Hamon face au « subtil exercice » de l’organigramme

Hamon face au « subtil exercice » de l’organigramme

Benoît Hamon finalise son organigramme de campagne qui devra illustrer le rassemblement des socialistes, sans tomber dans l’accord d’appareil. Le proche de Martine Aubry, Jean-Marc Germain, devrait être directeur de campagne, avec à ses côtés Mathieu Hanotin. On trouvera aussi des membres de la société civile.
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Le rassemblement pour Benoît Hamon commence par celui de sa famille socialiste. Si l’après primaire se passe globalement sans trop de vagues, le diable se niche toujours dans les détails. En l’occurrence l’organigramme de campagne. Si tout va bien, il devrait être bouclé d’ici la fin de la semaine.

« Ça prend un peu plus de temps que nécessaire » selon un soutien de Benoît Hamon. « C’est un subtil exercice. Je plains ceux qui le font ! Il faut un peu de tout et prendre ceux qui vont au bon endroit. Ce n’est pas facile de constituer un rassemblement, tout en gardant sa liberté. Et l’organisation, c’est aussi une question d’égos. Ce n’est jamais facile » souligne cet élu socialiste.

« Jean-Marc Germain a l’avantage de parler à la fois à Martine Aubry et à la maire de Paris »

Une chose est sûre : le député Jean-Marc Germain se retrouve propulsé à la direction de campagne. Selon Le Monde, il sera co-directeur de campagne avec le député Mathieu Hanotin, qui a occupé le poste pour la primaire. Mais selon un proche de Benoît Hamon contacté par publicsenat.fr, Jean-Marc Germain sera seul directeur de campagne et Mathieu Hanotin pourrait être directeur adjoint. « Jean-Marc Germain sera au charbon. Mathieu n’est pas assez central dans le parti. Jean-Marc Germain a l’avantage de parler à la fois à Martine Aubry et à la maire de Paris. Et c’est quelqu’un de sérieux » décrypte un socialiste. Une double direction de campagne serait aussi la porte ouverte à des couacs.

Jean-Marc Germain est en effet un proche de Martine Aubry. Il a été son directeur général des services à la mairie de Lille puis son directeur de cabinet à la direction du PS. Il est le conjoint de la maire de Paris, Anne Hidalgo, qui a pris la parole lors de l’investiture du candidat à la Mutualité et avait soutenu Vincent Peillon pour la primaire.

Tout en composant avec les différentes tendances socialistes, l’enjeu pour le candidat est de ne pas paraître tomber dans les accords d’appareils dont le PS a le secret. « On fera une équipe de campagne opérationnelle avant tout, qui marque l’élargissement. Il faut aussi incarner une nouvelle génération. Le critère de l’envie est important » soulignait mardi à publicsenat.fr Mathieu Hanotin, qui expliquait ce dont l’équipe Hamon ne veut pas : « On ne fera pas un truc de synthèse. On sera ni dans le sectarisme, ni dans le faux rassemblement ».

Discussions en one by one

Pour illustrer l’unité de la famille socialiste, des soutiens de Manuel Valls sont nécessaires. Le sénateur Luc Carvounas, qui a longtemps eu l’image de porte-flingue de l’ex-premier ministre, pourrait avoir le profil. Depuis la victoire de Benoît Hamon, il se montre loyal, ne cesse de dire du bien du candidat et d’appeler au rassemblement. Encore ce mercredi sur Twitter :

Dimanche, à la Mutualité, le sénateur du Val-de-Marne, assurait qu’il « ferait la campagne ». Il n’entend cependant pas être « la prise de guerre de la hamonie ». Mais selon un socialiste, « la liste des courses » se concentre bien sur des noms.  « C’est plutôt des discussions en one by one que bloc par bloc. Ils ne veulent pas trop non plus avoir de discussions trop compliquées sur le programme, ce qui impliquerait des discussions par bloc » décrypte ce socialiste tendance aile gauche. Mais les vallsistes ne veulent être victime d’une OPA ou d’une vente à la découpe. Ils se sont retrouvés mardi autour de Manuel Valls pour réfléchir à la suite.

« Il y aura beaucoup de déçus. C’est ça qu’il faut gérer avec doigté »

Côté programmatique, on devrait retrouver le député européen Guillaume Balas, jusqu’ici coordinateur politique du projet. Une place importante sera faite aussi à des non-politiques, comme lors du discours d’investiture, dimanche. « Il y aura des membres de la société civile » assure un élu. On pourrait retrouver des personnalités qui ont pris la parole avant Benoît Hamon dimanche dernier. Les militants avaient pu voir se succéder à la tribune la sociologue Dominique Meda, Elisa Lewis et Romain Slitine, auteurs du livre Le coup d’Etat citoyen, le climatologue Jean Jouzel, l’économiste Julia Cagé et l’historien Patrick Weil.

Benoît Hamon compte aussi mettre en place un conseil citoyen rassemblant une vingtaine de personnes tirées au sort pour tester les propositions. Les soutiens d’Arnaud Montebourg verraient bien également un conseil des organisations intermédiaires, des associations, des syndicats. Mais les politiques auront bien sûr la main sur la campagne. Un comité politique, rassemblant les ténors, sera constitué. Tout ce monde pourra se retrouver dans les 1.400 m2 du nouveau QG de campagne, une ancienne manufacture transformée en espace de coworking, située au 48 rue du Château d’eau, dans le Xe, près de la Place de la République, à Paris.

Si la taille des locaux sont multipliés par 10, après les 140 m2 de la Tour Montparnasse, Benoît Hamon ne veut pas pour autant d’un organigramme aux allures d’armée mexicaine, comme chez François Fillon. Ce sera une équipe resserrée. Mais il ne faudra pas y voir un pré-gouvernement. Autrement dit, il n’y aura pas de place pour tout le monde. « Je pense qu’il y a beaucoup de candidats. Et il y aura beaucoup de déçus. C’est ça qu’il faut gérer avec doigté » selon un soutien du candidat. Peut-être faudra-t-il prévoir au QG un bureau des pleurs.

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