines à des objectifs civils, notamment des cibles énergétiques. Nous intensifions donc notre réponse et l’adaptons à l’agression russe.

Emmanuel Macron a parfois été critiqué pour la tiédeur du soutien français à l’Ukraine. Est-ce que cette annonce est un moyen de faire taire les critiques ?

Je suis sceptique vis-à-vis des critiques et des déclarations émises par certains pays européens à notre encontre, car elles ne correspondent pas toujours aux faits. La France a raison d’être discrète sur ces sujets. Nous remplissons parfaitement notre rôle de soutien à Kiev, et pour des raisons de sécurité la France ne doit pas donner tous les détails de ce qu’elle fait pour l’Ukraine. Il existe des appuis plus discrets dont on ne fait pas la publicité.

En décembre, un classement du Kiel Institute for the World economy, un think-tank allemand, plaçait la France en 10e position pour son soutien militaire à Kiev. En fait-on suffisamment pour l’Ukraine ?

Il faut prendre en compte toute l’aide que la France apporte aux voisins de l’Ukraine. Nous sommes par exemple mobilisés en Roumanie dans le cadre de la mission Lynx, nous effectuons des opérations de surveillance de l’espace aérien en Pologne et dans les pays baltes avec l’envoi d’avions Rafale.

Certains pays font des annonces tonitruantes, mais les faits sur le terrain ne corroborent pas ces annonces. De notre côté, nous remplissons notre rôle, et il ne faut pas perdre de vue que nous sommes encore mobilisés au Sahel. Il nous faut tenir nos engagements, sans se départir de nos moyens militaires, de nos armes et de nos munitions.

Précisément, avons-nous vraiment les moyens de nos ambitions ? Le général Bruno Clermont, auditionné au Sénat début décembre, estime que nous manquons d’équipements militaires…

Délivrer des chars de combat AMX-10 ne nous met pas en danger, car nous avons en notre possession des chars Leclerc qui sont à la pointe de ce qui se fait en matière d’artillerie. Nous faisons un choix politique : défendre l’Ukraine. Et ce choix exige de mettre les moyens, en acceptant de faire des efforts pour venir en soutien à nos alliés. Il faut comprendre qu’aider l’Ukraine participe très largement à la défense de l’Europe et de la France.

La loi de programmation militaire (LPM) pour la période 2024-2030 sera examinée dans les mois qui viennent, quelles sont les exigences du Sénat en la matière ?

Le texte sera examiné au Parlement au mois de juin, et nous en discuterons avant cela en commission. Pour l’heure, les arbitrages au niveau de l’exécutif n’ont pas été rendus, donc nous attendons de connaître la teneur des choix du gouvernement avant d’émettre un avis. Ce qui est certain c’est qu’il convient de renforcer nos moyens afin de répondre à nos ambitions. Cette loi doit porter un souffle et un projet, tout en tenant compte du contexte budgétaire compliqué. Le Sénat a d’ores et déjà mis en place des groupes de travail afin d’éclairer nos positions et, éventuellement, d’amender la loi qui sera présentée.

Il ne s’agit pas de demander des moyens pour le plaisir d’en demander, mais de faire en sorte que ces demandes correspondent aux risques de conflictualité pour les années à venir. On voit notamment que l’irruption de l’espace dans la problématique militaire est à prendre en considération. L’utilisation de drones mérite également d’être mieux soutenue, ainsi que le renseignement qui est devenu une partie importante de la prise de décision.

Partager cet article

Dans la même thématique

Guerre en Ukraine : « La proposition de dialogue montre que tout ne se passe pas comme prévu pour Vladimir Poutine »
5min

Politique

Elections provinciales en Nouvelle-Calédonie : Naïma Moutchou propose l’entrée de 1 500 à 1800 personnes dans le corps électoral en tant que conjoints de natifs 

Alors que se tiendra le 28 juin, les élections provinciales en Nouvelle-Calédonie, le gouvernement s’appuie sur une proposition de loi du Sénat pour parvenir à un consensus sur l’élargissement du corps électoral aux natifs de l’Archipel. Mais l’exécutif compte aller plus loin en y intégrant également leurs conjoints. Auditionnée mercredi par la commission des lois du Sénat, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou s’est vu opposer une fin de recevoir par les élus. 

Le

Paris: Examens projets de loi Senat
8min

Politique

Gérald Darmanin recule sur le plaider-coupable : « Un mauvais service rendu aux victimes », dénonce la rapporteure du texte au Sénat

Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin a, largement, revu à la baisse la portée du dispositif de plaider-coupable, la réforme phare et controversée de son projet de loi sur la justice criminelle, adopté au Sénat le mois dernier. Face à la pression des avocats, le ministre propose désormais d’exclure du dispositif tous les crimes sexuels et l’ensemble des crimes passibles de la cour d’assises. « Certains se servent des victimes contre l’intérêt », dénonce Dominique Vérien, présidente de la délégation aux droits des femmes du Sénat et co-rapporteure du texte.

Le

Hearing of French billionaire and majority shareholder of the Canal+ media group Vincent Bollore at National Assembly
7min

Politique

L’offensive de Vincent Bolloré sur le septième art

À la veille de l’ouverture du Festival de Cannes, une tribune signée par près de 600 professionnels du cinéma dénonce l’extension de l’influence de Vincent Bolloré dans le septième art. L’entrée de Canal+ au capital d’UGC ravive les craintes autour de la concentration des médias et d’une possible emprise idéologique sur la création culturelle française.

Le