Une montagne de conteneurs d'un côté, des rayons vides de l'autre: le blocage du port de Cayenne pourrait plonger dans la pénurie la Guyane,...
Guyane: pénurie en vue, le conflit social se durcit
Une montagne de conteneurs d'un côté, des rayons vides de l'autre: le blocage du port de Cayenne pourrait plonger dans la pénurie la Guyane,...
Par Joris FIORITI, Daniel SAINT-JEAN
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Une montagne de conteneurs d'un côté, des rayons vides de l'autre: le blocage du port de Cayenne pourrait plonger dans la pénurie la Guyane, territoire français en Amérique du sud secoué depuis 15 jours par un mouvement social inédit par son ampleur.
Dimanche, le collectif regroupant les différents groupes protestataires guyanais a rejeté un plan d'urgence d'un milliard d'euros du gouvernement. Il exige 2,5 milliards d'euros de l'État dans tous les secteurs - sécurité, éducation, santé... - pour compenser l'absence depuis des décennies d'investissements publics dans ce département d'outre-mer.
A 20 jours du premier tour de l'élection présidentielle française, le 23 avril, le Premier ministre, Bernard Cazeneuve, devait réunir lundi une dizaine de ministres dont deux reviennent de Guyane, Ericka Bareigts (Outre-mer) et Mathias Fekl (Intérieur).
Depuis le 21 mars, date du début du conflit, le Grand port de Guyane, posé sur les eaux maronnâtres du fleuve Mahury, est silencieux. La centaine de dockers qui s’y affaire quotidiennement est absente, les grues immobiles, le trafic nul. "C'est le désert", souffle Philippe Lemoine, son directeur.
La ministre des Outre-mer Ericka Bareigts (c) s'entretient avec des représentants du mouvement social en Guyane, à Cayenne, le 2 avril 2017
AFP
Quelque 350 conteneurs, déchargés avant le blocage et méticuleusement empilés, attendent d'être sortis du port, selon M. Lemoine. Une cinquantaine contiennent des produits frais, peut-être déjà périmés.
Alors que le port constitue "le lieux de passage pour 90 à 95% des importations et exportations" de la Guyane, son inactivité forcée a conduit 800 à 1.000 conteneurs à être débarqués dans des ports au Surinam et à Trinidad-et-Tobago, explique le directeur.
Les conséquences sont lourdes. Dans les magasins, les produits frais ont presque disparu. "Quand je vais au supermarché, je ne trouve plus tout ce que je veux", observe Stéphane Lambert, qui dirige le syndicat patronal Medef à Cayenne, la ville principale.
- 'Apaiser les tensions' -
Aucune pénurie d'essence n'est toutefois à craindre, le terminal pétrolier se trouvant dans une autre zone, précise M. Lambert, qui chiffre le coût de blocage à "plusieurs millions d'euros".
Guyane, un territoire en crise
AFP
La neutralisation du port de Cayenne avait au départ été lancée par l'Union guyanaise des transporteurs routiers (UGTR). Entretemps, l'Union des travailleurs guyanais (UTG) a appelé à une "grève générale illimitée" le 25 mars. Les dockers font partie de ce mouvement, ils ne déchargeront donc pas les marchandises lundi, selon des représentants syndicaux.
Dimanche, le collectif "Pou La Gwiyann dékolé" (pour que la Guyane décolle) a même décidé de "renforcer" les barrages érigés partout en Guyane pour faire pression sur le gouvernement.
Un barrage sur la route de l'aéroport, le 29 mars 2017 en Guyane
AFP
Barrages sur les routes, port bloqué et aucun moyen de substitution en vue: du fait du mouvement social, qui touche également l'aéroport de Cayenne, aucun fret aérien ne parvient sur ce territoire de 83.000 km², coincé entre Surinam et Brésil, qui n'est relié à aucun autre port par voie terrestre.
Faute de pont, seul un bac, actuellement en panne, fait la liaison entre entre le département français et le Surinam. Le premier port acceptant des conteneurs au Brésil nécessite quant à lui de traverser l'Amazonie.
"Il y a un vrai isolement", note le directeur du port de Cayenne. Et de mettre en garde: "si le conflit venait à durer, il y aurait un très fort impact sur le commerce local, puisqu'il n'y aurait plus d'approvisionnement".
"On fait en sorte que le mouvement ne mette pas en difficulté la population", répond Florence Adjodha, du collectif Pou La Gwiyann dékolé. "On n'est pas là pour fragiliser l'économie de la Guyane, qui est déjà bien fragile".
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